Eternelle jeunesse du Tam Tam

DOMINIQUE LEGRAND

vendredi 13 juillet 2012, 10:12

Les années 60 sont une décennie optimiste. Le design va livrer ses plus belles créations intemporelles. Lampe, fauteuil ou machine à écrire, vous les avez déjà croisés ou utilisés.

Eternelle jeunesse du Tam Tam

Brigitte Bardot assise sur le fameux tabouret, dans son salon de La Madrague Photo : DR

Un drôle de diabolo bivouaque d'un coin à l'autre de la chambre de ma fille. Il a servi de table de nuit, de petite dînette pour poupées, de fourre-tout, d'attrape poussière et j'en passe. Cent fois, on a voulu s'en débarrasser. Mais le Tam Tam a résisté, gagnant peu à peu une place indétrônable. C'est pratique, léger, peu encombrant, hypersolide, ça je peux vous l'assurer !

C'est quoi ? Un tabouret nomade. Le Tam Tam a été rendu célèbre en 1969 par une photo d'interview de Brigitte Bardot, assise dessus. Succès fulgurant et complètement inattendu : vendu à plus de 12 millions d'exemplaires dans le monde entier, Tam Tam fait aujourd'hui figure d'icône du design 70.

La matière ? Du plastique. L'objet se monte en deux clics et trois secondes.

Le créateur ? Le Français Henri Massonnet (1922-2005) est un créateur industriel à l'esprit pratique et fonctionnel. Rien du profil d'un designer. Il dirige la société Stamp, fabricante de seaux et glacières en plastique destinée aux pêcheurs. Pourquoi ne pas imaginer un siège léger et pratique ? Tam Tam est né, ergonomique, économique et confortable. Le tabouret destiné aux pêcheurs change de statut et devient un objet incontournable. Cet objet bon marché, populaire, sans prétention, reçoit les honneurs du MoMa (Museum of Modern Art) de New York et du Musée des Arts Décoratifs de Paris. Il accède au titre d'objet culte. A la suite du choc pétrolier, Tam Tam connaît une éclipse au début des années 1970.

Date de création ? 1968. Plus qu'un tabouret, c'est une façon de vivre. C'est l'époque où les soixante-huitards réclament une autre façon de vivre, donc un mobilier léger, nomade, ludique, narguant les codes bourgeois.

L'éditeur ? Le Tam Tam est distribué dans un premier temps par Philippe Barbier.

Aujourd'hui ? Tam Tam est réédité par la société française Branex (Bayonne). Il fait un retour remarqué sur la scène du design en 2002. Fabriqué en polypropylène ou en K-résine, l'objet est décliné dans de nouveaux coloris ou transparent, en production de masse ou en « collector »… Evidemment, les coloris d'époque ont leurs aficionados. Les découvreurs n'en ont cure : l'éclat de la gamme Krystal et la palette haute en couleurs de la série Pop font fureur.

Certains modèles sont édités en série limitée. Jusqu'au bout du délire, L'Orgueil (gainé de cuir pleine fleur), La Luxure (coiffé d'un douillet coussin en fourrure d'agneau), L'Envie (surmonté d'un couvercle push et ainsi transformé en poubelle d'appoint) métamorphosent complètement le concept originel.

C'est le seul objet des Golden Sixties qui a subi une telle mutation. Le voici transformé en chaise adoptée par le collectionneur d'art contemporain Saatchi : une feuille de polypropylène roulée en cône vient s'ajuster entre les deux parties emboîtées du tabouret pour lui offrir un dossier. C'est le Tam Back, créé par Alexis Tricoire, une véritable approche de designer.

Branex crée avec Warner Bros, la gamme de tabouret DC Comics : Batman, Superman, Wonder Woman en décor. Il existe aussi des versions lumineuses et une collection Freaks.

Son dernier avatar : l'i-Tam Tam, élaboré par le designer Eric Berthes, station d'accueil compatible avec tous les iPod et iPhone. Tam Tam restera toujours un objet emblématique !

Demain : Valentine

Pour se plonger dans l'ambiance, exposition « Golden Sixties », gare TGV Liège-Guillemins. www.expo-goldensixties.be