Dinant et Mont-Godinne fusionnent

ERIC BURGRAFF

mercredi 20 juin 2012, 12:32

Namur. Nouvelle fusion dans le monde hospitalier: Dinant et Mont-Godinne se sont mariés cette semaine. Avec 640 lits, les protagonistes veulent ainsi continuer à obtenir les meilleurs programmes de soins. Une fusion qui en appelle une auttre à moyen terme avec Sainte-Elisabeth et Saint-Luc à Namur.

Le bébé est beau et ambitieux. Mais c'est un bébé : énormément de potentiel et encore beaucoup à apprendre. Ses parents, les hôpitaux privés de Dinant et de Mont-Godinne, l'ont baptisé « Centre hospitalier universitaire UCL Mont-Godinne-Dinant ». Il est né cette semaine, après deux ans de gestation, de la volonté commune des gestionnaires des deux hôpitaux précités. Il n'y a plus désormais un hôpital qui travaille la médecine de proximité à Dinant et un autre qui fait de la médecine universitaire à Mont-Godinne. Les deux établissements sont fusionnés en une nouvelle entité juridique et administrative, organisée en deux sites. Qu'est-ce que ça va changer pour le patient ? Rien ou presque. Dans un premier temps du moins. Explications.

1Pourquoi fusionner ? Parce que, même si ça peut paraître étonnant, Mont-Godinne est… trop petit ! « Avec 400 lits, nous n'avions pas une taille critique suffisante pour répondre aux défis des avancées de la médecine », assure le professeur De Coster, ancien directeur de Mont-Godinne et directeur général du nouvel ensemble. « Les normes d'agrément tendent à s'accompagner de plus en plus de seuils d'activité minimaux, difficiles à atteindre par les structures de petite et moyenne tailles », ajoute Christian Denée, président du nouveau conseil d'administration. Si Mont-Godinne était trop petit, Dinant, avec ses 240 lits, l'était d'autant plus. Ajoutons que les deux hôpitaux privés ne pouvaient rester aveugles devant les regroupements d'institutions un peu partout dans le pays : la fusion – douloureuse – des CHR de Namur et d'Auvelais, d'une part, et la création de Vivalia de Luxembourg, d'autre part, sont deux exemples révélateurs à quelques pas de chez eux.

2Mont-Godinne dominera-t-il Dinant ? Autant poser la question dans ce sens car personne n'imagine que le contraire soit d'actualité. Autant dire aussi que d'aucuns dans les milieux politiques et associatifs dinantais craignent une mise sous tutelle par le grand voisin. Pourtant, les gestionnaires des deux sites n'ont de cesse de le marteler : « Ce qui compte pour nous c'est le projet, pas le pouvoir. Chacun vient avec ses valeurs et apportera à l'autre ». Et comme les mots ne suffisent pas toujours, ils ont joint les actes à la parole. La nouvelle ASBL sera gérée à 50/50 par des administrateurs issus des deux sites (en d'autres termes Dinant pèsera autant que Mont-Godinne dans les décisions). De plus, si la direction de l'entité est confiée à l'ex-patron de Mont-Godinne, la présidence l'est à l'ex-président de Dinant.

3D'autres fusions à venir ? Les protagonistes n'en font aucun mystère : cette fusion en appelle une autre avec les deux autres hôpitaux privés de la province que sont Saint-Luc à Bouge et Sainte-Elisabeth à Salzinnes. Ces deux-là sont d'ailleurs en discussion pour une fusion rapide. Ils pourraient rejoindre le pôle privé dans un second temps. « Nous sommes ouverts à un projet à cinq (NDLR : entendez avec le pôle public, le CHR Sambre-et-Meuse), à condition que personne ne veuille prendre le dessus », ajoute le professeur de Coster. Et de préciser d'emblée les conditions : « A quatre ce sera 4 fois 25 % des parts, à cinq ce sera 5 fois 20 %. » Pas sûr que le CHR l'entende de cette manière…

4Qu'est-ce que ça va changer pour le personnel ? Le nouvel ensemble est de loin le plus gros employeur privé de la province avec 2650 collaborateurs. Des collaborateurs qui ne verront aucune différence dans leur fiche de paie. Tout reste donc en l'état pour l'instant mais un statut harmonisé préservant les acquis de chacun sera négocié à moyen terme.

5Qu'est-ce que ça va changer pour le patient ? Rien ou presque dans un premier temps. Dinant ne sera pas par exemple, du jour au lendemain, hôpital universitaire. « Des services sont impatients de collaborer ensemble, pour les gardes, pour échanger les expériences… D'autres sont plus réticents, nous allons laisser du temps en temps, dit le professeur De Coster. L'important est d'avoir désormais la taille critique suffisante pour obtenir ou garder les agréments pour les meilleurs programmes de soins. »