« On ne peut plus parler de déclin »

PASCAL LORENT

jeudi 10 mai 2012, 09:05

Charleroi. Un colloque s'est penché sur le redéploiement économique de la métropole. Innovation, terrains, formation, localisation et spécialisation sont présents.

« On ne peut plus parler de déclin »

L’aéropôle esquisse le futur de Charleroi Mais pas encore au point de remplacer les emplois de l’industrie © P-Y ThienponT

Charleroi décolle : l'urgence d'une reconversion ». Avec un tel intitulé, un contexte communal (scrutin en octobre) et régional (la Wallonie dispose de dix ans à peine pour se redresser) et un panel d'invités de haut niveau (dont Philippe Maystadt, Antonio Gozzi et Elio Di Rupo), le colloque des étudiants de 2e Baccalauréat en marketing de l'IETCPs-Université du Travail était promis au succès. Et ce fut le cas ! L'auditoire de l'Université du Travail était comble, mercredi matin, au moment de se pencher sur le sort de la ville.

« Aujourd'hui, on redécolle », insiste d'emblée Marc Debois, directeur général de l'intercommunale Igretec, en pointant l'aéropôle de Gosselies et le futur Ecopôle de Farciennes-Fleurus comme signe d'un rebond. Ces infrastructures modernes, Philippe Maystadt, président honoraire de la Banque européenne d'investissement (BEI) les désignent comme une des conditions du redéploiement, au même titre que la localisation « multimodale » de Charleroi. Des réalisations qui en appellent d'autres, à condition de disposer en suffisance de terrains « propres », insiste Elio Di Rupo. Or, regrette encore l'ex-patron de la BEI, l'administration wallonne vit selon un temps qui n'est pas celui des entreprises.

Mais ces espaces risquent d'être gaspillés si on ne sait pas ce que l'on veut en faire. « Il faut sortir du gué, insiste Olivier Jusniaux, futur secrétaire communal de Charleroi. Il faut désormais se projeter dans l'avenir et définir des pôles de développement pour la région de Charleroi afin d'y consacrer le maximum de moyens d'agir, sans bricolage et sans saupoudrage ». Cette spécialisation accrue, Philippe Maystadt l'appelle également de ses vœux. Sachant qu'elle a déjà pris corps via le Plan Marshall et les pôles de compétitivité, qui ont basé l'aéronautique et les sciences du vivant dans la métropole sambrienne, rappelle Elio Di Rupo. Des secteurs où l'innovation doit être le souci permanent, plaident les différents intervenants, en veillant à ce que le fruit de la recherche se diffuse au plus vite dans le tissu économique.

Sans les contredire, Antonio Gozzi, patron du groupe Duferco, insiste sur la nécessité d'un équilibre entre tradition et innovation, « incontournable dans un processus de redéploiement ». « Si l'Europe veut garder un rôle économique, elle doit préserver ses institutions industrielles car il reste un potentiel d'emplois important dans l'industrie ». Et les emplois peu qualifiés détruits dans l'industrie, les secteurs innovants ne pourront pas les proposer avant longtemps, admet l'ex-président de la BEI. « Mais les emplois de demain nécessiteront d'être bien formé », ajoute-t-il.

Car à côté de l'innovation, de l'espace disponible, d'une stratégie collective de développement dans laquelle tous les acteurs (politique, syndicats, patronat) s'impliquent, la formation reste l'une des conditions du redéploiement économique de la région. « Il faut avoir le courage de regarder les choses en face : le niveau de formation des jeunes reste trop faible, trop d'élèves quittent l'enseignement technique et professionnel avant d'avoir achevé leur parcours, insiste Elio Di Rupo. Or la formation, c'est la base de tout. Sans elle, vous ne bâtirez rien de solide », adresse le Premier ministre aux nombreux étudiants présents.

Ces ingrédients qui permettent la création de richesses, Charleroi les possède pour la plupart. « Mon sentiment est qu'on ne peut plus considérer que nous sommes en déclin, conclut Elio Di Rupo. Depuis une dizaine d'années, des choses positives ont été mises en place ». Mais il faudra faire preuve de volonté. Et de patience, insiste Olivier Jusniaux. « Il faut un temps long pour se poser dans un projet d'ampleur. »

Et les intervenants de s'accorder sur une conclusion : le chemin est encore long mais Charleroi paraît sur la bonne voie.