« J'ai tout peint moi-même »

SANDRA DURIEUX

lundi 30 avril 2012, 10:34

Tournai. Ca y est ! le ministre-président et candidat bourgmestre est officiellment tournaisien. Il nous reçoit dans sa maison qu'il a réaménagée en grande partie lui-même. L'occasion de parler bricolage mais aussi des élections à venir.

ENTRETIEN

Une ville à la campagne. Rudy Demotte peut désormais apprécier la réalité tournaisienne depuis sa nouvelle maison du chemin de Bouvines. Plantée à l'orée de la ville, la demeure bordée de champs offre pourtant une vue imprenable sur la cathédrale. « Je suis finalement plus à la campagne ici à Tournai qu'à Flobecq où je me trouvais dans le centre avec tout à proximité », confie le candidat bourgmestre socialiste de la ville à laquelle il s'est uni officiellement il y a près de deux mois.

Vous voilà désormais installé à Tournai ; certains diront enfin…

Plus d'un an de travaux aura été nécessaire pour que cette maison réponde à la fois à nos envies mais aussi à mes besoins professionnels. Je reçois beaucoup de gens ici pour des réunions et des rencontres. Or, l'agencement ne permettait pas cela. Nous avons donc réaménagé complètement l'intérieur mais sans agrandir. Et puis, cela a pris du temps aussi parce que j'ai fait beaucoup de choses moi-même comme l'ensemble de la peinture (un blanc immaculé du sol au plafond, NDLR). Le travail manuel est mon loisir favori. À part cela, la décoration se veut minimaliste, je n'aime pas la surabondance d'objets ni le désordre.

La page de Flobecq est donc définitivement tournée ?

J'y ai gardé un pied-à-terre pour des raisons professionnelles mais aussi parce que je ne pouvais pas me résoudre à vendre une maison où cinq générations de Demotte se sont succédé. Ce n'était pas facile sur le plan humain, d'où l'importance de trouver ici à Tournai une maison qui nous plaît et que nous pouvions aménager pour s'y sentir bien. Politiquement par contre, la page flobecquoise est bien tournée même si je n'oublie pas que c'est là que j'ai fait mon apprentissage. Nous avons réalisé un gros travail là-bas en parvenant à installer une majorité absolue socialiste après des années de majorités absolues catholiques puis libérales. J'arrive donc à Tournai avec ce bagage-là même si encore une fois, mon attachement à cette ville n'est pas feint : j'y suis et j'y travaille depuis plus de 20 ans !

Et vous avez même failli arriver plus tôt…

Oui, en 2000. Beaucoup le savent mais très peu se souviennent du fait que j'avais déjà été désigné tête de liste par l'Union socialiste communale. Quand j'ai gagné ce combat, je me suis retiré en raison du climat tendu qui y régnait et qui n'était pas propice à mon engagement.

Des tensions à l'USC qui sont définitivement derrière vous ?

Je pense que ma venue a permis de soulever des couvercles, les gens ont pu s'exprimer, et qu'aujourd'hui il y a une vraie cohésion. La règle pour la constitution de la liste était si objective (les places attribuées selon les scores obtenus lors des élections de 2006, NDLR) que tout le monde y a trouvé son compte. Aujourd'hui, il reste six places réservées pour des surprises…

Vous avez digéré les critiques émises après l'affaire Massy ?

Il faut d'abord rappeler que la décision de le maintenir en place a été prise à l'unanimité par l'USC. Je crois qu'à un an des élections, il fallait garder l'équipe en place. Finalement, tout le monde a trouvé sa place dans l'échiquier. Rita Leclercq a reçu de nouvelles compétences. Et Paul-Olivier, en ne le nommant pas bourgmestre, c'était aussi une façon de le tenir à l'abri car sa place n'aurait pas été facile.

Des critiques qui sont aussi venues de l'extérieur, notamment de Philippe Mettens, bourgmestre de Flobecq ?

Sénèque disait : « La colère est comme une avalanche qui se brise sur ce qu'elle brise. » Je suis évidemment humainement déçu de son attitude qui reste pour moi incompréhensible. J'ai beaucoup donné dans notre relation et je l'ai beaucoup aidé aussi : il est devenu mon attaché parlementaire à la sortie de l'université, ensuite mon chef de cabinet adjoint alors qu'il n'avait aucune expérience. Je me suis battu aussi pour qu'il devienne chef de cabinet au ministre en charge de la Politique scientifique. Il me reproche une décision prise par le parlement wallon (le décret wallon sur la bonne gouvernance qui empêche Mettens de cumuler son poste de top manager dans l'administration et celui de bourgmestre de Flobecq, NDLR) et à laquelle j'ai toujours pris la précaution de ne pas assister personnellement.

Mais revenons à Tournai, n'est-ce pas un handicap de partir favori des élections ?

Non à partir du moment où je remets toujours les choses en place : comme tous les candidats, je dois convaincre. Je ne me repose pas sur mes lauriers, je me déplace énormément pour aller à la rencontre des gens. D'ailleurs, prochainement, je vais organiser des petits-déjeuners chez moi dans ma maison pour rencontrer des habitants des quartiers et des villages de Tournai. Je suis encore trop perçu comme l'homme institutionnel. Les gens sont étonnés de me voir au supermarché ou au parc à conteneurs. En venant ici, ils découvriront l'homme et ce sera plus facile de prendre du recul en étant à l'extérieur de chez eux.

Que diriez-vous aux Tournaisiens qui craindraient votre statut de bourgmestre empêché ?

Qu'ils ne doivent pas le craindre car ce n'est pas pour cela que je ne m'occuperai pas de Tournai. J'y resterai d'autant plus attentif que les élections régionales auront lieu en 2014. Et puis, on s'est longtemps plaint à Tournai de ne pas avoir de ministre. Maintenant qu'on en a un, on s'en plaint aussi. Faut savoir !

Enfin, si vous ne pouviez mettre en œuvre qu'un seul projet à Tournai, ce serait lequel ?

Difficile, mais je dirais la propreté à condition que les Tournaisiens comprennent qu'ils doivent y mettre du leur, qu'ils doivent aussi faire respecter et respecter eux-mêmes leur ville.