Bruxelles a-t-elle loupé la mode des city-trips ?

ERIC RENETTE

vendredi 10 août 2012, 12:56

La mode des city-trips s'observe à travers toute l'Europe. Londres et Paris sont les villes favorites des touristes, toutes catégories confondues. Bruxelles est passée de la 17e à la 23e place.

Bruxelles a-t-elle loupé la mode des city-trips ?

YOUNES AYAD (ST)

Pour un city-trip en amoureux, entre Prague, Milan ou Copenhague, vous choisissez quoi ? Et pour trois jours de congrès : Barcelone, Amsterdam ou Bruxelles ? À travers l'Europe, les réponses varient. La mode du city-trip comme deuxième ou troisième vacances de l'année s'y est largement répandue. Par exemple, en 2011 les Belges étaient 350.000 à découvrir une ville étrangère quelques jours via un tour-opérateur. Trois fois plus qu'au début des années 90. Auxquels s'ajoutent tous ceux qui ont organisé leur voyage seul et/ou via internet.

Classement des villes européennes en fonction des nuitées d’hôtel

Destination 2011 Dif. 2010

1 Londres 45.953.317 - 5,7%

2 Paris 36.877.033 3,0%

3 Berlin 22.359.470 7,5%

4 Rome 22.021.993 8,0%

5 Madrid 16.366.927 7,8%

6 Barcelone 15.529.218 10,5%

7 Prague 13.214.304 9.3%

8 Vienne 12.246.204 4,9%

9 Munich 11.738.112 5,8%

10 Istanbul 9.875.333 - 1,8%

11 Amsterdam 9.747.900 0,2%

12 Hambourg 9.556.287 7,7%

13 Dublin 8.689.348 - 4.2%

14 Milan 8.136.663 1,0%

15 Palma de Mal. 8.099.199 11,1%

16 Stockholm 6.926.358 6,2%

17 Florence 6.420.550 6,9%

18 Lisbonne 6.416.433 3,7%

19 Francfort 6.383.889 5,2%

20 Budapest 6.330.321 7,8%

23 Bruxelles 5.939.283 6,9%

47 Bruges 1.709.914 11,4%

49 Anvers 1.637.718 4,4%

Depuis des années, Londres (46 millions de nuitées en 2011) et Paris (37 millions) se disputent la première place des destinations favorites. Un sérieux cran au-dessus d'un groupe d'autres capitales (Berlin, Rome, Madrid…). Dans ce concert européen de la courte escapade, Bruxelles n'émerge pas. Elle devrait franchir la barre des 6 millions de nuitées en 2012 mais en observant l'une ou l'autre particularité. Une nuitée sur cinq (20,3 %) est attribuée à une clientèle belge dont l'énorme majorité habite pourtant à moins de 150 km de la capitale, située au centre du réseau ferré dans un pays suréquipé en autoroutes.

Le tourisme « business » supplante le tourisme de loisirs à Bruxelles

Bruxelles est aussi la seule ville où le tourisme « business » (3,16 millions) génère plus de nuitées que le tourisme classique de loisirs (2,78 millions). On y vient donc plus pour des congrès ou des réunions de travail que pour Magritte, Horta, les surréalistes, les frites, les gaufres, les bières, le Manneken-Pis et la Grand-Place… L'hôtellerie dans la capitale de l'Europe bénéficie aussi de l'avantageuse réputation de pratiquer des prix bradés (des quatre ou cinq étoiles au prix des trois étoiles ailleurs), notamment pour combler la surcapacité durant les week-ends, quand il n'y a plus de congrès, réunions, conférences. Ce qui expliquerait l'impressionnante augmentation des nuitées attribuées à des Chinois en 2011 (+ 124 %, la plus importante hausse) ? Ça ne concerne que les Chinois de Taiwan dont les nuitées sont passées de 4.500 à 10.200. Sur un total de 6 millions… Heureusement, s'y ajoutent 79.759 visiteurs de Chine continentale (+ 21,5 % quand même).

N'empêche, la place de Bruxelles dans les destinations de city-trips ne s'améliore pas. Pire, dans le classement ECM (européean cities monitor), elle est passée de la 17e place en 2010 à la 23e place en 2011. Malgré ses atouts touristiques, la qualité de ses musées, la renommée internationale des primitifs flamands ou de Magrite, la beauté de son architecture, son rôle européen, sa réputation conviviale du bien manger et du bien boire, Bruxelles perd des places dans un marché en progression. Le rendez-vous des city-trips a-t-il été raté ?

« 2 millions pour attirer les touristes de loisir à Bruxelles »

« C'est l'inverse, assure Philippe Close, l'échevin bruxellois du Tourisme. C'était sans doute vrai il y a six ou sept ans, Bruxelles avait la réputation un peu terne d'une capitale institutionnelle. On profitait de l'augmentation naturelle des nuitées par la multiplication des activités européennes, de l'Otan… La réputation des hôtels était d'être pleins en semaine, vides le week-end. Aujourd'hui, on approche la parité entre tourisme d'affaires et de loisir et le tourisme est envisagé comme un véritable développement économique. C'est pour ça que nous soutenons des manifestations comme le Brussels Summer festival, Couleur Café, les Jeux d'Hiver… On pousse les aspects festifs et on a débloqué un budget de 2 millions d'euros pour attirer les touristes de loisir. Et on s'est fixé des objectifs : doubler le nombre de nuitées, de chambres d'hôtels pour atteindre 30.000 et arriver au niveau d'Amsterdam ou de Vienne. »

On poursuivra en remarquant que le tableau de référence de Visit Brussels fait intervenir en 2011 quatre villes non citées en 2010. Mais chacun s'accorde à attribuer partiellement le retard de Bruxelles dans le city-trip à la complexité très belge des institutions à coordonner avant d'envisager des actions communes : la promotion du tourisme dépend de Toerisme Vlanderen, de la Cocof, de la Ville, après avoir obtenu un accord de principe des autres communes bruxelloises, voire de l'État fédéral pour certains éléments. Les problèmes pour les dossiers liés aux infrastructures sont encore plus compliqués. La régionalisation du tourisme annoncée dans la réforme va sans doute encore ajouter une part de difficulté. À moins qu'on en profite pour simplifier les choses ? Faudrait y réfléchir. L'objet d'un congrès ? Quelqu'un connaît un endroit où l'organiser ?