Du lait dans les épinards

ANNE-CATHERINE DE BAST

lundi 30 juillet 2012, 09:18

Agriculture. Face à la crise du lait, il y a trois ans, des producteurs ont mis en place des distributeurs. Mais la situation ne s'est pas améliorée. Les agriculteurs affrontent une nouvelle crise.

Du lait dans les épinards

A Francorchamps, Benoit Michel, producteur laitier, a installé un distributeur de lait en bord de route dès 2009 Depuis lors, l’agriculteur s’est converti au bio © Michel Tonneau

La Foire de Libramont, c'est l'occasion pour les agriculteurs de faire la fête et de laisser leurs soucis de côté le temps d'un week-end. Mais une fois les festivités passées, retour à la réalité. Dans le secteur laitier, notamment, les affaires sont au plus mal. La grève du lait qu'ont déclenchée les producteurs en 2009 en cessant de livrer les laiteries, en choisissant de jeter leur production plutôt que de la vendre à perte, est loin. Mais les conditions des agriculteurs ne se sont pas améliorées. « La crise de 2009 nous a mis à genoux, nous avons fait des emprunts pour arriver à nous en sortir, confie Raphaël Van Den Bergh, producteur à Nandrin. Ils ne sont pas encore épurés qu'on traverse une nouvelle crise. On n'arrive pas à boucler les fins de mois, je n'ose plus investir, je suis découragé. » Pour que sa production soit rentable, il faudrait que le prix du lait traditionnel avoisine 0,35 euro le litre. Or il dépasse à peine 0,24 euro.

En 2009, la crise l'a poussé à acquérir un distributeur de lait cru. Pour répondre à une demande. Pour se diversifier, aussi. « Au début, cela marchait très bien. Puis cela s'est essoufflé, mais nous avons toujours des clients fidèles. Aujourd'hui, cela reste rentable. » Raphaël Van Den Bergh vend une cinquantaine de litres par jour, à 0,75 euro le litre. Pas de quoi sortir la tête de l'eau, mais suffisamment pour mettre du beurre dans les épinards.

Même chose pour Benoît Michel, producteur à Francorchamps. « J'ai acheté un distributeur en 2009 car cela me rendait malade de vendre mon lait à 20 cents ! » Depuis lors, l'agriculteur s'est converti au bio. « Nous avons une clientèle stable, on vend 25 à 30 litres par jour, soit 3 ou 4 % de la production. Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde : plusieurs producteurs ont arrêté, et ont rangé leur distributeur car ils vendaient moins de 10 litres par jour. » Benoît Michel vend son lait à 0,90 euro le litre. « Pour du bio, c'est moins cher qu'en magasin… » Pour couvrir ses frais de production, son lait devrait être vendu à la laiterie à 0,4 euro/litre. Or il dépasse à peine 0,34 euro. « J'aimerais me diversifier, mais je suis bloqué au niveau de la main-d'œuvre, souligne-t-il.

Les deux producteurs s'accordent pour le dire, au-delà de l'aspect pécuniaire, la mise en place des distributeurs leur permet de créer un contact avec le consommateur. « Cela nous donne l'occasion de commercialiser nous-mêmes notre lait, précise Raphaël Van Den Bergh. C'est enrichissant. Au niveau humain, du moins. »

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