Pierre Cardin divise Venise

JEAN-MARIE WYNANTS

samedi 11 août 2012, 12:51

Né dans une petite bourgade de Vénétie, le grand couturier veut « faire un cadeau à sa terre natale ». Son projet de Palais Lumière, une tour de 250 mètres de haut, a été accepté pare les autorités. Mais il a aussi ses détracteurs.

Pierre Cardin divise Venise

Pierre Cardin et son neveu, Rodrigo Basilicati, ont imaginé une tour dominant tout le paysage, visible depuis la Cité des Doges et offrant une vue imprenable sur celle-ci ©DR

Alors que certaines culminent à plus de 800 mètres, une tour de 250 mètres de haut n’a rien d’exceptionnel aujourd’hui. Pourtant, celle que Pierre Cardin veut faire construire d’ici 2015 est au centre de violentes polémiques. En cause : sa localisation. Né à San Biagio di Callalta, petite ville proche de Trévise, le célèbre couturier a décidé de « faire un cadeau à sa terre natale » en installant son Palais Lumière… à Venise.

Dans une ville dont le succès touristique est entièrement lié au passé, le projet fait débat. « Mégalo, monstrueux, démesuré », sont quelques-uns des adjectifs utilisés par les opposants à ce projet proclamant qu’il va dénaturer la lagune. À bien y regarder, les choses sont pourtant un peu plus compliquées.

D’une part, le Palais Lumière ne serait évidemment pas construit dans la partie historique de Venise mais bien sur la terre ferme, en direction de Mestre, à proximité des anciennes installations pétrochimiques de Porto Marghera. Pas le genre de coin où on songerait à aller habiter.

À moins bien sûr qu’on transforme radicalement le paysage. Or c’est bien ce que comptent faire Cardin et son neveu, architecte du projet, Rodrigo Basilicati. C’est là qu’intervient le deuxième critère jouant en sa faveur : pour un tel chantier, des milliers d’emplois seront créés. Et les hommes politiques locaux n’entendent pas laisser passer une telle occasion.

Le 25 juillet, le conseil municipal de Venise a donc approuvé le projet à une large majorité. Malgré les manifestations de nombreux opposants. Pour ceux-ci, la tour va défigurer Venise. Même si elle se situe à plusieurs kilomètres de la Piazza San Marco (à sept kilomètres du quartier de Cannaregio), on devrait évidemment l’apercevoir de loin. D’autant qu’elle ne serait pas vraiment discrète.

Le Palais Lumière est en effet constitué de six disques distants de 35 mètres l’un de l’autre et soutenus par trois tours identiques mais de tailles différentes, disposées en étoile. À partir de là, tout a été pensé pour que les occupants de la tour puissent quasiment y vivre en autarcie. Un exemple : douze ascenseurs panoramiques extérieurs augmentés de 12 ascenseurs intérieurs dans chaque tour permettront à plus de 650 personnes d’accéder en une minute au restaurant panoramique du sixième étage. Le reste est à l’avenant : 4 hectares de jardins suspendus avec pièces d’eau et piscines, nombreuses surfaces de bureaux, 440 suites de luxe, des appartements de 50 à 400 m2, un centre de congrès, une université de la mode et du design, un service d’urgence hospitalier, un centre de remise en forme, dix salles de cinéma, un théâtre de… 7.000 places, des centres commerciaux au rez-de-chaussée et dans les deux premiers étages et un parking pour 4.000 véhicules. Bref, une vraie petite ville en hauteur, dont un ingénieux système photovoltaïque et éolien assurerait l’indépendance énergétique totale.

Un projet estimé à 1,5 milliard d’euros sur une superficie de 175.000 m2. Et bien sûr, Pierre Cardin y imprime sa marque avec la conception de toute l’architecture intérieure, axée sur la lumière et la vue imprenable. Un projet pharaonique dont le chantier devrait débuter en septembre et se termine en 2015.