Le conteneur de la solidarité
JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE
vendredi 25 mai 2012, 09:39
Vingt-deux conteneurs envoyés par l'association la hulpoise en quatre ans. Cette dernière souhaite regrouper les associations du Brabant wallon pour un 23è conteneur.
Le Brabant wallon compte quelque 80 associations actives au profit du Congo Toutes, comme ici LEnfant des Étoiles, nont pas les moyens financiers daffréter un conteneur LASBL Destination Congo propose de les réunir
ENTRETIEN
Ce sont des amis qui avaient envie d'agir. Pour la solidarité, pour le Congo. Ils se sont spécialisés au point d'être devenus une référence en matière d'envois de conteneurs dans l'ancienne colonie. Jusqu'ici, l'ASBL Destination Congo, qu'ils ont fondée il y a quatre ans, a été aidée par la Direction générale de la coopération au développement. La province du Brabant wallon fait également partie des donateurs, ainsi que la Communauté française et des particuliers. Entretien avec le La Hulpois Philippe Matthis, le président, et l'Orp-Jauchoise Jenifer Clavareau, une gestionnaire. Lesquels peuvent compter dans leur tâche sur Les Waterlootois Anne et Pierre Nihoul et les La Hulpois Pierre Courtois et Brigitte Matthis.
Qu'est-ce qui vous motive ?
Philippe Matthis Simplement être utiles. Un conteneur qui arrive entier au Congo, c'est tellement rare à cause des pillages et des taxes diverses que c'est quasiment un événement national. Et la personne qui l'accompagne, un héros national. Et c'est grâce à de nombreuses associations que le Congo maintient la tête hors de l'eau. Là-bas, 75 % des gens vivent avec moins de un euro par jour
Comment en arrive-t-on à se lancer dans le transport ?
Ph. M. De par mon métier au Port de Bruxelles, j'ai eu la chance d'aller plusieurs fois en République démocratique. J'ai vu comme cela fonctionnait, qu'il fallait absolument tomber sur des personnes de confiance pour éviter que des conteneurs ne se perdent en cours de route. C'est pour cela d'ailleurs que nous ne travaillons qu'avec des conteneurs achetés et laissés sur place.
Jenifer Clavareau Les conteneurs de ligne sont, eux, vite bloqués au port de Matadi. Et au bout de trois jours, les taxes commencent à tomber. Et il faut parfois des mois pour arriver à les débloquer. Pour des petites associations, cela devient rapidement impayable.
Ph. M. Et même si l'on travaille dans l'humanitaire, tout est bon pour tirer de l'argent aux Blancs. Heureusement, nous avons un accord avec l'ordre de Malte pour ne pas payer les frais de douane.
Content de votre bilan ?
Ph. M et J. C. En quatre ans, en comptant les quatre conteneurs qui sont en route pour l'instant, nous en sommes à 22 envois, pour un coût total de 228.898 euros. Cela représente 138 tonnes de matériel médical et pédagogique, d'une valeur de 1,2 million d'euros, qui ont été distribués dans dix hôpitaux et sept écoles.
Dans tout le pays ?
Ph. M. C'est notre spécificité. Aller jusqu'à Matadi et puis, en camions, jusqu'à Kinshasa, c'est finalement ce qu'il y a de plus simple. Au total, nous avons jusqu'à présent couvert sept provinces sur les onze.
Un exemple ?
J. C. Nous avons ainsi envoyé huit conteneurs dans l'est, quatre pour Kalima (dont un contenant une ambulance de l'Amicale des corps de sauvetage de La Hulpe) dans la province de Maniema et quatre pour Kalemie au Katanga. Il a fallu passer par la Tanzanie, le lac Tanganyika puis les camions de la Monuc d'un côté, le train vers Kindu de l'autre. Au total, cinq mois et demi de voyage !
Pourquoi, aujourd'hui, cet appel à projet ?
Ph. M et J. C. En attendant de savoir si la Coopération au développement retrouve des moyens financiers en 2013 pour le financement de transports, il nous reste pour cette année des fonds de particuliers nous permettant d'envoyer un 5e conteneur de 67 m3. Nous avons recensé 80 associations du BW qui sont actives pour le Congo. Beaucoup d'entre elles stockent depuis des années du matériel pédagogique ou médical, sans pouvoir les envoyer. En les regroupant pour un voyage vers Kinshasa, on pourrait leur permettre de concrétiser leur rêve de solidarité. On va leur écrire en ce sens. Aucun frais ne sera demandé, tandis que toute la logistique sera assurée par nos soins.