Château du Bois d'Arlon : le gouffre

JEAN-LUC BODEUX

vendredi 15 juin 2012, 12:09

Arlon. Le luxueux château, non rentable comme hôtel-restaurant, est à vendre. Le rêve fou du duo Mathieu-Fontaine tourne au vinaigre. De nombreux créanciers attendent...

Château du Bois d'Arlon : le gouffre

L’intérieur du luxueux hôtel cosy ne peut cacher l’abîme financier qui plane sur lui depuis le départ Un beau projet, mais ses propriétaires ont sans doute vu trop grand, trop vite © D R

Y a-t-il un avenir horeca pour le château du Bois d'Arlon, reconstruit il y a 8 ans pour être transformé en hôtel, complété ensuite par un restaurant ? C'est peu probable. Le conte de fées vire en effet au cauchemar car ce dossier est revenu devant le tribunal de commerce d'Arlon, jeudi.

Un tribunal qui avait déjà déclaré la faillite, en novembre 2010, jugement qui a ensuite été cassé en appel à Liège. Mais depuis quelques mois, le tribunal d'Arlon a engagé une procédure sous la houlette de deux curateurs, Mes Schmitz et Lepage. La SPRL Château du Bois d'Arlon est donc sous autorité judiciaire et les biens ont été déclarés en vente, via un cahier de charges précis, avec trois exigences majeures : la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi et le prix d'achat. Une estimation du bien – château, restaurant et des hectares forestiers – a été réalisée par un expert indépendant.

Les curateurs ont vu 9 candidats mais un seul a remis une offre dans les temps, Algest SE. Puis hors délai, une seconde offre est arrivée de l'Eco-Invest.Lux.

Me Sterchele (Algest) estime que cette offre ne respecte pas le cahier de charges, puisqu'elle est hors délai. Et demande un second tour. La reprise du personnel est un autre casse-tête, car il a été licencié suite à la faillite, puis réintégré dans une nouvelle société. « Sous quels statuts ? Et on ne connaît rien de la comptabilité. »

Actuellement, hôtel et restaurant fonctionnent toujours, mais sous la gestion de cette société Fabrima, dans laquelle on retrouve les mêmes personnes qui gèrent la SPRL Château du Bois d'Arlon, Fabienne Fontaine et Michel Mathieu. Ce qui dérange Me Marc Kauten, conseil d'une banque, dont la créance se chiffre à 2,35 millions d'euros. « La loi vise la continuité des activités, OK. Mais il faudrait non pas 10 chambres, mais au moins 40 pour qu'un tel établissement soit viable. De plus, Fabrima doit verser 13.000 euros par mois à la SPRL Bois d'Arlon. Est-ce payé ? Je pense que non, ni les créanciers, ni l'ONSS. Où va l'argent ? Derrière cette SPRL, il y a des sociétés immobilières luxembourgeoises, dont les réviseurs aux comptes ont démissionné. C'est suspect ! Les offres sont par ailleurs largement insuffisantes. »

Même son de cloche dans la bouche de Mes Neyens et Perpète. Le premier défend 4 fournisseurs qui n'ont jamais été payés, comme d'autres, le second défendant l'ONSS. « Les deux offres (1,1 et 2,15 millions) sont bien trop faibles par rapport à l'estimation de l'expert, soit 4 millions d'euros. C'est un investissement purement immobilier. »

Me Perpète estime « qu'on nous mène en bateau pour gagner du temps. ONSS et petits créanciers sont les dindons. Il y a une loi sur la continuité des entreprises, mais aussi sur les faillites. Il faut prendre ses responsabilités. La poursuite des activités est impossible. » Avant que le président ne renvoie le dossier à huitaine afin que chacun affine son dossier, Fabienne Fontaine lancera : « Je suis, avec une de mes sociétés immobilières, aussi créancière. J'ai 2,5 millions de dettes, et j'ai perdu 900.000 euros cash. Je dois tout vendre pour rembourser… »