L'immeuble d'un échevin inhabitable, à Ath
SANDRA DURIEUX
dimanche 05 août 2012, 16:54
Les locataires sont priés de quitter les lieux sur ordre de la Ville.
DR
SANDRA DURIEUX
dimanche 05 août 2012, 16:54
DR
Caisses, bouteilles et autres détritus jonchent l'entrée de cet immeuble de la rue d'Angleterre à Ath. Ici, on ne prend même plus la peine de les jeter. La porte d'entrée, grande ouverte, pourrait laisser croire que l'immeuble est désert. Et ce n'est pas le grand avis d'inhabitabilité placardé sur la porte à la demande de la Ville d'Ath qui contredit cette impression.
Les drames, cela n'arrive pas qu'aux autres. Ce n'est pas aux Athois, à peine remis de la catastrophe de Ghislenghien, qu'il faut le rappeler. Tous les élus locaux ont conscience que leur responsabilité civile et morale peut être mise en cause à la moindre défaillance. « Vous saviez et vous n'avez rien fait ! Voilà ce qu'on aurait pu nous dire si un grave incendie s'était déclaré dans cet immeuble », confie à juste titre Raymond Vignoble. Et que dire de la colère citoyenne qui se serait déversée sur le propriétaire des lieux, échevin de son état, socialiste de conviction ? Philippe Robert avait-il conscience des risques qu'il prenait en ne mettant pas fin à un litige vieux de quinze ans ? L'arrêté d'expulsion pouvait tomber n'importe quand pour le propriétaire, il est arrivé au plus mauvais moment pour le candidat en campagne électorale. Au nom de l'exemple, les citoyens veulent des élus irréprochables. Certains l'ont compris depuis longtemps, d'autres viennent seulement de s'en rendre compte.
Mais en levant les yeux au ciel, on aperçoit à la fenêtre, un locataire qui fume une cigarette en discutant avec son voisin. Onze personnes vivent ici dans sept logements composés d'appartement ou de kots. Tous priés depuis mai de quitter les lieux jugés trop dangereux en cas d'incendie par les pompiers d'Ath. « Personne n'a encore trouvé à se reloger, confie Emmanuel Veroone qui loue un appartement de 32m2 avec sa femme Chantal. Les services de la Ville font leur possible mais ce n'est pas évident de trouver quelque chose d'abordable vu nos moyens. »
« Mais ce n'est pas parce que nous sommes pauvres qu'il faut nous traiter comme des chiens », renchérit sa femme Chantal, trahissant ainsi son courroux à l'égard du propriétaire de l'immeuble qu'ils affirment avoir prévenu plusieurs de l'état d'insécurité des lieux.
Un propriétaire qui n'est autre que Philippe Robert, échevin socialiste de l'Enseignement à Tournai. L'homme se dit victime d'un acharnement de la ville d'Ath et ne souhaite plus faire de commentaires sur cette affaire révélée par nos confrères de No Télé mi-juillet. « J'ai pris un avocat et nous avons répondu à la Ville d'Ath quant à la situation », commente-t-il.
À la Ville d'Ath justement, l'échevin du logement, Raymond Vignoble, socialiste lui aussi, tapote un dossier de plusieurs centimètres de haut. « La situation n'avait que trop duré », lance-t-il. Et pour cause, le litige qui oppose la commune à Philippe Robert au sujet de son immeuble de la rue d'Angleterre remonte à 1997. « Le propriétaire est convoqué pour une première visite des lieux, il n'est pas venu, raconte Raymond Vignoble qui entame ensuite la lecture d'une (longue) liste de dates de rendez-vous, visites manquées ou non, d'envoi de rapports, de réceptions de courriers, de recommandés A chaque visite, les rapports du service incendie étaient négatifs. Le propriétaire a toujours dit qu'il allait faire les travaux nécessaires. Il nous a envoyé des devis, nous a demandé des délais, ce que nous avons accordé car nous pouvons comprendre qu'on n'a pas toujours l'argent disponible de suite pour effectuer des travaux. Nous sommes compréhensifs à l'égard des gens qui montrent leur bonne volonté. Mais il n'a jamais tenu ses promesses et il fallait mettre un terme à cette histoire qui durait depuis trop longtemps. »
L'arrêté pris la ville d'Ath repose sur le rapport négatif remis par les pompiers qui relèvent l'absence de compartimentage des logements, de porte coupe-feu, ou d'un accès facile aux compteurs de gaz. « Des éléments importants en cas d'incendie car ils permettent de retarder le feu ou d'éviter qu'il ne se propage aux autres logements », estime Baudouin Vervaecke, commandant des pompiers d'Ath.
Quand au moment choisi pour ordonner l'expulsion, Raymond Vignoble se défend d'un règlement de compte politique. « Croyez-moi qu'en tant que socialiste, cette histoire m'ennuie plus qu'autre chose. Mais je ne connais pas personnellement Philippe Robert et je n'ai pas de liens politiques particuliers avec lui. Je suis désolé que cette histoire tombe en pleine campagne électorale mais il n'est pas au-dessus des lois. S'il n'a pas les moyens d'effectuer les travaux alors il doit faire comme les autres propriétaires : vendre ou confier son bien à une agence immobilière sociale. »