L'agenda révélé d'un recteur

JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE

lundi 21 mai 2012, 09:14

Dion-Valmont. Marcel Crochet raconte les bouleversements qu'il a vécus à l'UCL.

L'agenda révélé d'un recteur

Marcel Crochet a donné une grande partie de sa vie à l’UCL Il se souvient à présent Une manière de rendre hommage à tous ceux et celles qui l’ont assisté dans sa tâche © J-P DV

ENTRETIEN

On ne quitte jamais vraiment l'université. Déjà il prépare le cinquantième anniversaire de l'école polytechnique, dont quarante ans de présence à Louvain-la-Neuve, en participant à un livre sur cinquante années de sciences appliquées. Ingénieur diplômé de l'UCL, avant de réaliser un doctorat à l'Université de Californie à Berkeley, il s'est spécialisé dans le domaine de la mécanique des fluides. Et a terminé sa carrière comme recteur de l'UCL de 1995 à 2004. Deux mandats sur lesquels, après avoir été pendant cinq ans conseiller de la ministre CDH Marie-Dominique Simonet, il se penche aujourd'hui dans L'Agenda du recteur publié aux Éditions Académia (1). Entretien avec Marcel Crochet, 73 ans, de Dion-Valmont.

Sacré agenda que celui que vous décrivez. Il en faut de la santé !

Et cela ne tient pas compte des rendez-vous, des obligations de présence, des participations à divers événements ! Il faut se rendre compte que l'université est comme une grande entreprise et qu'un recteur est une sorte de grand patron qui dépasse facilement les quatre-vingts heures de travail par semaine. Mais quand on est entouré d'une belle équipe, que l'on peut déléguer et qu'on est passionné par ce que l'on fait, on ne ressent aucun état d'épuisement. L'important est de pouvoir se ménager des périodes de repos, de vacances pour refaire le plein avant de repartir de plus belle.

Comment devient-on recteur en réalité ? Est-ce le fruit d'une volonté personnelle ?

Je ne pense pas que ce soit une fonction pour laquelle on puisse se dire un jour qu'on aimerait bien l'exercer. En ce qui me concerne, j'y suis entré progressivement en prenant de plus en plus de responsabilités. Je me suis d'abord consacré à la recherche tout en étant secrétaire académique de faculté. À 36 ans, j'ai eu la chance de voir Michel Woitrin me faire confiance et m'attirer à lui à l'administration générale. Et en 1994, alors que j'étais doyen de la faculté des Sciences, ce sont des collègues qui m'ont demandé si j'acceptais d'être présenté comme recteur. On m'avait déjà proposé la place de prorecteur quelques années auparavant. J'avais alors refusé car j'avais d'autres priorités, notamment dans la recherche. Mais cette fois-là, à neuf ans de mon éméritat, j'ai accepté ce que l'on peut appeler un nouveau choix de vie. Et je remercie mon épouse d'y avoir apporté sa grande contribution.

Vous avez ainsi vécu les grands bouleversements de l'UCL…

C'est exactement le mot qui convient. J'entrais dans un contexte initié par Pierre Macq qui avait mis en place l'équipe “UCL 575” pour déterminer la place de l'UCL dans le nouveau millénaire qui approchait. Déjà on parlait des enjeux futurs, de la place des étudiants dans leurs études, de l'importance de la recherche… Tout ce qui en définitive allait être renforcé par le processus de Bologne.

Tout cela faisait peur aux étudiants, non ?

Il y avait ceux qui trouvaient qu'on n'allait pas assez loin et ceux qui ne voulaient entendre parler d'aucun changement. Mais apprendre à gérer sa formation était un réel plus pour les étudiants, la création des majeures et des mineures leur permettant d'avoir plusieurs cordes à leurs arcs. Personnellement, et c'est ma seule déception, j'estime qu'on aurait pu aller encore plus loin, notamment dans la gestion des crédits d'heures de cours. J'espère ainsi que Bologne ne sera qu'une étape dans la mise en place d'une formation qui place l'étudiant et sa manière d'apprendre au centre de toutes les préoccupations

Et ces 24 Heures Vélo, avez-vous vraiment voulu les supprimer ?

Jamais ! En 1998, c'était dur de les annuler mais, en âme et conscience, je ne voyais pas comment on aurait pu faire la fête après la mort d'un étudiant. Et il fallait changer absolument l'organisation des 24 Heures, pour leur redonner une taille humaine, impliquant plus les étudiants, notamment via les stadiers.

Aviez-vous gardé des notes pour être si précis dans cet Agenda ?

J'ai eu la chance de toutes les retrouver dans les archives de l'UCL. Jusqu'à mes commentaires personnels sur certains textes que l'on discutait. Et en les relisant, je me suis même surpris à revivre le stress qui m'habitait alors à certains moments.

Pensez-vous que l'UCL a aujourd'hui sa vraie place dans le paysage communautaire et en Brabant wallon ?

Tout à fait. J'y vois quatre raisons : la formation, la recherche, le lien avec la société – via notamment la Fondation Louvain – et l'importance du parc scientifique qui rayonne sur l'emploi dans toute la région. L'UCL est ouverte à son monde.

(1) « L'Agenda du recteur », 270 pages, Éditions Académia L'Harmattan, dans la collection « Acteurs pour l'université ». Prix : 28 euros. Renseignements sur le site Internet www.editions-academia.be.