Portraits olympiques: Charline Van Snick

PHILIPPE VANDE WEYER

lundi 30 janvier 2012, 14:27

La Liégeoise est la judokate qui monte. Et, comme si elle était écrite, son ascension vers les sommets ne l'étonne ni ne la perturbe.

Portraits olympiques:  Charline Van Snick

PHOTO:ROGER MILUTIN

Elle espère forcément que le meilleur est à venir. Pourtant, depuis quelques mois, Charline Van Snick, judokate de poche, ne cesse de le tutoyer. Du lourd, du constant, du prestigieux. Dix tournois en 2011, quatre victorieux et cinq autres où elle n'a jamais été moins bien classée que 5e. Des résultats qui, dans sa catégorie de poids des moins de 48 kg, l'ont installée tout près du sommet, à la 4e place mondiale, elle qui, il y a douze mois d'ici, naviguait encore dix échelons plus bas. Et qui lui valent, depuis quelque temps, un début de vraie popularité dans le sud du pays où elle a encore été élue récemment Mérite sportif féminin.

QUI ?

Naissance de Charline Van Snick

2 septembre 1990, à Liège.

Taille 1,57 m.

Poids 50 kg.

Résidence Nalinnes.

Discipline judo (moins de 48 kg).

Club Bushido Saive.

Entraîneurs Marc Van Snick et Damiano Martinuzzi.

Passé olympique Néant.

sites.google.com/site/charlinevansnick

J'ai la volonté d'apprendre rapidement le néerlandais pour être aussi reconnue en Flandre, ajoute-t-elle. Parce qu'il est important de pouvoir communiquer.

À 21 ans, elle apprécie sans s'extasier. Parce que pour cette Liégeoise pur jus, ce qui lui arrive n'est que la suite logique d'un investissement à long terme qui devait finir par payer et d'une volonté à toute épreuve. Une rage de vaincre inscrite dans ses gênes, elle qui, dès son plus jeune âge, a dû se battre pour exister entre deux garçons, ses frères, face auxquels elle n'a jamais baissé pavillon.

J'ai toujours voulu me mesurer à plus fort que moi, lance-t-elle. L'esprit de compétition, chez moi, c'est une philosophie de vie. Partout. Ce n'est pas que je ne veux pas perdre, je veux toujours gagner ! Dans ma vie de sportive, ma vie d'étudiante et ma vie de femme. Sans quantifier mes objectifs.

Elle écarquille ses grands yeux et raconte. Sa passion sans limites pour le sport. Natation, gymnastique, escalade, danse, karaté, équitation, ju-jitsu, elle a goûté à – presque – tout durant son enfance. Avant de se fixer sur le judo, que lui a enseigné son père, Marc, dans le club qu'il a fondé à Saive.

Avec lui, ça a souvent pété !, assure ce gros caractère. Puis, j'ai grandi et ça a cessé. Aujourd'hui, le judo, c'est ma vie. Ce qui me plaît, c'est qu'il me force sans arrêt à repousser mes limites. J'aime aussi la confrontation, me retrouver face à une adversaire, l'analyser, la contrer. Battre tout le monde est devenu une obsession. Pour progresser. Être la numéro un. Alors, j'avance sans me poser trop de questions.

Autour d'elle, pour lui ouvrir la route, s'est constituée une « cellule de proximité » avec l'aide de l'Adeps. Une équipe de pros qui lui est entièrement dévouée, avec un coach, un médecin, un kiné, une psychologue du sport et, peut-être bientôt, Ingrid Berghmans, la meilleure judokate belge de l'Histoire, pressentie pour l'aider à appréhender encore mieux le (tout) haut niveau. À côté d'elle, pour l'accompagner, son copain, Jean-Yves Bottieau, judoka lui aussi, avec qui elle s'est installée en septembre à Nalinnes, dans la grande banlieue de Charleroi.

J'ai toujours voulu mon indépendance. Avec Jean-Yves, on a envie de construire quelque chose, même si, pour l'instant, on n'est pas souvent ensemble à cause de mes stages et compétitions à l'étranger. Je dis toujours que le judo est un sport asocial, parce qu'il y a les absences… et les régimes.

Parce qu'avec son petit gabarit (1,57 m), elle n'a pas envie de « monter » dans la catégorie de poids supérieure, Charline Van Snick avoue que son alimentation est une préoccupation constante pour ne pas dépasser les 2 ou 3 kilos excédentaires qu'elle s'autorise en dehors des périodes de compétition.

Je dois avoir une hygiène de vie impeccable, cela fait partie de mon boulot, reconnaît-elle. C'est souvent dur parce que j'aime profiter de la vie, partager du temps, un bon repas et un verre avec ceux que j'aime, sortir avec mes amis, surtout à Liège, où je connais tous les bons plans ! Heureusement, j'ai des copines compréhensives…

Ses rares moments de temps libre, pour l'instant, elle les consacre à la fin de ses études de marketing à la Haute École de la Province de Liège. Avec une petite idée derrière la tête, intégrer un jour la Fédération internationale de judo pour y mettre en pratique ce que j'aurai appris !

Mais avant d'aborder sa deuxième vie, elle se donne encore au moins quatre ans et les Jeux de Rio 2016. Elle avoue avoir du mal à se projeter plus loin. Parce que son sport lui a aussi abîmé le corps, qui semble parfois la lâcher.

J'ai des douleurs chroniques à l'articulation des poignets qui me forcent à des injections de cortisone et à la pose récurrente de « tapes », j'ai une spondylolyse qui m'oblige à me renforcer musculairement au niveau du dos et je suis sensible des genoux…

Mais à part ça, au vu de sa courbe de performances, tout va bien !