Frédéric Nicolay, la ville devant soi

MV

samedi 15 octobre 2011, 12:36

Frédéric Nicolay, la ville devant soi

Rue Vandenbranden, Frédéric Nicolay a tapissé un énorme pan de mur de 360 palettes© DR

En dehors des riverains, la chose n’aura frappé que ceux qui ont l’habitude d’emprunter Bruxelles par ses chemins de traverse. Ceux qui préfèrent descendre vers le Canal par la rue du Houblon plutôt que par la voie royale, la rue Antoine Dansaert. La chose ? A l’endroit où la rue d’Alost déboule dans la rue Vandenbranden, une petite place oubliée vient de retrouver son lustre. Adossée à un immeuble en attente de rénovation, celle-ci a longtemps fait grise mine sur fond « d’atroce mur en parpaings de béton », comme en témoigne un habitant du quartier. Ce genre de coup de poing dans la ville, la plupart des observateurs s’en accommodent assez bien. Jusqu’à ne plus les voir. Pas Frédéric Nicolay. Le concepteur du Café Belga et, plus récemment, du Potemkine, a depuis toujours Bruxelles à cœur. Les mauvaises langues diront que s’il se soucie à ce point du downtown, côté Canal, c’est parce qu’il y a massivement investi dans l’immobilier. Peut-être. Toujours est-il que sous son impulsion, le bas de la ville montre un autre visage. Jusqu’ici, Frédéric Nicolay s’était contenté d’interventions ponctuelles.

On se souvient, il y a plus ou moins 10 années, de platanes plantés place Saint-Géry mais également au bout de la rue Antoine Dansaert, en face du Walvis. Il a aussi signé cette aubette design en métal poli miroir « conçue pour les usagers du Tram 18 » dans laquelle se reflètent les eaux du Canal. Cette fois, avec ce petit coin de la rue Vandenbranden, Frédéric Nicolay est passé à la vitesse supérieure. Pour ramener la place à la vie, il a tapissé un énorme pan de mur de 360 palettes de transport, « un matériau idéal pour embellir à moindre frais les choses pas très jolies ». Devant ce rideau de bois, il a créé une sorte de petite agora à l’aide de 27 troncs de hêtres « récupérés à la suite d’une exposition sur le Mont des Arts » et fixés à même le sol. Mieux, toujours à partir des fameuses palettes, il a imaginé une structure sur laquelle pourront être projetés des films en extérieur « quand le temps s’y prêtera à nouveau ».

Signe particulier de cette intervention urbaine éphémère qui « jouera les cache-misère jusqu’à ce que la rénovation de l’immeuble ait lieu ». Elle s’est faite spontanément à la demande des habitants du quartier, fatigués d’être mis en face de la décrépitude. Aucun subside, Frédéric Nicolay a puisé sur sa cassette personnelle pour faire de ce lieu un endroit où les enfants peuvent jouer et où quiconque peut souffler un instant.

Un vrai luxe à l’heure où les villes regardent d’un œil suspect tous ceux qui ne sont pas en mouvement.