Dessiner la campagne pour accueillir la faune locale

GEOFFROY HERENS

jeudi 12 avril 2012, 09:08

Sart-Risbart. Vouée à l'agriculture, une vaste plaine sise entre Sart-Risbart, Opprebais et Malèves est en train de changer. Des plantations diverses visent à favoriser le retour de la faune locale.

Dessiner la campagne pour accueillir la faune locale

Luc Regout (à l’avant-plan) a convaincu Incourt et Perwez représentées ici par l’échevine Alsberge et le bourgmestre ff Cambron © R Breny

Les promeneurs l'ont sans doute remarqué : depuis plusieurs mois, la campagne située entre les villages de Sart-Risbart, Opprebais et Malèves-Sainte-Marie-Wastines est en pleine mutation. Pas tant à cause des cultures qui s'y succèdent mais bien des mesures agro-environnementales qui y sont appliquées.

Au centre de ce changement, un homme : Luc Regout… même si ce dernier refuse de tirer la couverture à lui et ne cesse de rappeler que rien ne serait possible sans la collaboration des propriétaires et exploitants du coin. C'est pourtant lui, qui, depuis qu'il est devenu propriétaire de la Grande-Risbart (une ferme sise à l'entrée de Sart-Risbart), a réussi à fédérer pas mal de monde autour d'une idée bien précise.

« L'objectif est de voir s'il est possible de faire revenir ou augmenter la population de certaines espèces locales grâce à une série d'aménagements naturels… sans pour autant nuire aux agriculteurs et à la rentabilité de leur travail, explique Luc Regout. Ce qui m'amuserait ? Qu'à terme, qu'on constate effectivement que ces gestes sont bénéfiques pour la faune et n'empêchent pas une agriculture de qualité, durable… ainsi que ça fasse tâche d'huile par la suite. »

Le phénomène est en marche. Un petit tour dans la plaine constitue le meilleur moyen de s'en convaincre. Première illustration après quelques mètres à peine : à côté de nouvelles haies d'aubépines, de la végétation a été plantée sur les berges d'un étang afin d'en oxygéner l'eau. Un peu plus loin, un bosquet d'une cinquantaine d'arbres a été créé avec une haie sur son pourtour. De quoi fournir d'ici plusieurs années du hêtre, du chêne, du merisier et du frêne destiné à la vente.

La suite donne à voir des bandes enherbées le long de certains champs, des lignes de radis, tournesol, luzerne, trèfle… qui fourniront de la nourriture à la faune durant l'hiver. Tandis qu'ailleurs, c'est aux lièvres qu'un abri est fourni par diverses plantations. Quant à la parcelle de noyers, elle ne tardera pas à livrer ses premiers fruits. Dernier exemple (parmi de très nombreux autres) : la mare creusée fin septembre 2011 à un endroit généralement sec. Elle est aujourd'hui remplie grâce à la technique de la fosse à rosée. Le principe ? Isoler la mare du sol à l'aide de paille, d'argile…

« Le but est de convaincre petit à petit d'autres agriculteurs de faire de même, note Christophe Manssens, de l'ASBL Faune et Biotopes, qui accompagne le projet. D'autant que ces mesures, qui permettent aussi de structurer et de varier le paysage, sont subsidiées par divers organismes et peuvent donc s'avérer rentables. Il suffit de le montrer aux intéressés. »

Et que dit la buse pattue ?

Du côté des communes d'Incourt et de Perwez, les autorités ont vite suivi le mouvement : la première a placé 800 m de jeunes arbres le long de chemins tandis que la seconde a fait de même sur 1.400 m. « Quand Luc Regout est venu vers nous, nous avons directement marché », se souvient Carl Cambron, le bourgmestre f.f. de Perwez. Et l'échevine incourtoise Nathalie Alsberge d'ajouter que « tout s'est fait en concertation avec les agriculteurs ».

Reste maintenant à vérifier si la faune répondra positivement à l'invitation lancée dans la plaine. Qu'il s'agisse de la buse pattue, du bruant proyer, du verdier, de la linotte mélodieuse… : tous sont les bienvenus.