Le français dit merci à Polo

MATHIEU COLINET

lundi 26 mars 2012, 09:20

Education. Beau progrès des jeunes Carolos avec cette mascotte. Celle-ci fait la part belle au principe de la co-éducation.

Le français dit merci à Polo

Une équipe de l’Université de Mons a introduit dans les écoles carolos des méthodes pédagogiques symbolisées par la peluche Polo, capable de gagner l’affection des enfants © Coralie Cardon

Les enseignants et les directeurs d'écoles sont les témoins de cette petite révolution. Les parents aussi mais eux n'ont souvent pas assez de recul pour pouvoir mesurer le chemin parcouru. Depuis deux ans, l'apprentissage du français dans les classes maternelles s'est accéléré. Les petits Carolos progressent plus rapidement dans la maîtrise du vocabulaire de base et plus généralement dans l'acquisition de la langue. « C'est à trois ans que la différence est la plus spectaculaire, affirme Jean-Pierre Pourtois, docteur en sciences psychopédagogiques à l'Université de Mons. Mais c'est vrai également dans les années qui suivent. Le vocabulaire est plus riche et plus fourni. »

Pour comprendre cette évolution, il faut donc remonter deux ans en arrière. Une équipe de l'Université de Mons, derrière le professeur Pourtois, a introduit dans les écoles carolos de nouvelles méthodes pédagogiques, symbolisées par une peluche répondant au nom de Polo. Sous ses traits, les chercheurs voient ce qu'ils appellent un « objet transitionnel ». Autrement dit, une figure capable de rassurer les enfants, de gagner leur affection. Polo occupe désormais une place centrale dans les classes. Les enseignants y font constamment référence, le mettent en scène dans leurs échanges avec les élèves. Une complicité naît inévitablement. Elle déteint sur les apprentissages en les investissant d'une part d'affectif. « Cette peluche, c'est comme une clé pour atteindre les enfants, explique Jean-Pierre Pourtois. Ils ont une capacité étonnante d'apprentissage. Mais il faut pouvoir préalablement les mettre dans des conditions favorables. »

Les parents aussi sont mis à contribution. Tous les week-ends, la peluche accompagne un enfant chez lui. Si la famille d'accueil accepte de jouer le jeu, elle est censée s'occuper de Polo, qui sert alors aussi d'objet de ralliement. « De la sorte, les pratiques éducatives ne sont pas confinées à l'école, affirme Laurence Quernec, une des directrices de l'école du Roton à Charleroi. L'apprentissage se fait aussi à la maison. Je suis sûre que cette façon de travailler permet d'impliquer plus fortement les parents, qui se sentent investis d'une responsabilité. Est-ce qu'ils jouent tous le jeu ? Je ne sais pas. Ce qui m'intéresse, c'est de tenter d'en convaincre un maximum de le faire. »

À l'école du Roton, les nouvelles pratiques ont tellement convaincu qu'elles vont être prochainement coulées dans un nouveau projet d'établissement.