Insulter en rue, ça se paye cash

CAMILLE WERNAERS

mardi 04 septembre 2012, 12:24

Les amendes pour insultes en rue sont entrées en vigueur début septembre. Celles-ci s'échelonnent de 75 à 250 euros, selon, par exemple, la gravité de l'insulte.

Insulter en rue, ça se paye cash

Les femmes victimes d’insultes sexistes, notamment, peuvent désormais porter plainte lorsqu’elles se font insulter en rue Mais comment, lorsqu’il n’y a pas flagrant délit, prouver qu’il y a eu insulte ? © D R

« Salope. » C'est ce que lance un homme à Sofie Peeters dans son documentaire « Femme de rue », diffusé en juillet dernier. La jeune réalisatrice filmait ainsi en caméra cachée le quotidien des femmes dans l'espace public, fait d'insultes et de comportements agressifs. Des comportements désormais punissables.

Des 75 à 250 euros

Concrètement, le règlement adopté par la Ville de Bruxelles en avril dernier stipule que celui (ou celle) qui se rend coupable d'insulte en rue risque désormais des amendes administratives. Des amendes qui s'échelonnent de 75 à 250 euros, selon, par exemple, la gravité de l'insulte. Deux cas de figures sont prévus. Soit il s'agit d'un flagrant délit, le policier est présent au moment de l'insulte et peut verbaliser. Soit il n'y a pas de flagrant délit et il faudra mener une enquête, « à l'aide de tous les moyens possibles, tels que les témoignages mais aussi les caméras de surveillance », précise Freddy Thielemans. Dans les deux cas, il faudra qu'une plainte soit déposée par la victime.

Depuis le premier septembre, en effet, la Ville de Bruxelles s'est dotée d'un règlement interdisant les insultes en rue. « Il s'agit d'un règlement luttant contre trois choses : les coups, les insultes et les vols simples, explique Freddy Thielemans, bourgmestre PS de Bruxelles. Il a été signé en accord avec le parquet en avril dernier, avant la diffusion du documentaire. Cependant, nous nous rendions déjà compte qu'il y avait des faits graves qui n'étaient plus poursuivis par le parquet par manque de temps. Le documentaire en est une bonne illustration. »

Ce règlement, le premier du genre en Belgique, viserait donc un certain sentiment d'impunité qui s'est développé dans la commune. Pour Claudine Lienard, coordinatrice de projet à l'Université des femmes, les amendes ne suffiront pas. « Ici, on est uniquement dans l'ordre du répressif alors que lutter contre les stéréotypes sexistes passe aussi par l'éducation et la prévention. Il faut faire prendre conscience aux gens du contexte dans lequel leurs comportements s'expriment, qui est un contexte de patriarcat et de domination masculine. Il est évident que lutter contre le sexisme se joue à tous les niveaux mais je pense néanmoins que la prévention est plus efficace que la simple répression. »

Elle travaille depuis longtemps sur les questions de mobilité et de genres dans l'espace public et estime qu'il faut aussi former à ces questions ceux qui sont les premiers sur le terrain : les policiers et les agents de quartiers. « On constate par exemple qu'au niveau des violences conjugales ou du viol, on est nulle part. Quand une femme se fait violer et qu'elle va au commissariat, elle risque encore de se voir répondre que sa jupe était peut-être trop courte. Il faut mettre des choses en place au niveau des représentations que se font les gens. »

À Bruxelles-Ville, on cite un chiffre en exemple : les amendes en matière de propreté publique, qui ont rapporté 300.000 euros à la commune durant les cinq dernières années. « Les sanctions administratives fonctionnent donc bien et changent la mentalité des citoyens, puisqu'ils se rendent compte qu'ils peuvent être poursuivis », indique Freddy Thielemans. Pas de quoi convaincre Claudine Lienard. « En Belgique, les associations demandent depuis longtemps qu'il y ait un cadre législatif fort contre le sexisme, tel que celui instauré contre le racisme. Or, on constate qu'on agit de nouveau au niveau local, et pas fédéral. Quel peut être l'effet de ces amendes si une commune les applique mais pas ses voisines ? », précise-t-elle, avant de pointer un aspect positif. « Cela va peut-être encourager les femmes à porter plainte, avec pour effet de révéler une certaine réalité. Il faut que les femmes parlent. »