Busquin : « C'est la fin de la majorité PS »

FREDERIC DELEPIERRE

jeudi 07 juin 2012, 10:24

Seneffe. Durant 35 ans, Philippe Busquin a incarné le socialisme. Depuis 1977, le PS détient la majorité. La succession prend des allures de conflit entre Philippe Bouchez et Gaëtan De Laever. Busquin se dit "catastrophé".

Busquin : « C'est la fin de la majorité PS »

La situation des socialistes à Seneffe est telle que Philippe Busquin lui-même ne sait pas pour qui il votera Copyright: AVPRESS

ENTRETIEN

A Seneffe, les socialistes sont occupés à se déchirer. Pour les élections communales d'octobre, la liste officielle du parti sera conduite par Philippe Bouchez et celle des dissidents sera menée par Gaëtan De Laever. Pour Philippe Busquin, le bourgmestre actuel qui a annoncé qu'à 71 ans, il se retirait de la vie politique, la situation est un crève-cœur. Il est convaincu aussi qu'elle aura de lourdes conséquences dans les urnes. Et il ne peut que le déplorer.

Quel est le contexte politique de Seneffe ?

Le PSC était en majorité absolue et il n'y avait que peu de socialistes. En 1977, je me présente pour la première fois. Nous faisons six sièges. Nous nous allions aux Intérêts Communaux et nous renversons le PSC. C'est le début de ma vie politique. Trente-cinq ans plus tard, le PS en est à 14 sièges sur 21. C'est le fruit du travail de toute une équipe.

Un résultat qui risque de voler en éclats…

On n'est jamais heureux de voir son travail démoli. Avec le Dr Yvon de Valériola, qui est là depuis le début, nous sommes tous les deux catastrophés.

Quelle est la genèse de cette division ?

En 1999, j'ai dû quitter Seneffe. Je devenais commissaire européen et je ne pouvais plus avoir de mandat politique. Avec le recul, je me pose des questions sur certains comportements…

À ce moment-là, Philippe Bouchez et Gaëtan De Laever, tous deux échevins, viennent me voir en me demandant que Bouchez devienne bourgmestre. Je dis non ! Cette place revenait à Yvon de Valériola : il était 1er échevin et travaillait depuis 30 ans avec moi. C'est ce qui s'est passé jusqu'au scrutin suivant. En octobre 2000, Philippe Bouchez devient bourgmestre et Gaëtan De Laever, 1er échevin.

Ils s'entendaient donc bien…

Ils sont entrés en conflit. C'est devenu tout à fait disproportionné. De Laever est envoyé en justice pour la gestion du système informatique mais il y avait là derrière une question de pouvoir. Ça reste pour moi inexplicable.

Puis vient le coup de tonnerre des élections de 2006 ?

À cette époque, je me mets à la disposition du parti, s'il a besoin de moi. Comme j'avais 65 ans, j'avais besoin d'une dérogation pour me présenter aux élections. Et là, nouveau comportement bizarre de M. Bouchez : il mène campagne pour que je ne l'obtienne pas. Et il y arrive. C'est une humiliation pour moi. Le parti a jugé ça inacceptable et m'a placé dernier sur la liste. Finalement, j'ai obtenu 1.400 voix, Bouchez, 1.300 et De Laever 800. Depuis six ans, la gestion communale se fait sans problème.

Mais l'antagonisme entre

les deux hommes est resté ?

Oui, même s'ils ont partagé des opinions et des idées. Ils sont d'ailleurs complémentaires. Mais au moment de l'acquittement de Gaëtan De Laever, Philippe Bouchez a quand même tenté de faire voter, sans même m'en parler, une motion de défiance à son encontre. En vain. En temps normal, M. Bouchez est un homme charmant mais quand une mouche le pique…

Jusqu'à l'implosion…

Je les ai vus en octobre en leur demandant de se débrouiller pour composer une liste commune autour de Philippe Bouchez qui avait récolté plus de voix au scrutin précédent. Ils sont d'accord pour choisir chacun 11 et 10 conseillers communaux. Ça s'est corsé ensuite, lorsque Gaëtan De Laever a souhaité avoir au moins un « allié » parmi les échevins. Bouchez ne voulait pas. Je lui ai alors cité une phrase de Shimon Peres : « Quand on veut faire la paix avec ses ennemis, le plus compliqué, c'est de convaincre ses amis. » Par la suite, chacun a déposé sa candidature comme tête de liste.

Puis, surprise, lors du comité directeur de décembre, Alain Bartholomeeusen décide qu'il faut voter pour les deux listes. C'était complètement dément. Ça n'existe pas dans les statuts du parti. Quand il y a deux candidats têtes de liste, on les départage. Mais ici, le but était d'exclure la moitié des candidats. Alors qu'une telle procédure n'est pas prévue dans les statuts du parti, la fédération carolo l'a acceptée. Par contre, par la suite, cette même fédération a suspendu Gaëtan De Laever et des proches pour avoir tenu une réunion non statutaire…

Je trouve personnellement que la fédération aurait mieux fait de forcer les négociations pour aboutir à une liste unie au lieu de jouer la division. Cette même fédération de Charleroi a ensuite désigné la liste Bouchez comme liste officielle avant même l'avis de la commission de vigilance du parti.

Vous craignez la sanction de l'électeur ?

Il n'y aura plus de majorité socialiste à Seneffe. C'est sûr. Ce que je regrette vraiment, ce sont les méthodes utilisées par certains. Et si on me demande aujourd'hui pour qui je vais voter aux communales, je réserve ma réponse.