Dormir en lévitation au cœur de Paris

mardi 12 avril 2011, 16:32

Paul Auster adorerait l'hôtel 7. Qui mieux que l'auteur de « Mr Vertigo » pourrait apprécier une chambre où le lit et la baignoire sont en lévitation, comme suspendues dans un espace où le plafond recouvert d'une toile munie d'une fibre optique rappelle la voie lactée ?

Dormir en lévitation au cœur de Paris

Cette subtilité technique, qui fait également passer de minuscules points lumineux à travers les joints du carrelage, n'en est qu'une parmi beaucoup d'autres dans un édifice qui n'hésite pas à bousculer les codes de l'hôtellerie parisienne.

Ici, dans une rue du Ve arrondissement située non loin des grands boulevards, les matières trouvent un laboratoire étonnant. Le verre, le plastique et l'éclairage LED ont été exploités au maximum de leurs possibilités pour donner un ensemble réellement surprenant.

Plus que des chambres, le « Seven » propose des univers. Avec son lit rond, sa baignoire recouverte d'une peau de vache et son feu ouvert, la suite « Lovez-vous » vous plonge dans une ambiance qui hésite entre la grotte et la montagne. Les parois occultantes (et qui se « désoccultent » d'une simple pression sur un interrupteur) de celle intitulée « On/Off » vous transportent dans une ambiance lunaire. Quant à la « OO7 », il n'est point besoin de préciser à qui elle fait référence. Originaire de Laguiole, une cité de l'Aveyron rendue célèbre par sa coutellerie, Philippe Vaurs n'a pas fait les choses à moitié. Son « concept-hôtel » séduit ou dérange. Mais une chose est sûre : dans une ville encore fortement empreinte de traditions, il étonne. « La mentalité de l'hôtelier de Bruxelles est extraordinaire de créativité, n'hésite-il pas à dire. Le parisien, lui, est resté conformiste à mort ! Il commence seulement à se lâcher un peu… »

Sur les 35 chambres et les 7 suites que compte le « Seven », 29 des lits et 7 baignoires sont suspendues. Un pari osé qui l'a obligé à faire appel à un ingénieur. « Il nous a fallu « ferrailler » les murs de l'hôtel pour supporter les structures en acier sur lesquelles ils reposent, dit-il. Et c'est du solide puisque la portée maximale en bout de lit a été estimée à 1,8 tonnes ! Cette lévitation est l'ADN de l'hôtel. »

Possédant sept autres structures hôtelières dans la capitale française, Philippe Vaurs fait partie de ces passionnés pour qui tout (ou presque) est possible. Son imagination ne lui fait-elle pas imaginer pour un futur proche des plafonds où les étoiles qui percent la toile seraient… animées. « Allongé sur le sable la nuit, j'adore voir les étoiles filantes », raconte-t-il. Avec son côté glamour, le « Seven » est devenu la cible privilégiée des amoureux de Paris et de ses environs depuis son ouverture il y a neuf mois. Bouche-à-oreille oblige, la clientèle étrangère finira par suivre le mouvement. « Le taux d'occupation de l'hôtel est de 80 pour cent, explique le propriétaire. Nous avons par exemple beaucoup de couples qui viennent fêter leur anniversaire de mariage ou leur fiançailles. Quant aux prix, ils oscillent entre 167 et… 1.000 euros la chambre et varient d'une semaine à l'autre. »

PAOLO LEONARDI