Liège a son bilan carbone

JOEL MATRICHE

vendredi 22 juin 2012, 11:27

Liège. Les activités humaines ont rejeté en 2005 près de trois millions de tonnes de gaz à effet de serre. Une réduction de 25% d'ici 2020 est possible. Coût de l'opération: plus de 900 millions d'euros en huit ans.

Liège a son bilan carbone

Réduire les émissions à effets de serre passe notamment par l’encouragement des citoyens à utiliser des moyens de déplacements alternatifs © Michel Tonneau

Quelle est l'empreinte écologique des Liégeois et de ceux qui leur rendent visite ? Comment mesurer cette empreinte et surtout, comment la réduire ? Pressée par le plan climat de la Commission européenne – qui prévoit notamment une diminution de 20 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 – et plus encore par la Convention des maires, qui préconise des efforts plus grands encore, la Ville de Liège a décidé en 2010 de tenir la comptabilité de ses émissions nocives pour le climat. Le résultat de cet inventaire a publiquement été présenté mercredi soir à l'hôtel de ville.

25 % d'émissions en moins

« Nous avons retenu deux années de référence : 2005 et 2009, explique un des auteurs du bilan carbone, Renaud De Rijdt, administrateur délégué du bureau Aenergyes. En 2005, les activités humaines sur le territoire communal ont engendré le rejet de 2,975 millions de tonnes de gaz à effet de serre. En 2009, on comptabilise 2,690 millions de tonnes. Mais cette réduction a surtout été le fait de l'activité industrielle, elle est vraisemblablement due au ralentissement de l'activité économique. Nos modélisations nous montrent qu'une réduction de 735.000 tonnes, soit 25 % environ, d'ici 2020 est possible. »

De quoi, donc, largement dépasser les objectifs suggérés par l'Europe. Mais comment et à quel prix ? En laissant au politique le soin d'établir un plan d'action digne de ce nom, les auteurs de l'étude, le bureau belge Aenergyes et le réseau international Golder Associates, suggèrent néanmoins trois mécanismes fondamentaux : la création d'une cellule carbone au sein des services communaux, composée de trois employés à temps plein qui coordonneront les actions réductrices de gaz à effet de serre ; la mise en place d'une société d'économie mixte (SEM) capable de mettre en œuvre les projets retenus par la cellule carbone ; enfin l'activation d'un instrument financier afin de donner à la SEM et aux Liégeois les moyens de leurs ambitions. Car cette réduction idéale des émissions a un coût : un peu plus de 12 millions à charge de la Ville (essentiellement pour l'engagement de trois temps pleins supplémentaires) et 907 millions à charge des autres intervenants, soit un total de 920 millions d'euros. « Sur huit ans et pour 200.0000 habitants, ça fait 50 euros par mois et par habitant », tente de relativiser Renaud De Rijdt. « Il appartiendra à la prochaine législature de voir ce qu'il est possible de faire », embraye prudemment Michel Firket, échevin (CDH) du Développement durable.

Reste que, insistent les auteurs de l'étude, la mise en œuvre de ce scénario optimal aurait pour immédiate conséquence d'alléger de 150 à 200 millions la facture énergétique dans les huit ans. Il faut aussi compter, insistent-ils, avec le caractère durable des investissements et les économies qu'ils promettent bien au-delà de 2020 : « Une maison passive, le remplacement de châssis, des travaux d'isolation font baisser la facture énergétique pendant de très nombreuses années. » Surtout, les « bénéfices collatéraux » de pareil engagement seraient « immenses » : Moins polluante et moins bruyante, la ville devient plus attractive pour ses habitants et pour les touristes, les économies d'énergie rendent les entreprises plus attractives et confortent le pouvoir d'achat des ménages, etc. « Un plan d'action, concluent les auteurs, est nécessaire pour réduire sa contribution au dérèglement climatique mais aussi sa dépendance aux énergies fossiles. »

Prochainement, un second bilan carbone sera fait ; il comptabilisera les émissions de l'administration communale.