Les régimes ? Ça sert surtout à faire grossir !

CHRISTIAN DU BRULLE

lundi 25 juin 2012, 11:38

Les régimes de l'été, mieux vaut les oublier. Dans la majorité des cas, on reprend le poids perdu. Et cela cause bien d'autres soucis de santé, souvent pernicieux. Y compris en santé mentale.

Les régimes ? Ça sert surtout à faire grossir !

C'est la saison. Il faut faire régime ! Les magazines féminins en sont pleins. Et ils y vont chacun de leurs trucs « qui marchent vraiment » pour perdre deux kilos avant la plage et de leurs tests de « piments brûle-graisse » infaillibles.

Repères

58 %

L'étude française Nutrinet montre que 70 % des femmes désirent peser moins. Un chiffre qui est encore de 58 % chez les femmes affichant pourtant un poids normal !

95 %

Efficaces les régimes ? Dans 95 % des cas, les personnes qui font un régime reprennent le poids perdu, voire plus. C'est la porte ouverte à la spirale yo-yo.

7.000

L'équation est simple. Pour perdre du poids, il faut avaler moins de calories que ce que notre organisme consomme. La perte d'un kilo est le résultat d'un déséquilibre de la balance énergétique de 7.000 kilocalories.

A l'Institut Pasteur de Lille, dans le nord de la France, où viennent de se tenir les 14e Entretiens de la nutrition, une journée d'études était consacrée spécifiquement à la fin (et à la faim) des régimes. Avec un constat implacable : les régimes amaigrissants, dans la toute grande majorité des cas, cela sert uniquement… à faire grossir !

« Dans 95 % des cas, les personnes qui ont perdu du poids suite à un régime amaigrissant reprennent à terme leur poids de départ, voire plus », indique le Dr Lecerf, endocrinologue, relayant les résultats d'une vaste étude qu'il a pilotée pour le compte de l'Agence française sur la sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).

« Bien sûr, on ne parle pas ici d'une perte de poids indispensable pour des raisons médicales impératives, souligne le médecin, mais bien de la perte saisonnière de quelques kilos qu'on estime superflus. »

A l'heure de la banalisation des régimes, de la multiplication des gourous y allant chacun de leur méthode miracle, il est bon de rappeler que la reprise de poids après un régime a de multiples effets délétères.

« Rien que l'idée de régime est porteuse d'échec, estime la psychanalyste Catherine Grangeard. Une personne qui accepte de restreindre ses apports alimentaires pendant un certain temps ne change pas. Or c'est le changement qui apporte la résolution du problème. Il faut réapprendre à se nourrir, en quantité et en qualité, réhabiliter la faim qui guide l'acte de se nourrir et réintroduire le plaisir. Braquer le projecteur sur le poids évite de regarder ailleurs. C'est l'arbre qui cache la forêt. »

D'un point de vue physiologique, les régimes induisent aussi des perturbations.

« Certes, l'obésité présente des risques pour la santé. C'est une maladie du tissu adipeux, chronique et irréversible au-delà d'un certain stade qui implique les tissus en question mais aussi le système nerveux et le système digestif, précise Jean-Michel Lecerf. Chez les personnes ne souffrant pas d'obésité, entreprendre un régime peut aussi conduire à de sérieux déséquilibres. »

Une perte de poids initiale traduit un déficit énergétique plus ou moins rapide. Cela présente des risques métaboliques et osseux importants, mais aussi des facteurs de risque de trouble du comportement alimentaire. En cas d'échec, ce qui est très fréquent, cela se double d'un risque accru de mésestime de soi et donc de troubles dépressifs.

« Et comme dans l'immense majorité des cas, les gens reprennent le poids perdu, voire même plus, il faut savoir qu'on devient aussi plus gras. Une étude de 2011 sur 78 femmes a montré que la perte d'un kilo de graisse entraînait aussi une diminution de muscle de quelque 260 grammes. Quand, par la suite, ces femmes ont repris du poids, par kilo de graisse récupérée, elles n'ont reconstruit que 120 grammes de muscle. On imagine qu'à terme, avec des régimes yoyo, ce type de réaction conduit à une obésité sarcopénique (conjuguée à une fonte des muscles, NDLR). »

Autre effet délétère remarquable : la perte de masse osseuse quasi systématique. Il y a ici un volet biochimique en cause mais aussi simplement mécanique. Une diminution des forces appliquées sur le système squelettique entraîne une diminution des apports calciques. Les risques de fractures sont ainsi accrus…

« Autres “pertes” liées aux régimes, les déficits en vitamines C, E et B9, mais également en fer, en calcium, en magnésium et en fibres », note le Dr Lecerf.

« Et puis, il a l'aspect social qui en prend aussi un coup. La personne qui s'astreint à un régime ne prend plus aussi facilement part à une fête, un repas de famille, un repas entre amis afin de ne pas succomber aux tentations. L'isolement et la stigmatisation menacent », indique la sociologue Estelle Masson.

Faut-il dès lors brûler les régimes mécanistes, comme le suggère Jean-Jacques Boutaud, de l'Université de Bourgogne ?

« Indéniablement, conclut-il. Les liens sociaux doivent primer. L'essentiel dans l'existence n'est-il pas de nourrir sa vie ? »