Melchior Wathelet : «Nos décisions doivent être crédibles»

vendredi 17 août 2012, 14:52

Le secrétaire d'Etat à la Mobilité se confie Après des années sous la coupe de ministres autophobes, le portefeuille «mobilité» du gouvernement fédéral est aujourd'hui entre les mains d'un amoureux d'automobiles.

Melchior Wathelet : «Nos décisions doivent être crédibles»

Mike Kempeneers

Etre ministre de la Mobilité et aimer les autos n'est donc pas incompatible !? «Je ne pense pas ! Il faut rester juste et ne pas se laisser emporter par l'amour de la vitesse ou des voitures mais ce n'est pas incompatible. Je dirais même l'inverse : en ce qui concerne la sécurité routière, ça permet d'avoir un discours juste. De temps en temps, le politiquement correct veut que dès qu'on est un conducteur, on est un chauffard. Ou que dès qu'on est motard on est un fou furieux ! Il faut y mettre les nuances nécessaires.»

Quand vous êtes arrivé à votre poste, vous avez fait des annonces assez spectaculaires. Finalement, les mesures adoptées sont beaucoup plus soft. Pourquoi ?

«Il y a une différence entre ce que j'ai dit et ce qui a été écrit. Je me rappelle de la une du Morgen, qui a dit que j'allais descendre à 0,2 gramme pour le taux d'alcool alors que je n'ai jamais dit ça… C'est vrai, j'ai demandé à mon administration : «Quel est le bon taux selon vous ? 0,5 c'est bon ou faut-il descendre ?». Les journaux ont titré : «Wathelet veut descendre à 0,2». Faux : mon administration m'a convaincu qu'il valait mieux laisser à 0,5 et ne descendre à 0,2 que pour les professionnels, dès le 1er janvier 2013.»

Avez-vous ressenti une forte pression du secteur Horeca ou des vendeurs d'alcool par rapport à ce dossier ?

«Classique ! J'ai reçu des lettres, des courriers, des coups de téléphone… Mais si je compare ça à ce que je vis par exemple dans le secteur énergétique (une autre compétence de Melchior Wathelet, ndlr), ce n'est rien du tout. J'ai donc subi des pressions raisonnables, oui, mais je tiens aussi à souligner le fait que j'ai aussi reçu du soutien du secteur Horeca. Celui-ci compte des personnes qui ont compris que si elles n'adaptaient pas leur discours et leur comportement, à un moment ça allait leur revenir dans la figure. Le discours de ces gens raisonnables, c'est en gros : «Boire un verre c'est sympa, conduire c'est sympa mais les deux ensemble ça ne marche pas» !»

Touring a dénoncé le fait qu'il n'y avait qu'environ un cinquième du revenu des amendes routières qui était réinjecté dans la sécurité et la mobilité. Ça veut dire que le reste sert à tout autre chose. Normal ?

«Est-ce que tout ce qui est payé au fisc doit retourner à une meilleure informatisation et une plus grande efficacité du fisc ? Non, personne ne sera d'accord avec ça. OK, c'est un exemple absurde mais c'est la même chose pour les PV. Maintenant, en matière de sécurité routière, nous avons, nous politiques, une responsabilité : il faut que le citoyen voit qu'il s'agit d'une vraie priorité. Il faut aussi que la règle soit juste pour qu'elle soit comprise et respectée. C'est pour cela que j'ai garanti que les 20 euros supplémentaires d'amende pour un taux d'alcool compris entre 0,5 et 0,8 seront uniquement utilisés pour lutter contre le fléau de l'alcool au volant. Je voulais en effet montrer que l'augmentation de l'amende servait, non pas à alimenter les caisses de l'Etat mais à répondre à une question importante en matière de sécurité routière.»