Faut-il (enfin) réformer Bruxelles en profondeur ?

VERONIQUE LAMQUIN

samedi 14 avril 2012, 15:53

Chaque événement dramatique sur Bruxelles fait resurgir la question de la gestion de la Capitale. La solution passe-t-elle par une réforme en profondeur des institutions ? Votre avis

Bruxelles = le Bronx ? Bruxelles, une poudrière ? Chaque événement dramatique fait resurgir ces questions. Autrement posées : Bruxelles est-elle une ville dangereuse ? Mal gérée ? Promise à un avenir des plus sombres ? Point de réponses définitives, mais des nuances, des explications.

L'analyse complète

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Boom démographique,densité urbaine, chômage endémique,... la fracture sociale est béante à Bruxelles. Et elle ne fait que s'agrandir, scindant en deux camps (les précaires et les autres) tous les pans de la vie : le logement, l'enseignement, la sécurité, la qualité de vie…

Pour garantir à Bruxelles un avenir durable, il faut donc réduire cette fracture. Un chantier colossal, car il touche à tous les pans de la politique et nécessite d'importants moyens. Il faut, en effet, investir dans l'enseignement et la formation, offrir des infrastructures de qualité ; améliorer la qualité de vie, garantir la sécurité de tous, dans tous les quartiers. Air connu ? Assurément. Les défis sont identifiés depuis belle lurette, tout au plus se posent-ils avec davantage d'acuité chaque jour. Et pourtant rien ne bouge ? Si, mais lentement, difficilement.

Bruxelles, c'est la version concentrée de la complexité belge

La solution miracle ? Elle n'existe pas. Mais elle passe sans doute par une réforme en profondeur des institutions dans la capitale. Aujourd'hui, la lasagne décisionnelle bruxelloise se compose d'une couche fédérale, de plusieurs couches communautaires (les Communautés française et flamande, la VGC, la Cocof, la Commission communautaire commune), d'une Région, de 19 communes (et autant de CPAS), de six zones de police… Bruxelles, c'est la version concentrée de la complexité belge.

Vingt ans que cela fonctionne. Plus ou moins. Car, soyons lucides, chaque problème ou incident souligne aussitôt, par la multiplicité des acteurs publics qu'il concerne, l'immense complexité bruxelloise. Laquelle joue aussi de bien mauvais tours à la ville dès qu'il s'agit de faire preuve de vision, de développer une stratégie globale et cohérente.

Pour dire les choses autrement : il était, jusqu'ici impossible de discuter du transfert des compétences communautaires à la Région, ou de la fusion des communes. Impossible pour les Flamands : ils veulent garder, via la Communauté flamande (qui finance crèches, écoles, etc.), une mainmise sur Bruxelles. Onbespreekbaar pour les francophones : ils ne veulent pas renforcer les pouvoirs des 10 % de Bruxellois néerlandophones en transférant des compétences à la Région (où la parité linguistique est de mise) au détriment des communes. Enfin, il n'est simple pour aucun parti de renoncer à des parcelles de pouvoir (comme les communes).

Sujet tabou ? Pas pour nous

Sujet tabou ? Absolument. Le débat aura-t-il lieu ? Pas avant les élections communales (octobre 2012) en tout cas. Ni avant le scrutin régional (juin 2014). Pourtant, si la Belgique survit aux prochaines élections fédérales, elle serait inspirée d'enfin s'intéresser à sa capitale.

Johan Vande Lanotte, l'un des seuls à avoir osé redessiner la Belgique institutionnelle, ne cesse de plaider pour que l'on travaille, enfin, à une refonte majeure de l'organisation bruxelloise. En coulisses, certains francophones commencent à le dire. Un ténor ose même évoquer (en off) le modèle parisien : une mairie centralisée et des mairies d'arrondissement, comme « le seul qui fonctionne ». Combien de temps avant que le tabou ne saute ? Nous avons soumis la question, par mail, à plusieurs élus politiques bruxellois. En attendant leur réponse, donnez-nous votre avis dans les commentaires.