« Le Denali, ce sera pour 2013 ! »

JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE

jeudi 24 mai 2012, 08:42

Wavre. Johan Debecker a dû rebrousser chemin à son cinquième sommet. Le grimpeur wavrien a vécu la folie furieuse en Alaska.

« Le Denali, ce sera pour 2013 ! »

Tout se présentait bien au camp nº4 pour Johan Debecker Le matériel et les vivres avaient été montés au camp nº5, celui juste avant l’ascension finale Mais le temps a tourné… © D R

ENTRETIEN

La photo est trompeuse. Elle a été prise avant que les éléments se déchaînent en Alaska et forcent le Wavrien à rebrousser chemin. Après quatre des plus hauts sommets de la planète vaincus, le Denali, avec ses 6.194 mètres de haut, s'est donc refusé à lui. Mais ce n'est que partie remise. Entretien avec Johan Debecker.

Comment vous sentez-vous ?

Je suis rentré dimanche, mais je me bats encore avec les dix heures de décalage horaire. Sur le plan physique, pas trop de bobos. Juste les cinq bouts des doigts de la main gauche qui sont insensibles. Et c'est pareil pour mon orteil gauche. Mais je ne me tracasse pas. La dernière fois, il a fallu quatre mois pour que tout revienne à la normale. Et puis, comparé à un grimpeur américain qui a dû se faire amputer de plusieurs orteils, ce n'est rien. Et sur les huit membres de notre groupe, il y en a eu quatre qui ont dû abandonner, par peur d'affronter les crevasses, par épuisement aussi.

Et votre moral ?

Très bon. C'est vraiment dommage d'avoir dû rebrousser chemin à cause des conditions climatiques. On n'était plus qu'à un petit kilomètre du sommet… Et je me sentais alors en pleine forme. Mais rester six jours couché, avec seulement quatre jours de nourriture lyophilisée, dans une folie furieuse, avec des vents de 60 miles, soit 96 km/h, dans des tentes gelées à cause de la condensation et heureusement protégées par un mur de glace de plus de 1,5 mètre de haut car la neige glissant de la montagne nous aurait ensevelis de plus d'un mètre, ce n'était plus possible de rester au camp nº4, où les Rangers, dans leur relais météo, ne pouvaient annoncer le retour du beau temps…

Des Rangers ?

Effectivement. Le Denali se trouve au cœur d'un parc naturel. Il n'est pas question d'y faire n'importe quoi. Tous les grimpeurs sont d'ailleurs obligés de suivre un briefing à Talkeetna. On y reçoit des fanions avec notre numéro et des petits pots pour nos déchets. À chaque camp, on est obligés d'enterrer – d'enneiger plutôt – un pot à plus d'un mètre de profondeur pour éviter que les oiseaux aillent les déterrer. Et on est priés de rapporter le tout au retour. Quant à nos besoins humains, ils doivent, eux, être jetés dans un sachet biodégradable au fond des crevasses.

Pas trop froid là-bas ?

À Anchorage pas trop. Il faisait dans les 16º la journée, mais dans la montagne, on a dormi tous les jours à - 25º. Au sommet, on nous annonçait même - 45º. Avec le vent, c'est comme si cela faisait du - 60º ! Heureusement, j'étais bien équipé.

Pas peur de recommencer ?

Même si l'on compte 108 morts depuis 1951 sur ce Denali et même si je suis tombé deux fois dans une crevasse – heureusement que nous étions en cordée – ce sera pour mai 2013 ! Comme j'avais programmé l'Everest pour 2014, cela me laisse de la marge. Je vais donc continuer à m'entraîner.