« Le deal n'a pas explosé »

MELANIE GEELKENS

jeudi 07 juin 2012, 10:52

Maastricht. Depuis le 1er mai, les étrangers ne peuvent plus acheter de marijuana. "Les rues sont enfin redevenues calmes", dixit le bourgmestre, qui estime que la plupart des coffee shops finiront par fermer. Mais le projet de délocalisation n'est pas complètement enterré...

« Le deal n'a pas explosé »

Pour le bourgmestre, les habitants ont retrouvé une ville sécurisée © M T

Cela commence bien. À peine garé sur les quais de Maastricht, notre photographe se fait aborder. En français, s'il vous plaît : « Vous cherchez quelque chose ? » Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que notre interlocuteur parle de substances illicites. Plus de drogue à Maastricht, vraiment ? Le bourgmestre de la ville, Onno Hoes, l'affirme sans vergogne. Tant pis si les apparences sont trompeuses. Un mois après l'introduction de la carte cannabis, il revient sur cette réglementation interdisant aux étrangers de s'approvisionner dans les coffee shops (seuls 2 sur 14 sont encore ouverts, les autres ont fermé soit en signe de protestation et en attendant le jugement du tribunal, soit sur décision policière). « Cette mesure est un succès. Depuis le 1er mai, je reçois même des mails de fans ! »

Des mails de fans ?

Oui ! Les habitants ont retrouvé une ville sécurisée. Ils peuvent promener leur chien à 22 h sans croiser des gens étranges. Certains vivaient à côté de coffee shops depuis toujours. Ils étaient tellement habitués aux nuisances qu'ils pensaient que cela ne s'arrêterait jamais.

Tout cela parce que les étrangers ne viennent plus s'approvisionner ?

Chaque année, entre 2,5 et 3 millions de personnes viennent à Maastricht. 60 % étaient des touristes de la drogue ! Toutes les études ont montré qu'ils étaient responsables des troubles.

Le « wietpas » ne résout-il pas uniquement les problèmes en façade ?

Le business de la drogue est énorme. Mais c'est au ministère de lutter contre ça. Moi, mon rôle est de faire de Maastricht une ville agréable.

Le deal de rue aurait explosé…

Ce n'est pas vrai. Comme les rues sont calmes, s'il y a un deal, on le remarque tout de suite. Les revendeurs se montrent peut-être plus agressifs. La demande n'est plus là, ils vont finir par partir.

Pourtant, le « drugsmeldpunt » (ligne ouverte à ceux qui veulent dénoncer des méfaits liés à la drogue, NDLR) n'a jamais reçu autant d'appels…

C'est vrai. Mais ce n'est pas parce qu'il y a plus de faits à dénoncer, simplement parce que les gens croient peut-être plus qu'avant que l'on est prêt à agir. Ils veulent prendre part à ce succès.

N'est-ce pas un manque à gagner pour l'économie de la ville ?

Les touristes de la drogue ne dépensaient pas beaucoup. Les revendeurs, par contre, aimaient s'acheter de belles choses dans les magasins. Tant pis : c'est le prix que nous sommes prêts à payer.

Les communes frontalières belges doivent-elles s'attendre à hériter de ces nuisances ?

Même avant la carte cannabis, on pouvait déjà acheter de la drogue n'importe où, non ?

Le wietpas marque définitivement la fin du projet de délocalisation des coffee shops à la frontière ?

On verra. Dans quelques mois, il ne devrait plus en rester que 3 ou 4 dans les centres. Les autres finiront par s'en aller. Cela n'aura probablement plus de sens de les délocaliser…