Molenbeek : les propos de Sharia4Belgium bientôt poursuivis ?

Rédaction en ligne

samedi 02 juin 2012, 18:09

La ministre de l’Intérieur dénonce les propos tenus par Sharia4Belgium après les incidents de Molenbeek, soulignant que la justice fera son travail. Le centre pour l’égalité des chances pourrait aussi se porter partie civile.

La ministre de l’Intérieur a promis samedi des suites judiciaires suite aux « propos hallucinants » tenus lors de la manifestation et la conférence de presse de Sharia4Belgium consécutives à l’interpellation mouvementée d’une femme portant le voile intégral, jeudi, à Molenbeek.

« Au-delà des actes inadmissibles, les propos hallucinants tenus lors de la manifestation, et surtout lors de la conférence de presse et dans la vidéo, sont inacceptables et profondément condamnables », a réagi Joëlle Milquet par voie communiqué, sans citer nommément Sharia4Belgium. « Les autorités du pays ne laisseront pas ces propos sans suite et la justice fait son travail », assure-t-elle.

Selon la ministre, ces événements illustrent l’importance de renforcer la lutte contre le radicalisme en Belgique. A cet effet, un « plan concret » sera déposé « durant le mois de juin » au comité ministériel du renseignement et de la sécurité.

Celui-ci abordera cette lutte de manière transversale, tant en matière de prévention que de renforcement des effectifs, d’initiatives opérationnelles, de coordination et d’adaptation du cadre légal.

« Le radicalisme est l’ennemi des valeurs démocratiques de liberté de choix, de respect de l’autre et de sa différence, d’égalité entre les sexes et les personnes et il nourrit le racisme et la xénophobie, autres ennemis d’une société moderne et humaniste », souligne la ministre.

Revenant sur les « débordements inacceptables » de jeudi soir à Molenbeek, celle-ci a tenu à souligner « l’efficacité et la coopération optimale » entre les forces de police, ce qui a permis un « déploiement immédiat d’effectifs nombreux et renforcés ; cinq pelotons, une arroseuse, une autopompe et un hélicoptère », fait-elle valoir.

« Ce dispositif légitime et ferme démontre l’importance que les autorités accordent au respect des règles de l’Etat de droit dans notre pays et la non-tolérance à l’égard des actes qui se sont déroulés », assure Mme Milquet. Elle a toutefois tenu à mettre en garde contre tout « amalgame » entre un nombre limité d’islamistes radicaux et le reste de la population de confession musulmane « qui n’a rien à voir avec eux et qui mérite le respect », insiste la ministre.

« Ces incidents ne peuvent nourrir à l’égard de ces personnes un discours de rejet. Nous devons avoir la même fermeté et la même force pour lutter contre ces deux ennemis de la démocratie que sont tant le radicalisme que le racisme », conclut son communiqué.

Le Centre pour l’Egalité des Chances va analyser les propos de Sharia4Belgium

Le Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme (CECLR) va analyser les propos tenus par Sharia4Belgium à la suite du contrôle et de l’interpellation d’une femme portant le niqab, afin de voir s’ils relèvent de l’incitation à la haine, a indiqué samedi Edouard Delruelle, directeur adjoint du CECLR. Dans le cas où ces soupçons sont avérés, le Centre pourrait se constituer partie civile.

« Nous sommes très fermes face à ce groupuscule, qui a déjà appelé à plusieurs reprises à la haine et à la violence, notamment à l’égard des homosexuels », a expliqué M. Delruelle, rappelant que le CECLR s’était constitué partie civile par le passé contre Sharia4Belgium. L’un de ces dossiers a d’ailleurs abouti récemment à la condamnation du porte-parole du mouvement, Fouad Belkacem, à deux ans de prison dont un ferme.

M. Delruelle ne peut toutefois affirmer aujourd’hui que le Centre se constituera partie civile à la suite de l’appel à manifester devant le commissariat de la rue du Facteur, à Molenbeek, lancé par Sharia4Belgium.

« Nous allons analyser de manière précise les différents éléments (vidéos, messages, etc.) sur le plan juridique. Si nous estimons que les propos relèvent de l’incitation, nous pourrions nous constituer partie civile. Mais c’est le conseil d’administration qui décidera », a-t-il ajouté.

Lancer un appel à manifester alors que toute manifestation est interdite peut être constitutif d’une incitation à la haine, selon M. Delruelle. « Tout dépend du contexte et de l’intention », a-t-il commenté. Il n’est pas juridiquement possible d’interdire Sharia4Belgium sur le territoire. « Il n’existe pas de loi pour empêcher préventivement une telle association de fait, mais on peut poursuivre les individus pour appartenance à un groupement qui incite à la haine. Il faut que la justice entame de nouvelles actions judiciaires. La police et la Sûreté de l’Etat peuvent les mettre hors d’état de nuire », a-t-il conclu.

(Belga)