Parents connectés, enfants zappés ?

STAGIAIRE

mardi 14 août 2012, 10:30

Les parents « hyperconnectés » délaissent-ils leurs enfants ? C'est ce que suggère une page internet intitulée « Parents on phone ». Un pédopsychiatre est plus nuancé.

Parents connectés, enfants zappés ?

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Avez-vous déjà regardé votre messagerie électronique ou surfé sur le Net alors que vous deviez jouer avec vos enfants ? » Cette question fait office d'introduction à la page internet « Parents on phone ». L'idée ? Poster toute une série de photos de ces « mauvais parents » hyperconnectés qui négligeraient leurs enfants au profit de leur smartphone et autres outils technologiques… Ici, dans un musée pour enfant, des pères penchés sur leur téléphone mobile alors que leur progéniture erre à leurs côtés. Là, une mère absorbée par un SMS sans doute, retardant le moment où elle poussera sa fillette qui l'attend sur la balançoire. Le faux dialogue en guise de commentaire des initiateurs du projet se veut vraisemblablement accusateur : « Maman, peux-tu me pousser s'il te plaît ? » « Une seconde ».

L'invasion des mobiles, des tablettes et autres outils technologiques rend-elle les parents d'aujourd'hui indignes de leur rôle ? C'est en tout cas ce que la page « Parents au téléphone » semble insinuer… sur un ton certes un peu moralisateur qu'un journaliste anglais s'est empressé de pointer. Ce dernier s'insurge devant cette campagne de culpabilisation collective menée fièrement par ceux qui s'estiment sans doute être de bien meilleurs parents : « Il est absurde de penser que les parents se doivent de s'occuper de leurs enfants à chaque seconde. » Et d'ajouter : « Il est par ailleurs ridicule d'affirmer que la négligence parentale est une pathologie propre à l'ère du smartphone. »

Le pédopsychiatre Jean-Marie Gauthier aurait plutôt tendance à aller en ce sens : « C'est la place qu'a l'enfant dans la société qui est devenue ambiguë, mais c'est un problème beaucoup plus compliqué. Dire que c'est l'iPhone qui est à l'origine de cette ambiguïté, c'est vraiment prendre les choses par le petit bout de la lorgnette, ça ne se réduit pas à ça. » Pour ce professeur de l'université de Liège, c'est donc la place de l'enfant dans notre société actuelle qui est à questionner. D'une part, l'enfant est « roi », il fait l'objet d'une attention extrême et devient même celui qui fait consommer la famille, la cible première des publicitaires ce qui, normalement, ne devrait pas être sa place. Pourtant, d'autre part, les parents d'aujourd'hui ont plus de pression et moins de temps à consacrer à leur progéniture, ce qui peut être une source d'inattention, beaucoup plus que les « joujoux électroniques » des adultes. « Des parents vraiment inattentifs n'ont pas besoin d'un iPhone pour être inattentifs. Mais il est clair que la société a changé : les couples sont plus stressés, ils travaillent tous les deux ou, quand ils ne travaillent pas, ils sont préoccupés de ne pas gagner assez d'argent. Beaucoup plus que les smartphones, tout ça peut être la cause d'une difficulté à être attentif à l'enfant, parce qu'on doit travailler, parfois avec des horaires difficiles, pour arriver à faire vivre cette famille. »

Conséquence de cette évolution, certains parents auraient moins tendance à jouer spontanément avec leurs enfants : « On est dans une société où les aspects matériels deviennent très envahissants et prennent la place de l'activité libre. » Et les enfants de devenir de petits adultes, qui maîtrisent parfois les nouvelles technologies mieux que leurs parents, pourtant pendus à leur portable – la boucle est bouclée – et à qui on parle comme tels : « On remarque souvent que les parents expliquent trop souvent des choses à leurs enfants, parfois des choses très compliquées. Or il y a des problèmes que les enfants ne peuvent pas comprendre ni traiter et cette attitude d'explication excessive suscite une angoisse chez ces enfants. » Pour le Dr Gauthier, smartphone à la main ou pas, il est surtout primordial que l'on reconnaisse à nouveau à l'enfant la place qui est la sienne, « dans la manière qu'il a de penser, par le jeu et par l'imaginaire. »