L’efficacité de la contraception dépend aussi de la patiente

ANNE-SOPHIE LEURQUIN

samedi 26 mai 2012, 10:44

Les femmes qui prennent la pilule courent plus de risques de grossesse non désirée que celles qui ont un stérilet ou un implant, selon une étude américaine. Mais tout dépend aussi de la discipline avec laquelle on utilise les contraceptifs oraux.

L’efficacité de la contraception dépend aussi de la patiente

©D’Alimonte

Chez les jeunes femmes de moins de 21 ans qui choisissent la pilule, le timbre transdermique (à changer une fois par semaine) ou l’anneau vaginal, le risque de tomber enceinte est près de deux fois plus élevé que celui des femmes plus âgées, ont constaté les auteurs de cette recherche, menée auprès de 7.500 participantes âgées de 14 à 45 ans.

Ces travaux paraissent dans la revue médicale The New England Journal of Medicine datée du 24 mai.

« Cette étude est la meilleure démonstration que les méthodes de contraception de longue durée sont nettement supérieures à la pilule, au timbre transdermique ou à l’anneau vaginal », souligne le Dr Jeffrey Peipert, professeur de gynécologie à la faculté de médecine de l’Université Washington (Missouri), principal auteur de l’étude. « Les stérilets et implants sont beaucoup plus efficaces car les femmes ne peuvent les oublier une fois que leur gynécologue les ont mis en place », ajoute-t-il.

En réalité, il s’agit de cela, nuance Mireille Merckx, gynécologue et obstétricienne : une fois le stérilet ou l’implant placé, les femmes ne doivent plus s’en préoccuper, contrairement à la pilule qui demande une discipline, comme tous les médicaments oraux. Mais il ne faut pas pour autant discréditer la pilule, estime la gynécologue. « Si la patiente la prend régulièrement et à heures fixes, il n’y a pas de problème. Et de manière générale, le comportement des femmes en Europe à cet égard est bien meilleur qu’aux Etats-Unis », rappelle Mireille Merckx qui cite le chercheur James Trussell, auteur d’un article sur les échecs de la contraception aux Etats-Unis.

En Belgique, une femme sur six subit un avortement. On constate aussi qu’un tiers des femmes qui doivent subir un avortement prenaient une pilule contraceptive. « Dans une étude espagnole, on a constaté que 71 % des utilisatrices de la pilule oublient régulièrement de prendre leur contraceptif. C’est bien davantage que les utilisatrices du patch contraceptif (32 %) ou de l’anneau (22 %), qui ne doivent être remplacés respectivement qu’une une fois par semaine ou toutes les 3 semaines », expliquait Mireille Merckx dans « Le Soir » du 18 février 2012.

Pour la gynécologue, qui pratique notamment au Centre St-Pierre de la VUB, c’est au gynécologue de bien informer ses patientes et de les guider dans le choix de leur contraception. « C’est essentiel pour une bonne observance », estime le médecin, ce qui rallonge souvent ses heures de consultation. La prescription doit s’adapter à l’âge et aux habitudes de la patiente. Certains contraceptifs comportent des risques ou des inconvénients : ainsi la pilule à injection fait grossir et diminue la densité osseuse. Le stérilet avec de la progestérone, efficace pour cinq ans, est vraisemblablement le meilleur marché, mais son placement est douloureux et peut provoquer des pertes de sang intermittentes la première année ou de l’acné. « Ce n’est donc pas la contraception la plus adaptée aux adolescentes », selon le médecin. Par contre, l’implant peut aussi leur convenir, un risque de prise de poids ni une diminution de la densité osseuse n’ont pas été démontrés.

Avec AFP