Ils ont failli divorcer

NDD

vendredi 23 mars 2012, 11:19

Charleroi. La sévère note Uyttendaele sur la constitution de la commune comme partie civile contre une partie des 62 inculpés du dossier "Ville" a dégradé la relation entre Jacques Van Gompel et Eric Massin. Le premier a même, un temps, menacé de mener une liste dissidente aux élections communales... Tout est rentré dans l'ordre, assure-t-on à Gilly.

On savait Marc Uyttendaele influent, mais pas au point de modifier cette tectonique gillicienne qui repose sur une amitié plus que politique. Les cinquante-cinq pages de la note de l'avocat auront en effet été bien près de brouiller Jacques Van Gompel et Eric Massin, et donc de priver le second de l'héritage – électoral notamment – du premier.

La raison ? Une question de forme plutôt que de fond. « Massin avait assuré à Van Gompel que l'analyse d'Uyttendaele serait strictement technique. Mais le résultat, c'est pratiquement un réquisitoire politique ! », confie un proche de l'ancien bourgmestre. La sensibilité exacerbée – certains parlent même de sensiblerie – de celui-ci a fait le reste. Jusqu'à susciter un troublant malaise dans les rangs socialistes. « Quand on sait que la haine de Jacques pour Ficheroulle vient d'une malheureuse incompréhension entre ce dernier et le fils Van Gompel, on comprend bien que Massin était dans ses petits souliers mercredi… », explique ce camarade gillicien. « Massin était livide toute la journée », renchérit un non socialiste.

Et pour cause : son mentor a même brandi la menace ultime (et récurrente), celle d'une liste dissidente socialiste aux communales d'octobre ! Délétère pour le PS, létal pour Massin.

Mais l'Armageddon gillicien a été évité. « Les deux se sont beaucoup parlé, et se sont réconciliés après la commission des affaires générales du conseil communal, mercredi soir. Massin a expliqué à Jacques qu'Uyttendaele avait été bien plus loin que ce qui avait été convenu. »

Cette hypothèse du zèle inattendu, confirmée à plusieurs sources, a réorienté le courroux de Jacques Van Gompel et des autres socialistes inculpés vers le célèbre avocat lasnois. Avec une question conséquente : pourquoi Marc Uyttendaele a-t-il tant forcé le trait ?

« Ficheroulle a allumé la mèche, avec l'aide d'une certaine presse, qui hurlait au “retour des pourris”. Dans une interview au Soir, il a fait de cette constitution de partie civile un symbole politique. C'était ridicule, mais il a coincé Massin… », s'amuse un observateur neutre, croyant y voir un début d'explication. Qu'un vaincu donne une interview embarrassante pour son triomphateur de province procède en effet de la simple logique. Mais que cela détermine le comportement d'un ténor capitolin comme Marc Uyttendaele relève en revanche du plus pur fantasme.

Qui, alors ? Certains, et pas seulement à Gilly, veulent y voir la main de Paul Magnette. Le patron des socialistes carolorégiens aurait voulu afficher son inflexibilité envers les anciens dirigeants carolorégiens. C'est très peu probable. « Magnette, au contraire, avait tout intérêt à ce que le départ de Van Gompel se fasse discrètement, et à ce que le bon peuple carolo se dise que Jacques était bien brave… » D'autant que Van Gompel fait partie du comité des sages présidé par Paul Magnette qui doit composer la liste socialiste. Sa première réunion ? Ce soir. Autant dire que le ministre risque de passer une soirée agitée. Et qu'il aurait préféré se l'éviter.