« On entre dans un autre siècle »

JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE

mardi 12 juin 2012, 08:42

Bataille de Waterloo. Laurence Nelis organise ses treizièmes bivouacs.

« On entre dans un autre siècle »

Une Laurence Nelis impériale Pour la treizième fois, elle sera la « cantinière provinciale » de l’ensemble des troupes présentes ce week-end dans deux bivouacs © RENÉ BRENY

ENTRETIEN

Cette 13e édition des bivouacs napoléons des 16 et 17 juin va lui porter bonheur. Celle qui est connue comme « Lolo », la cantinière du 8e de Ligne, sera une nouvelle fois au four et au moulin ce week-end pour faire du rendez-vous une réussite. Entretien avec Laurence Nelis, une Perwézienne de 39 ans, gestionnaire-directrice ff du Dernier QG de Napoléon.

Comment arrive-t-on en réalité dans ce monde d'hommes ?

J'ai été engagée au Dernier QG il y a quatorze ans justement pour organiser les bivouacs. Je n'avais aucune expérience et j'ai commis l'erreur d'inviter des groupes qualifiés de folkloriques qui n'apportaient aucun plus aux reconstitutions. Mais j'apprends vite, au point que je suis rentrée au 8e de Ligne afin d'apprendre comment vivaient ces groupes réellement. De fil en aiguille, j'ai voyagé dans l'Europe entière, allant partout – sauf en Russie – où Napoléon avait livré bataille.

Tout le monde vous connaît à présent…

Et je connais aussi beaucoup de monde. Sur les cinq cents reconstituants de ce week-end, je peux en appeler la moitié par leur prénom, leur demander des nouvelles de leur famille… Il y a beaucoup de complicité. Et je dois veiller à tout. Même lorsque, puisque cela m'est déjà arrivé, un reconstituant fait un accident de voiture et qu'il faut trouver un véhicule de remplacement ou lorsque, plus grave, l'un d'entre eux fait une crise cardiaque dans les bois de Hougoumont et qu'il faut prévenir la famille, aller le voir à l'hôpital, prévoir son rapatriement et demander des nouvelles après son rétablissement.

Cela demande-t-il beaucoup de logistique ?

J'ai découvert au fil du temps combien étaient importantes les provisions de bois et d'eau. Et je dois pouvoir réapprovisionner les groupes chaque fois que nécessaire. Mon défi, c'est de faire en sorte que tous les reconstituants repartent d'ici contents de l'organisation. Je souhaite que leur bivouac soit considéré comme le meilleur d'Europe. Et quand ils repartent heureux, leur gratitude est ma récompense.

Qu'est-ce qui motive réellement ces personnes ?

La passion. Cela ne se discute pas. Comme la partie de l'Histoire qui nous occupe. On essaie simplement d'entrer quelques heures dans la peau d'un autre personnage. Que l'on soit ouvrier ou patron, on entre dans un autre siècle, on en suit les usages, et on accepte les ordres de celui qui commande le groupe.

Et pour vous-même ?

Je dirai que cela fait désormais partie de ma vie. Dans ce monde, cela fait du bien de ressentir, physiquement, ce que les gens ont dû réellement éprouver alors. Même si, ce qu'on nous reproche, on nous voit sourire sur les champs de reconstitution. Car, même si c'est dur, on est tous heureux d'être là, de permettre au public – ici grâce aux autorités provinciales – de comprendre ce qui s'est déroulé il y a près de deux cents ans…