Le Cap-Vert, un paradis nautique

vendredi 04 mai 2012, 11:51

À 500 km au large du continent africain, les dix îles du Cap-Vert sont un paradis pour les croisiéristes et autres amateurs de tourisme nautique. Abandonné aux vents atlantiques, chahuté par les soubresauts volcaniques, cet archipel authentique brûle de jour comme de nuit au son de la morna, le blues de là-bas.

Le Cap-Vert, un paradis nautique

Texte et photos Rafal Naczyk. Paru dans Victoire le 28/04/2012.

Repères

Y aller TAP Air Portugal, vol direct de Bruxelles à São Vicente ou avec escale à Lisbonne. Le nouvel aéroport international est situé à 10 min de la capitale Mindelo. À partir de 650 € l'aller-retour www.flytap.com

Y loger

Mindelo, île de São Vicente Résidence Jenny ou B&B à la Casa Cafe Mindelo. Prix : chambre double avec petitdéjeuner de 4100 CVE (37 €) à 6480 CVE (59 €).

Ribeira Grande, île de Santo Antão Pedracine Village, 51 € par personne, 65 € en demipension.

Santa Maria, Île de Sal Hôtel Morabeza (4 étoiles). Mais encore…

Documents de voyage Passeport international (valable pour une période de 6 mois minimum) et visa.

Devise L'escudo cap-verdien (CVE)est échangé uniquement sur place. 1 € vaut environ 110 CVE. Il y a des guichets automatiques pour Visa, mais avec des coûts supplémentaires. Les euros sont acceptés, avec une charge supplémentaire.

Décalage horaire – 2 h.

Climat Chaud et sec durant une grande partie de l'année (subtropical sec). La saison des pluies a lieu d'août à octobre. Toute l'année, la température extérieure oscille entre 20 ºC et 25 ºC. Les maxima dépassent rarement 30 ºC. L'idéal est de voyager en hiver, au printemps et en mai, avec un ciel bleu et des températures de 24 ºC à 28 ºC.

Langue La langue officielle est le portugais, mais la langue courante est le créole. Sur la plupart des îles, le français, l'anglais et l'italien sont couramment pratiqués.

Communication Bonne réception de téléphone mobile. Le wi-fi est rare et souvent payant. www.caboverde.com

Ce sont les voiliers qui ont découvert le monde et ils charrient dans leur sillage bien des légendes. Celles du Cap-Vert sont encore peu connues, malgré une ambassadrice mythique, la chanteuse Cesaria Evora, disparue il y a peu. Depuis la « Diva aux pieds nus », le Cap-Vert tient les Occidentaux sous le charme avec le tangage de ses mélodies et le roulis des guitares indolentes. Les musiciens, les windsurfers, les randonneurs et tous les adeptes du souff le s'attachent à cet archipel en équilibre sur trois continents : l 'Europe, l 'Amérique et l 'Afrique. Ancienne colonie portugaise découverte en 1456, le Cap-Vert fut une plaque tournante de la traite des esclaves africains, notamment vers le Brésil. Indépendant depuis 1975, l 'archipel métisse désormais ses racines jusque dans ses paysages. L'Afrique, telle qu'on aurait aimé qu'elle ne change jamais, y déploie sa féerie de villages colorés, de nature d'aube des temps et de fonds sous-marins d'exception.

Écrin de musique

Le bourlingueur atterrit à São Vicente. L'île est baignée de saudade, cette douce mélancolie qui raconte le mal du pays. Le regard brillant d'une lueur enfantine, on contemple la baie de Mindelo, la capitale de l 'île. Assoupie et provinciale le jour, la ville natale de Cesaria Evora est la reine musicale du Cap-Vert. Elle s'apprécie pour la chaleur de ses nuits au rythme des battements de paumes et des violons. Les bars (Nella's ou Ofélia's…) accueillent la crème des musiciens. À l 'instar de Tito Paris ou de Bao, qui font voyager la morna, ce mélange de fado portugais et de rythmes brésiliens.

Depuis toujours, les Cap-Verdiens chantent à l 'oreille et peauf inent le grain de leur voix avec la cigarette et l 'alcool. La musique fait partie de la vie quotidienne. Tout le monde chante et danse tout le temps, même seul à la maison, explique Bau, jeune luthier qui a repris la Casa Dada, l 'atelier de guitare de son père, le célèbre Luis Baptista. Aujourd'hui, ses guitares à quatre cordes, baptisées « cavaquinhos », s'exportent au Brésil, aux États-Unis et en Europe. Mais Bau sait le sens d'être né ici, dans cet archipel, sur celle île, dans ce f ief.

La ville a changé. Le port du vieux Mindelo s'est peuplé de restaurants animés, d'un abri de verre et d'acier, d'un centre commercial et d'une marina moderne. Avec ses 120 places de mouillage, c'est un bijou pour les plaisanciers. Cette année, elle a accueilli, entre autres, les f lottilles de la dernière édition du Belgian Boat Show. Les friches et les hangars ont cédé devant les pulsions d'une nouvelle génération d'investisseurs, qui regardent l 'Europe – et ses subventions –, plutôt que vers l 'éternel Atlantique. Mais le charme demeure. À tout moment de la journée retentit le chant rauque des Créoles, les battements des guitares qui s'échappent derrière les murs des demeures coloniales des manoirs, des cafés et restaurants.

Terres de brumes

On aurait pu rester encore longtemps accroché à un bar du vieux Mindelo, entre deux cognacs et un cigarillo. Mais les voiliers ont cédé à des yachts à moteur qui n'attendent pas. On met le cap sur Santo Antão où le « vert » éponyme du pays donne enf in le ton. Avant, il faut néanmoins traverser un désert de roches froissées en empruntant la Corda, depuis l 'accostage à Porto Novo. Cette route fut terminée en 1969 après trente années de labeur : les ouvriers disposèrent à la main ses pavés de basalte.

En grimpant vers le nord de l'île, le paysage f lirte progressivement avec les acacias, les mimosas, les pins, les eucalyptus, tous combattants d'une titanesque érosion. À Cova de Paul, caldeira perchée à 1200 m d'altitude, le sentier longe des champs de patates douces, de pommes de terre ou de maïs. Il dévale ensuite en serpentin, dans le cadre grandiose de Santo Antão : un relief accidenté que les murets de pierres sèches et les plantations tentent d'organiser. Une montagne à la Machu Picchu, mais aux accents créoles. Caféiers, bananiers, haricots, papyrus, agaves, manguiers, papayers, arbres à pain, dragonniers… Un véritable éden défie le minéral et la sécheresse. Le randonneur croise les ânes harnachés de bidons qui s'acquittent de la lourde épreuve de l'eau, l 'élément le plus précieux sur l 'île.

Pourtant, ce sont les eff luves de rhum qui accompagnent la balade. Car Santo Antão est l 'île du grog. Cette eau-de-vie qui trouble les regards et fait oublier la pauvreté tout en assurant un modeste revenu. Ni enseignes criardes ni marchés colorés à Vila das Pombas, un village pittoresque du littoral au pied de la Ribeira das Paul. Les boutiques ouvrent leurs portes sans ostentation, mais les hôtels commencent à bétonner les abords des rues pavées.

La lave tombée dans l 'océan s'est f igée en orgues basaltiques et a ourlé le littoral de sable noir. Au large, les pêcheurs piègent les maquereaux et les sardines. La randonnée en surplomb d'écume jusqu'à Cruzinha da Garça laisse un souvenir impérissable. La preuve par le village perché de Fonthainas. Esseulé, il hisse ses maisons jaunes ou bleues au bon vouloir de la roche, étage ses cultures en fonction des pentes chaotiques. Et très bas, au creux d'un escarpement vertigineux, les ignames trempent leurs rhizomes dans l 'eau douce d'une rivière qui voisine avec la mer… Une bien douce affection qui gagne le visiteur un jour de départ.

Dans le lit du vent

L'avion atterrit sur une île timidement cabossée, aride, saline. Sal ressemble à un morceau de lune détaché au milieu de l'océan Atlantique, un vaisseau fantôme. Une impression qui s'évanouit au contact des surfers, ravis sur ce « spot » de renommée mondiale. Des dizaines, voire des centaines de voiles et d'ailes sillonnent en permanence la mer devant Santa Maria, le pôle touristique de l 'île. Ici, le vent est quasiment assuré toute l 'année. Les conditions sont idéales pour la vitesse, les sauts et les descentes dans l ' écume, se félicite Mitu Monteiro, natif de l'île, double champion du monde de kitesurf, cette minuscule planche de surf tractée par un cerf-volant. Les vagues sont impressionnantes et les vents puissants, de 14 à 22 noeuds. L'eau est chaude, même en hiver Nous n'avons rien à envier aux plages de Hawaï. C'est pourquoi Sal accueille régulièrement une compétition internationale de kite et de planche à voile, réunissant les plus grands champions de ces disciplines. L'île ne vit que du tourisme nautique. Si les complexes hôteliers s'y développent à une allure inquiétante, notamment au sud, Sal reste encore sauvage. Mais ses habitants le reconnaissent : Il n'y a pas grand-chose à voir sur notre île. Hormis quelques vestiges d'une exploitation de marais salants dans un imposant cirque naturel, à Pedra Lume. Ou Palmeira, un modeste village de pêcheurs. Sinon, des paysages lunaires, sur lesquels des lambeaux de nuages montés de la mer courent en tous sens, comme ivres de vent.