« L'esprit liégeois reste là »

LAURENCE WAUTERS

lundi 23 juillet 2012, 09:54

Parmi les participants à "l'Openairs" de Johan Muyle, figure le modiste liègeois, Elvis Pompilio. Le créateur a redécouvert sa ville natale. Le choc pour lui : la nouvelle gare Calatrava. Si, à ses yeux, la Cité ardente se mondialise, il y a retrouvé ses repères. Rencontre

« L'esprit liégeois reste là »

Le créateur-modiste Elvis Pompilio a apporté sa touche à l’événement en créant un chapeau qui est, comme les autres sculptures, gonflable Il est vendu dans les deux QG de l’événement © DR

Jusqu'au 30 septembre prochain, les rues du centre de Liège sont peuplées de sculptures insolites et gonflées – au propre comme au figuré – qui accrochent le regard. Ainsi, la place Saint-Barthélemy abrite la façade d'une maison éphémère semblable à celle d'un dessin animé (« Life is magnifique », d'Audrey Frugier), l'impasse des Ursulines accueille un tank habillé de doré (« Cathedral of tears », de Claude Levêque), et l'impertinence vient se loger jusque dans la cour du palais Notger, où une femme à la taille démesurée semble prendre le pouvoir sur un tracteur-grue jaune vif…

Dans ce pêle-mêle d'effronterie, on aurait pu craindre que Johan Muyle, artiste commissaire de cette exposition « Openairs » organisée par la Province, n'ait omis d'inviter un de nos Liégeois les plus internationaux, en l'occurrence le créateur Elvis Pompilio. Bien au contraire : le créateur-modiste a apporté sa touche à l'événement en créant un chapeau pour l'occasion. Il est, comme les autres sculptures, gonflable. Mais tiré en édition limitée (un millier d'exemplaires), et vendu dans les deux QG de l'événement, au -1 de la place Saint-Lambert et à la Maison du Tourisme (35 euros).

L'expo aura donc – entre autres – permis d'attirer à nouveau dans sa ville natale Elvis Pompilio, dont les toutes premières créations ont été conçues alors qu'il était encore gamin dans la maison familiale de Glain. On se souvient qu'il y a une dizaine d'années, l'artiste avait raccroché, fermant ses boutiques de Bruxelles, Londres et Paris. « Mais la passion m'a rattrapé. C'est horrible, je ne peux pas m'arrêter ! », confie Elvis. Souhaitant retrouver le contact avec ceux qui portent ses créations, le Liégeois a rouvert une boutique à Bruxelles il y a deux ans, accessible les vendredis, samedis et dimanches uniquement, et tenue par le créateur lui-même.

Entre vente et création, ce dernier avait un peu boudé la cité Ardente. Tellement qu'il reconnaît avoir eu un choc en sortant du train : « Quand j'ai vu la gare de Calatrava, ça m'a vraiment perturbé !, confie-t-il. Du point de vue esthétique, c'est évidemment beaucoup mieux qu'avant… Mais j'ai quand même eu un pincement au cœur de ne plus arriver dans “ma” vieille gare. D'autres lieux, comme la place Saint-Lambert, ont changé aussi. Mais là ça a pris tellement longtemps qu'on a bien eu le temps de s'y faire… ». Elvis Pompilio trouve que Liège « se mondialise », et que ça lui fait « perdre ses repères ». Mais il les retrouve rapidement en s'installant place du Marché, ou en poussant son nez jusqu'au quai de la Batte et chez Lequet…

En clin d'œil à cette vision plus bohème et effrontée de la ville, le Pompilio de PVC – modelé façon « Magritte » – est frappé d'une représentation du perron. Clin d'œil au côté frondeur caractéristique des ardents habitants de la cité éponyme : « L'esprit liégeois reste là… Et ce sont les gens qui font la ville, pas la ville qui fait les gens ! ».

Infos sur www.openairs.be