Traire le client : « Les propos du patron de la Stib sont hallucinants »

Rédaction en ligne

vendredi 20 avril 2012, 18:15

Les propos du patron de la Stib dans le Morgen sont condamnés par Evelyne Huytebroeck, Brigitte Grouwels, Vincent De Wolf et la présidente du CA de la Stib. Kris Lauwers a ensuite nuancé ses propos.

Traire le client : « Les propos du patron de la Stib sont hallucinants »

©belga

J'en tombe de ma chaise, c'est hallucinant, vraiment hallucinant ! Ca va exactement dans le sens contraire de ce qu'il faut faire », s'est indignée vendredi après-midi Evelyne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l'Environnement, auprès de l'Agence Belga, en réaction à l'interview du patron ad interim de la STIB au Morgen, dans laquelle il parle de « traire les clients » et exprime ses doutes concernant les abonnements « qui incitent les gens à utiliser autant que possible les transports en commun ».

« Nous devons arriver à une situation où les transports en commun soient payés à leur juste prix. Si quelqu'un prend le bus pour faire deux arrêts, je trouve que nous passons à côté de notre mission », avait estimé Kris Lauwers dans le Morgen.

« On ne vend pas des savonnettes »

« On ne vend pas des savonnettes, ici ! Il faut arrêter de parler de clients », souligne la ministre. Les transports en commun à Bruxelles s'inscrivent dans de nombreuses questions, notamment environnementales ou de mobilité, rappelle-t-elle.

« Les Bruxellois paient déjà assez pour un réseau orienté vers les navetteurs. » Il faut donc s'orienter, pour trouver de nouvelles sources de financement, vers les automobilistes. « Et il faut ensuite investir dans de meilleurs transports en commun, en terme de fréquence, de nouvelles lignes et de sécurité notamment », martèle Evelyne Huytebroeck. La vision de M. Lauwers, qui rejoint celle de son prédécesseur Alain Flausch, est celle d'un « client qui doit payer pour son service ».

« De grâce, remplaçons vite Kris Lauwers »

Vincent De Wolf, Chef de file MR au Parlement bruxellois, a lui aussi regretté les propos de Kris Lauwers. « Les déclarations du patron ad interim de la STIB sont radicalement contraires aux politiques menées, en Région bruxelloises, en termes de transport public », estime le député libéral. Et d'ajouter : « Il serait temps que ce Gouvernement et la Ministre Grouwels cessent de s'emmêler les pinceaux en disant vouloir encourager le recours au transport public tout en prenant des mesures en ayant l'effet contraire, telle la récente hausse des tarifs de 4,5 % en une année. »

La ministre bruxelloise des Transports, Brigitte Grouwels (CD&V), a également pris ses distances avec les déclarations du patron de la STIB. Pour Brigitte Grouwels, une augmentation des tarifs n'est pas une option à retenir. « On vient d'augmenter les prix et nous ne sommes déjà pas des moins chers », dit-on encore chez la ministre.

Le président de la fédération bruxelloise du PS, Rudi Vervoort, s'est également inquiété de la vision de la STIB développée dans la presse par son directeur par intérim Kris Lauwers. « C'est aux autorités bruxelloises qu'il appartient de préserver une politique tarifaire accessible à tous et d'intervenir en faveur de tarifs sociaux », rappelle-t-il, évoquant une "confusion des rôles" de la part de Kris Lauwers. « Réduire un service public à une logique de la seule rentabilité, au détriment des usagers les plus faibles et au mépris de besoins essentiels de la population bruxelloise, ne manque pas d'inquiéter », ajoute-t-il.

La cheffe de groupe cdH au parlement bruxellois Céline Fremault revient sur les propos du patron de la STIB, évoquant des « clients qu'il faut traire ». « C'est à tout le moins interpellant, car les utilisateurs des transports en commun de la STIB ne sont pas que de simples clients mais des bénéficiaires d'un service public auquel ils ont droit et qu'ils financent largement ». Réclamant du respect et de la considération envers les « clients », Céline Fremault dit espérer que les propos de M. Lauwers ne sont que le signe d'une communication mal préparée, due à son inexpérience à ce poste.

Le CA de la Stib « s'étonne »

La présidente du conseil d'administration de la société bruxelloise de transports en commun a également évoqué son « étonnement » face à l'interview. Adelheid Byttebier insiste sur le fait que « la convivialité et la qualité des services sont et doivent être les priorités au sein de la STIB ».

« L'interview dans De Morgen donne toutefois l'impression que les clients bruxellois du transport public sont visés et que la STIB veut les ‘traire'. Cela va à l'encontre des choix du conseil d'administration et c'est évidemment faux », souligne la présidente du CA, qui demandera des explications à Kris Lauwers.

Kris Lauwers nuance ses propos

Kris Lauwers a ensuite nuancé dans une réaction ses propos. « Nous souhaitons conscientiser les personnes par rapport à leur mobilité. Il faut penser au moyen de transport le plus approprié au bon moment et ne pas systématiquement prendre la voiture. »

« Dans de nombreux cas, le transport public est la meilleure solution. Mais, dans certains cas, par exemple pour des trajets très courts, il faut se poser la question de la marche à pied ou du vélo. L'objectif final est de réduire le nombre de voitures en ville », souligne-t-il dans un communiqué diffusé vendredi.

Le patron de la STIB répète que la société bruxelloise a besoin de plus d'argent. « Si nous ne voulons pas ‘presser' complètement le contribuable bruxellois, nous devrons donc trouver des alternatives. » Une des possibilités est que, « à long terme, le client paie le juste prix pour les transports publics. Chacun doit être conscient qu'en prenant le bus, le tram ou le métro, on ne paie qu'une partie des coûts réels. Soyons clairs, les personnes moins nanties devront toujours bénéficier de tarifs sociaux. »

(G.D, d'après belga)