Mons numérise ses merveilles

FREDERIC DELEPIERRE

lundi 16 juillet 2012, 09:26

Patrimoine. Un millier d'œuvres passent entre les mains d'experts. Plus de 10000 oeuvres et documents vont être numérisés. But : les rendre accessibles au plus grand nombre dans les meilleures conditions.

Mons numérise ses merveilles

La numérisation d’un plan du Beffroi de Mons daté de 1661 permet d’y voir des détails totalement invisibles à l’œil nu © avpress

REPORTAGE

L'appareil photo haut de gamme se déclenche. De part et d'autre de la star de l'instant, d'imposants flashes recouverts de draps blancs crépitent pour s'éteindre immédiatement. Dans le labo photo composé de tissus noirs, c'est l'effervescence. Les cinq experts s'agitent. On se bouscule presque pour venir scruter l'écran très performant de l'ordinateur. Olivier Guyaux, l'homme derrière la machine, zoome au maximum. Pour détecter la moindre ride.

C'est que la beauté sous les feux de la rampe, en ce vendredi, n'est plus toute jeune. Elle a vu le jour en 1661. « C'est un plan du futur beffroi de Mons que j'ai découvert récemment, s'émerveille encore Corentin Ronsmans, responsable des archives à la Ville de Mons. Il est dessiné par l'architecte bruxellois Anthony Vincent et sera utilisé par Louis Ledoux qui dessinera finalement le beffroi. Jusqu'à présent, on connaissait trois grands plans qui sont encadrés et sont bien conservés. En faisant un inventaire, je suis tombé sur deux autres qui étaient oubliés. Or, ils sont plus proches de ce qu'est réellement le beffroi. Ils vont pouvoir être scientifiquement utilisés. Il est important de les numériser. »

L'atelier-studio photo, est installé dans un hangar situé à deux pas de l'hippodrome de Wallonie, à Ghlin. Il ressemble un peu à la réserve d'un musée. « Au total, nous allons numériser plus de mille pièces, relate Michel De Reymaeker, conservateur en chef des musées montois. Après douze séances, nous en sommes à l'heure actuelle à un tiers du travail. Il y a des tableaux, des sculptures, des archives, de l'orfèvrerie. Il faut bien entendu que le document représente un intérêt pour le plus grand nombre. »

Car c'est bien là le but de la manœuvre. « Tout d'abord, nous voulons donner accès aux œuvres sans les toucher, explique Michel De Reymaeker. Sans les exposer à la lumière. Le tout en ayant, en plus, accès à plus de détails. On les voit finalement mieux qu'en regardant l'original. Chaque partie de l'œuvre peut être photographiée en haute définition ; le tout étant assemblé ensuite. » Et de prouver ses propos en zoomant sur les détails du poinçon d'un orfèvre du XVIe siècle. « Une partie de notre patrimoine est ainsi en ligne pour tout le monde. »

Par ailleurs, en vue de Mons capitale européenne de la culture en 2015, la Ville entreprend un immense chantier de rénovation de ses musées. « Cette numérisation nous permet de restaurer certaines de nos œuvres, poursuit le conservateur. À l'avenir, les copies pourront ainsi être exposées afin de protéger les originaux. »

Dans le hangar, le travail de fourmi se poursuit. On déballe avec précaution une vieille toile. À côté, une affiche de 4 m sur 1 m attend son tour. Datée de 1894, elle célèbre le tricentenaire de la mort de Roland de Lassus, alias le prince des musiciens. Un prince qui va se retrouver sur la Toile…