Les aliments miracle existent-ils ?

Marie-Noëlle Vekemans

mardi 05 juin 2012, 15:47

Peut-on croire aux vertus quasi magiques attribuées à certains fruits ou plantes exotiques ? Si certains boostent l'assiette, attention aux fausses promesses. Tour d'horizon.

Les aliments miracle existent-ils ?

Goji, Acerola, Kombucha, Açaï, Chia, etc. Que vous inspirent ces mots étranges ? Seraient-ce des noms de tribus d'Amazonie ? Des insectes dangereux ou alors des prises de kung-fu ? Non, rien de tout cela. Sous ces mots se cachent des aliments. Des produits venus d'ailleurs qui débarquent chez nous et qui font fureur. Certains sont commercialisés en grandes surfaces, d'autres dans les magasins dits « de santé », d'autres encore ne sont disponibles que via des sites de vente en ligne.

Lexique

Grenade : elle est dotée d'une forte concentration en antioxydants et se consomme surtout fraîche ou sous forme de jus.

Acerola : ce fruit contient beaucoup de vitamines C qui fournit de l'énergie au corps.

Eau de coco : un liquide plein de sels minéraux et de potassium permettant de récupérer après un effort physique.

Baies d'Acaï : elles sont riches en antioxydants. Seules la peau et la pulpe sont comestibles.

Kombucha : il s'agit d'une boisson fermentée obtenue à partir d'un champignon. Il peut aider en cas de troubles digestifs mineurs.

Baies de Goji : ce fruit se mange frais ou séché et est riche en vitamines, minéraux et antioxydants.

Graines de Chia : ces graines grises de la famille de la sauge sont riches en fibres et en oméga 3. Des éléments essentiels pour le bon fonctionnement de l'organisme.

Frais, séchés, en poudre, en jus ou en gélules, ces produits sont disponibles sous de multiples formes. Quant aux bienfaits qu'on leur prête, ils sont eux aussi très nombreux.

En quelques clics, on apprend ainsi que les baies de Goji et la grenade sont bourrées de vitamines et possèdent des vertus anti-oxydantes. Jusqu'ici, tout va bien. L'idée de remplacer son traditionnel jus d'orange par un fruit exotique apporte un peu de soleil au quotidien. Cependant, on peut également lire que parmi ces « super aliments » quelques-uns posséderaient des bienfaits extraordinaires. Qu'ils pourraient lutter contre l'impuissance, prolonger la vie voire… guérir des maladies graves comme certaines formes de cancer. Mais est-ce vraiment possible ? Mise au point.

Les « super aliments » : miracle ou piège ?

Nicolas Guggenbühl*, diététicien et nutritionniste, a un avis partagé sur le sujet : « Je ne suis pas contre les « super fruits » (type grenade, Goji, acerola). Ils possèdent des vertus nutritionnelles intéressantes et il est bon d'avoir des apports variés d'antioxydants. Par contre, je suis beaucoup plus critique concernant les vertus parfois excessives qu'on leur prête. Un aliment reste un aliment, il ne devient jamais un médicament. »

Selon lui, il est scandaleux de dire que la consommation de tel fruit, légume, plante ou épice permettrait de vaincre une pathologie. Tout au plus, des études scientifiques tendent à démontrer que la consommation de certains aliments peut avoir un impact sur le risque d'apparition de maladies. Attention donc aux fausses promesses.

Représentent-ils un danger pour la santé ?

Pas directement. « Le risque direct pour la santé est faible, voire quasi inexistant. Bien sûr, il faut rester raisonnable. Il ne sert à rien de déplacer son équilibre nutritionnel sur un seul de ces aliments exotiques car cela créerait des carences. Par contre, il existe bel et bien un risque indirect ; celui d'investir de l'argent dans une idéologie coûteuse. Le prix pour se procurer ces aliments à la mode est parfois élevé », prévient le nutritionniste. En effet, les épices et les plantes comme le safran ou le thé blanc sont onéreuses. Les graines de Chia, par exemple, dont les vertus se rapprochent de celle des graines de lin, sont pourtant trois fois plus chères.

Pourquoi un tel engouement ?

D'après Nicolas Guggenbühl, l'engouement pour ces produits s'explique par différents facteurs dont la mondialisation, le règne de la malbouffe, l'uniformisation des saveurs, etc. avec pour conséquence que les gens se tournent vers les aliments venus des quatre coins du monde pour y puiser un peu de rêve. Ils sont séduits par le côté exotique de ces fruits, légumes, plantes ou épices ainsi que par leurs vertus, parfois exagérées, et toutes les histoires relevant du mythe qui circulent à leur sujet. « Ces rêves autour de l'alimentation ont toujours existé. Avant c'était le cacao, je pense qu'on en a fait le tour et aujourd'hui, ces espérances se portent vers d'autres choses », analyse-t-il.

L'enthousiasme pour les aliments en provenance d'autres continents est en quelque sorte similaire à celui pour l'agriculture biologique. Derrière tout cela, se cache une quête de produits sains et savoureux qui amélioreraient la santé. Le spécialiste s'étonne malgré tout de constater que, paradoxalement, ce sont « les sociétés des pays développés, où l'espérance de vie est parmi les plus élevées au monde, qui cherchent à se nourrir d'aliments provenant de pays étrangers, où cette espérance est bien plus faible ».

Attention aux arnaques

En Europe, il existe des règlementations pour protéger le consommateur des allégations trompeuses. « Vous trouverez de l'acerola en grandes surfaces, par exemple, mais sur l'emballage vous ne lirez jamais qu'il possède des vertus miraculeuses. Avant de pouvoir dire qu'un aliment procure tel ou tel bienfait, il doit remplir des critères bien déterminés et difficiles à atteindre. Ces textes existent pour éviter de faire croire aux gens à des promesses santé qui ne sont pas vérifiées par la science » précise le diététicien.

Or il existe des marchés parallèles où ces règles ne sont pas toujours respectées. Notamment, sur l'internet, où tout est dit et son contraire. Soyez donc prudent(e)s et réalistes avant de vous lancer à corps perdu dans la quête de la jeunesse éternelle… et surtout, lisez bien les étiquettes.

*Le site de Nicolas Guggenbühl