Nouvelle-Zélande : l'otago sur des rails

mardi 20 mars 2012, 14:06

Au sud de la Nouvelle-Zélande, le chemin de fer de la ruée vers l'or a été réhabilité en piste cyclable géante. Un bon filon pour les touristes en quête d'une randonnée originale et accessible. Vélo story (2/4)

Nouvelle-Zélande : l'otago sur des rails

: Sandrine Warstacki

Texte et photos Sandrine Warstacki. Paru dans Victoire le 17/03/2012.

En pratique

L'Otago Rail Trail propose un service gratuit de réservation pour la location de vélos, le logement, le portage des bagages. www.otagorailtrail.co.nz

Ici, personne ne songe à demander de caution ou de documents d'identité pour louer les VTT. Encore moins à fournir un cadenas pour les attacher. L'Otago central fait partie de ces endroits où les habitants quittent encore leur maison sans verrouiller la porte. La région a connu son heure de gloire au XIXe siècle, lorsqu'un gisement d'or est découvert à Gabriel's Gully. Les vétérans des ruées californienne et australienne sont les premiers à s'installer avec leurs pioches. Suivent les Européens et les Chinois. Un chemin de fer est construit pour relier les principales bourgades minières jusqu'à la mer : 97 ponts, 13 tunnels, un dénivelé de 600 m… Il faudra plus de quarante ans aux ouvriers pour relier les 235 km qui séparent Cromwell de Dunedin. Et quelques années seulement à la route pour remplacer le train. Avec beaucoup de chance et de patience, on peut encore trouver quelques pépites au sol. Mais ça fait bien longtemps que la fièvre de l'or s'est éteinte. C'est une autre veine que le gouvernement néo-zélandais entend exploiter aujourd'hui : le tourisme. En 2000, le Departement of Conservation a réhabilité 150 km de la voie ferrée tombée à l'abandon, entre Clyde et Middlemarch, pour en faire une promenade familiale.

Un mouton, deux moutons…

La ligne traverse de vastes pâturages dominés à l'arrière-plan par des montagnes rocailleuses. Le cinéphile attentif reconnaîtra peut-être les plaines qui ont servi de décor au royaume de Rohan dans « Le Seigneur des anneaux ».

En route, nous croisons de nombreux cyclistes, quelques piétons, deux ou trois cavaliers ainsi qu'un tracteur, avec lequel nous nous engageons dans une course-poursuite effrénée. Sur ses genoux, le conducteur porte un mouton blessé. Depuis que les chercheurs d'or sont partis, l'élevage est devenu la principale activité économique de la région, nous explique-t-il dans son accent kiwi. Dans les prairies roussies par le soleil, les moutons sont si nombreux que le plus coriace des insomniaques tomberait endormi en tentant de les compter.

Locomotive fantôme

Pendant trois jours, nous pédalons devant des quais sans passagers, traverserons des viaducs vertigineux avant de nous engouffrer dans de sombres tunnels. Si les rails ont définitivement disparu du paysage, la plupart des infrastructures ferroviaires ont été conservées telles quelles. Sur les bas-côtés, on peut encore apercevoir les ruines des baraquements qui ont abrité les ouvriers pendant la construction. C'est un voyage dans l'espace comme dans le temps. Depuis que le chemin de fer est devenu un chemin de promenade, les bâtisses historiques qui tombaient en désuétude ont été rénovées pour accueillir les visiteurs. La petite gare Art déco de Ranfurly a été transformée en Office du tourisme. Les maisons des chercheurs d'or accueillent des bed and breakfast. Mais plus que ces traces concrètes du passé, il y a quelque chose d'indéfinissable dans l'air qui rappelle cette époque d'espoirs fous et de désillusions, de rêve et de violence. Est-ce cette ambiance si particulière aux latitudes australes ? Est-ce cette lumière de bout du monde ? Est-ce le vent ? Par moments, il nous semble entendre le sifflement d'un train fantôme derrière nous…