Chantier de Lanaye : les hirondelles prises au piège
PHILIPPE BODEUX
mercredi 18 juillet 2012, 11:03
Lanaye. Besix devait faire en sorte que les hirondelles ne nichent pas sous le portique de l'écluse. Il a raté son coup et a commencé les travaux en minimisant les recommandations de la Région. Natagora demande l'arrêt du chantier.
Besix est en train de décaper le portique des écluses 1 et 2 en dessous desquels niche une colonie dhirondelles La situation nest pas catastrophique mais déçoit les défenseurs de la nature alors que la sociét
La société Besix en charge du chantier de la construction de la quatrième écluse de Lanaye 120 millions d'euros prendrait-elle à la légère les dispositions contractuelles du permis qui l'obligent à protéger la faune et la flore du site ?
Au printemps, l'entrepreneur était chargé d'installer des filets destinés à empêcher l'hirondelle de fenêtre de retour d'Afrique de nicher sous le portique des écluses 1 et 2. Et pour cause, les travaux de décapage du béton risquaient de perturber fortement la nidification de cette espèce en voie de raréfaction. Des nids artificiels ont été installés non loin de là, sous une passerelle qui abrite déjà une colonie d'une septantaine de nids.
Mais voilà, l'installation des filets s'est mal déroulée. Les mailles trop grandes ont pris au piège quelques hirondelles qui sont mortes. Celles qui ont réussi à passer ont rejoint leurs anciens nids. « C'est de l'amateurisme ! Besix aurait dû consulter les spécialistes en matière d'hirondelles », dénonce Ali Aghroum qui mène, dans la Basse-Meuse un programme de réimplantation de cet oiseau.
Une fois établies dans leurs nids, trop tard pour les déloger. Au lieu de reporter le chantier de décapage du béton à la mi-septembre dès que les hirondelles migrent vers le sud Besix a demandé au Département de la Nature et des Forêts (DNF) de pouvoir entamer les travaux. Ce que la DNF a accordé moyennant le respect de mesures de protection, à commencer par la pose d'une paroi fixe en contreplaqué pour les isoler des travaux.
« Les aménagements réalisés sont une bâche flottant au vent et donc non conforme au rapport de l'expert mandaté par la DNF », déclare le directeur général de Natagora qui a visité le site ce mardi matin. « Nous déplorons fortement la façon dont l'entrepreneur manque de respect pour la nature. Il n'a pas agi dans le respect des règles qui sont fixées par le permis », déclare André Burnel, président de la section liégeoise d'Aves, le pôle ornithologique de Natagora. Par ailleurs, la DNF aurait dû reporter de quelques mois le chantier de décapage du béton, le temps que les hirondelles s'en aillent. Là, elles nichent au milieu de la poussière et du bruit. »
Ali Aghroum va plus loin. « La Région déploie des efforts pour protéger les hirondelles. Des particuliers peuvent même être poursuivis s'ils détruisent des nids. Et là, face à un entrepreneur qui ne respecte pas un cahier des charges, on est plus coulant
»
Dans un mail envoyé à la DNF, le directeur général de Natagora demande l'arrêt du chantier, quitte à ce que le SPW maître d'uvre prolonge le délai. Une visite de chantier est prévue ce mercredi pour vérifier si toutes les obligations sont respectées. Quant aux défenseurs de la nature, ils attendent Besix au tournant : il reste bon nombre de mesures de protection des espèces à mettre en uvre pour la suite du chantier.