« Le design belge est plus libre et indépendant »

jeudi 26 avril 2012, 12:59

Giovanna Massoni, curatrice de l'exposition « Perspectives », organisée par Belgium is Design pendant le Salon de Milan, promeut un design de qualité qui intègre une dimension sociale et éthique.

« Le design belge est plus libre et indépendant »

Ce lit de jour peut accueillir dix personnes qui s’y installent selon leur envie Le rapport à l’autre et la perception de l’espace personnel est questionné et libéré des dispositions classiques qu’induit la plupart

Par Sylvie Reversez. Photos Denis Erroyaux (portrait) et DR. Paru dans Victoire du 21 avril 2012

ACTU

« PERSPECTIVES - Twenty-five established and emerging Belgian designers & companies featuring their design visions on today's tomorrow », Triennale de Milan, jusqu'au 22/04.

Belgium is Design est le label interrégional qui regroupe les organisations institutionnelles belges consacrées à la promotion et à l'export du design : Brussels Invest & Export, Design Vlaanderen, Flanders Investment & Trade et Wallonie-Bruxelles Design/Mode.

www.belgiumisdesign.be

Vous avez vécu jusqu'à l'âge de 27 ans à Milan et vous avez une formation d'historienne de l'art. Quel a été votre parcours jusqu'au design belge ?

Je suis arrivée à Bruxelles, sans vraiment connaître la Belgique. Après une coupure de quelques années, j'ai replongé dans le monde professionnel de la culture, belge cette fois, en travaillant pour une revue d'art contemporain. Par un concours de circonstances, j'ai eu une expérience dans le marketing. Cette activité est loin d'avoir ma préférence, mais elle m'a apporté un autre regard sur le secteur purement artistique et m'a naturellement amenée à m'intéresser au design. Le design est une profession créative très complète puisqu'elle touche tout autant la dimension esthétique, culturelle et éthique de l'objet que son côté économique et social.

Quel regard sur le design belge en tirez-vous ?

Mes origines milanaises me permettent d'avoir du recul par rapport au design qui existe en Belgique. Il faut toujours contextualiser les choses. La Belgique présente un tissu industriel orienté design plutôt fragmenté. Le décalage entre le nombre élevé de designers et le pourcentage d'entreprises actives dans ce secteur rend cette synergie plus complexe et moins linéaire, mais permet en même temps une sorte d'indépendance et de liberté dans les démarches créatives. En Italie, le secteur industriel est tellement présent que, souvent, le but commercial et les tendances dictées par le marketing créent une barrière à la créativité. Ceci dit, l'internationalisation du travail des designers belges est un phénomène croissant et très positif. Mon seul souci est que l'exportation des talents devrait se faire parallèlement à une stratégie de support des entreprises belges et de reconversion intelligente en valorisant le savoir-faire local.

« Perspectives » à Milan présente le travail de vingt-cinq designers, entreprises et organisations significatives dans le design contemporain. Quel est le fil rouge ?

Le point commun entre les projets proposés est l'intention d'informer et de mettre en valeur une vaste gamme de pratiques actuelles qui transcendent un esprit purement commercial et qui ouvrent une fenêtre sur des valeurs moins éphémères et plus durables. Face à la crise, la méthodologie des projets, le processus de production et le champ d'application du design évoluent et se diversifient, notamment avec la complicité des nouvelles technologies.

Certains projets de l'exposition sont de l'ordre de l'expérimentation, de l'artisanat, voire de la pièce unique. Comment faire cohabiter ce type de démarches avec le design industriel, aussi présent dans l'exposition ?

Toutes ces démarches ont un point commun : la volonté de faire évoluer le design vers une démarcheplus responsable qui investit tout autant les valeurs économiques et productives que pédagogiques, culturelles et sociales. « Perspectives » invite le public à ralentir et à réfléchir devant le design, que ce soit un projet open source ou des objets déjà édités par des firmes reconnues.

Vous êtes constamment à l'initiative de la promotion du travail de designers. Côtoyer d'aussi près et aussi souvent le design ne vous a-t-il jamais donné l'envie de créer, vous aussi ?

Pas tout à fait. Mon rôle est de contribuer à informer et à créer des opportunités pour stimuler une réflexion, pour présenter le produit mais aussi les valeurs qu'il induit. Je m'investis dans des projets de diffusion de la culture du design. C'est aussi un travail qui demande de la créativité