« Projet disproportionné »

VANESSA LHUILLIER

mardi 15 mai 2012, 08:35

Patrimoine.Le parlement européen veut créer une Maison de l'histoire européenne dans l'Institut dentaire George Eastman. le bâtiment de 1930 n'est pas classé. L'Arau souhaite quand même le préserver.

« Projet disproportionné »

Voilà à quoi ressemblera la Maison de l’histoire européenne, parc Léopold © D R

Après le Parlementarium place du Luxembourg, les institutions européennes souhaitent ouvrir un deuxième musée à Bruxelles. La Maison de l'histoire européenne est prévue dans l'Institut dentaire George Eastman, dans le parc Léopold. Mais le projet architectural double quasiment les dimensions du bâtiment et fait bondir l'Arau (Atelier de Recherche et d'Action Urbaines).

En 2007, l'ancien président du Parlement européen lance l'idée de créer une Maison de l'histoire européenne, lieu de mémoire de la construction européenne. Un an plus tard, le Parlement européen signe un bail emphytéotique de 99 ans avec la Ville de Bruxelles pour la location de l'Institut dentaire George Eastman, construit dans les années 30, en même temps que le Résidence Palace. George Eastman est l'inventeur de l'appareil photo Kodak. Généreux, il décide de léguer à six villes (Bruxelles, Paris, Londres, New York, Rome et Stockholm) de quoi fonder des instituts dentaires pour délivrer des soins aux enfants nécessiteux.

Aujourd'hui, plus question de soins dentaires mais le bâtiment a gardé une stature imposante. Même si son architecture est remarquable, il n'est pas classé. Tous les projets y sont donc possibles.

Pour sa Maison de l'histoire européenne, le Parlement lance un concours d'architecture. En avril de cette année, les douze projets retenus sont exposés dont celui du lauréat, le groupe Chaix & Morel et associés (France), JSWB architekten (Allemagne) et TFT Engineering avec un projet qui déploie une enveloppe de verre autour du bâtiment existant.

En tout, 31 millions d'euros sont prévus pour la rénovation, la conversion et l'extension du bâtiment, 21,4 millions d'euros pour la conception et l'aménagement de l'exposition et 3,74 millions d'euros pour la constitution de la collection. À ajouter : 6 millions d'euros par an pour le fonctionnement. La Région bruxelloise devrait également mettre sur la table 200.000 euros pris sur les fonds Beliris.

Mais ce ne sont pas les budgets qui posent problème. Pour l'Arau, le projet est disproportionné. « Ils désirent multiplier par deux la superficie, explique Isabelle Pauthier, présidente de l'ASBL. Ils construisent dans la cour intérieure ainsi qu'au-dessus du bâtiment. Lors de la construction, déjà, il y avait eu des problèmes de stabilité car le terrain est meuble. Le bâtiment sera-t-il toujours stable avec trois étages supplémentaires ? À l'intérieur, ils suppriment les fresques car ils doublent les murs. Ce lieu n'est pas prévu pour accueillir ce projet qui se fera au détriment du patrimoine bruxellois. »

Une demande de permis d'urbanisme a été introduite et l'enquête publique est en cours. Les travaux débuteraient avant la fin de l'année.