Le prologue jalonné de chantiers

ANNE-CATHERINE DE BAST

jeudi 28 juin 2012, 10:28

Liège sera au centre du monde, samedi.L'occasion de dévoiler ses atouts, son patrimoine, mais aussi ses travaux. Pour les autorités, les nombreux chantiers sont le symbole du dynamisme de la ville. Mais pour le clin d'oeil, on repassera.

Le prologue jalonné de chantiers

Echafaudage sur l’opéra, placages en bois sur la galerie voisine On aurait pu croire que Liège revêtirait ses plus beaux atours pour le passage du Tour Il n’en sera rien : trop de chantiers sont en cours Mais d’après

Des travaux, des sites en chantier ou en manque d'entretien, il y en a partout sur le parcours du prologue. Et ce, dès la ligne de départ… Le parc d'Avroy, souvent comparé à un champ de patates labouré par le trop-plein d'activités qui y sont organisées chaque année, tarde à se remettre de la City Parade. « Le parc a été nettoyé et réensemencé il y a quelques jours, précise l'échevin de l'urbanisme Michel Firket. Ce n'était pas possible de le faire plus tôt, en raison de la météo ». Inutile de scruter le terrain, il n'y aura pas un poil de gazon d'ici samedi sur les zones abîmées.

en marge

Une ville qui bouge

Les regards d'un milliard de téléspectateurs seront braqués sur Liège, samedi. L'occasion de leur en mettre plein la vue, de leur montrer que la Cité ardente a de la gueule. Mais si les habitants, à force de trop les voir, ne remarquent généralement plus les chantiers qui l'animent, les caméras du Tour du France proposeront au grand public une carte postale tachée de points noirs gros comme des bulldozers. C'est sûr, des éléments remarquables seront mis en valeur, comme le Grand-Curtius, la montagne de Bueren ou la gare des Guillemins. Mais dans les rues de Liège, les coureurs pédaleront devant bon nombre de chantiers que les caméras auront du mal à éviter.

A la Ville, on ne s'en formalise pas : il n'y a rien à cacher. « Une ville, cela vit, souligne Michel Firket, échevin de l'urbanisme. Liège bouge, évolue, se transforme. Tout le monde sait qu'il y a des travaux, ce sont les traces d'une évolution positive. »

Certes. Mais si les chantiers avaient été terminés, la ville ne s'en serait pas plus mal portée.

Pas la peine non plus de chercher après Charlemagne : la statue est partie en restauration en début d'année, son retour n'est pas prévu avant septembre.

Plus rien à signaler sur le boulevard d'Avroy, jusqu'au bout du boulevard de la Sauvenière. Là, coup sur coup, les coureurs – et les téléspectateurs qui les suivent à la trace – tomberont sur les travaux du Mnema à l'ancienne piscine de la Sauvenière, la dent creuse créée par la démolition de l'ancien immeuble de la Meuse, l'Opéra royal de Wallonie sous échafaudages et la galerie voisine aux fenêtres obturées par des planches.

Aux anciens bassins de la Sauvenière, le chantier passe presque inaperçu côté boulevard. Les vues aériennes ne manqueront néanmoins pas la disparition du toit, les deux grues qui surplombent le bâtiment, la zone de travaux qui s'étend à l'arrière, place Xavier Neujean.

Un peu plus loin, là où se dressait jusqu'à il y a peu l'ancien bâtiment occupé par les journalistes de la Meuse, c'est plutôt bien joué : mieux vaut un terrain « assaini » qu'un immeuble en cours de démolition et une montagne de gravats.

Les délais du chantier sont respectés, et en fin d'année devrait débuter la construction de deux hôtels et d'un immeuble à appartements de standing.

En face, l'Opéra est en phase de finition. Les travaux extérieurs sont pratiquement terminés, et l'inauguration est programmée le 19 septembre. Mais un échafaudage se dresse toujours sur la façade avant, et pas question de le démonter d'ici samedi.

À côté, par contre, la galerie Opéra et ses anciens cinémas a perdu les siens. Sa restauration est pourtant loin d'être achevée. « Nous avons dû interrompre les travaux pour le Tour, explique Christian Evens, directeur des ressources humaines de l'Université de Liège, qui aménage les anciens cinémas en auditoires. Le passage à cet endroit est étroit, nous avons démonté les échafaudages la semaine dernière pour une question de sécurité. »

Des fermetures provisoires ont été placées devant les fenêtres. « À la base, l'entrepreneur avait reçu une autorisation pour laisser les échafaudages jusqu'à fin juillet. Ce qui n'était même pas nécessaire puisqu'on devait avoir fini bien avant. Mais nous avons pris du retard, et la Ville a retiré son autorisation… »

À la suite d'un problème de stabilité des éléments de décoration de la façade, début mai, le chantier avait été interrompu durant quelques jours, provoquant des retards en cascade. La fin du chantier, initialement prévue pour la rentrée académique, a ainsi été décalée à la fin octobre. Avec une facture alourdie à la clé. Qui paiera ? « L'expertise concernant le problème des façades est en cours, elle doit définir les responsabilités, souligne Christian Evens. Par ailleurs, on parle de manifestation publique, la Ville est donc impliquée. La question de la prise en charge est délicate et sera probablement longuement discutée… »

Continuant sur leur lancée, les cyclistes tomberont sur la place du XX août, où ils passeront à travers un goulot cerné de barrières de sécurité. Sur leur droite, la façade du théâtre de l'Emulation apparaîtra à travers la structure métallique qui l'encadre depuis 18 mois. La fin des travaux prévue pour septembre 2013.

« Très peu de métropoles ont la chance d'avoir un opéra, un philharmonique et un théâtre de catégorie nationale, indique Frédéric Jacquemin, chef de cabinet à l'échevinat des travaux. Ces structures auront une visibilité grâce au Tour, qu'importe qu'elles soient en travaux. D'autant que les chantiers sont bien avancés : le devenir de l'opéra est bien visible et la superbe façade de l'Emulation est apparente. Des projets de cette envergure montrent le dynamisme de la ville. »

Les cyclistes emprunteront ensuite les quais et la rue Léopold. Ils passeront devant le chancre laissé par l'explosion de janvier 2010, puis circuleront à deux pas du Perron. Caché derrière des échafaudages, lui aussi. « Nous n'avons pas la possibilité de reporter ce chantier, insiste Michel Firket. Cela retarderait tout de trois mois, et on risquerait de perdre les subventions. Ce ne serait pas raisonnable… ».

Les coureurs contourneront ensuite la place Saint-Lambert, puis reprendront les boulevards. L'occasion de repasser devant bon nombre de chantiers, pour ceux qui ne les auraient pas bien vus.