Portraits olympiques : Evi Van Acker

Philippe Vande Weyer

lundi 06 février 2012, 12:36

N°1 mondiale en classe Laser Radial, la Gantoise a le vent en poupe. Elle compte maintenir le bon cap jusqu'aux régates olympiques, dans des eaux qui lui sont devenues hospitalières.

Portraits olympiques : Evi Van Acker

Filip Vanzieleghem

En temps normal, on la traiterait de capricieuse et d'enfant gâtée ! Mais comme elle est sportive de haut niveau, le bout des lèvres qu'elle a tendu pour savourer son récent titre de vice-championne du monde est plutôt un signe de saine ambition. J'étais à la fois contente et frustrée, explique-t-elle en évoquant sa montée sur la deuxième place du podium des Mondiaux de voile, catégorie Laser Radial, en décembre dernier, à Perth. Si je n'avais pas commis une erreur d'appréciation lors de l'avant-dernier jour, je terminais première… J'ai été trop brave, je dois apprendre à devenir plus « bitchy ».

QUI ?

Naissance d'Evi Van Acker 23 septembre 1985, à Gand. Taille 1,72 m. Poids 68 kg.

Résidence Zaffelare.

Discipline Voile (Laser Radial).

Club Royal Belgian Sailing Club.

Entraîneur Wil van Bladel.

Passé olympique 2008.

www.evivanacker.be

Evi Van Acker n'est pas numéro un mondiale pour rien. Dans la quête d'absolu de la Gantoise, il n'y pas de place pour l'à-peu-près et la médiocrité. À la barre de cet esquif qu'elle trouve vilain, mais qu'elle a dû apprendre à dompter et à aimer à partir de 2006, lorsqu'il est entré au programme des Jeux, elle veut toujours plus.

La faute, peut-être, à ces Jeux de Pékin dont elle était sortie assez mal, il y a quatre ans, malgré une honnête 8e place qui en aurait ravi plus d'un. Parce qu'elle s'était sans doute un peu menti en affichant déjà des ambitions haut placées alors que son malaise préolympique était général. Inexpérience. Manque de confiance. Maladie. Elle avait accumulé tous les signes avant-coureurs d'un échec programmé. Je me rends surtout compte aujourd'hui que je vivais avec des oeillères. Que mon sport était devenu une obsession. Moi qui suis d'un naturel très sociable, je ne voyais plus personne. Et ça me minait.

Il lui a fallu un an pour reprendre ses esprits, le sourire et le plaisir de naviguer, découvert à 6 ans, grâce à son frère aîné, déjà mordu, sur un lac voisin de son domicile familial de Zaffelare. De sortie en sortie, de stage en stage, de compétition en compétition, Evi a progressivement dépassé Simon pour devenir une vraie louve des mers. Avec un palmarès qui abrite trois titres européens et cinq victoires en Coupe du monde. Pour l'instant.

Aujourd'hui, à 26 ans, on la sent sûre d'elle. Ravigotée par ses derniers résultats et la présence, à ses côtés, d'une équipe qui lui est entièrement dévouée tout en étant d'une exigence folle. Parce que l'idée est de la faire progresser techniquement et physiquement pour être prête, de la première régate à la course aux médailles. Celle des Jeux, où elle portera une bonne partie des espoirs de la délégation belge, un concept qu'elle a assimilé sans se tracasser.

On est beaucoup mieux préparés qu'il y a quatre ans, dit-elle. Et ma confiance dans mon équipe ne cesse de grandir parce que je vois que ça marche.

À la tête de ce « team », le Néerlandais Wil van Bladel, sélectionné olympique en 470 pour les Pays-Bas en 1984 et 1988. Rencontré en 2007 à Amsterdam, où Evi bouclait son baccalauréat en chimie. Au fil du temps, ils se sont apprivoisés. Pour devenir professionnellement inséparables.

Je suis entre neuf et dix mois par an à l'étranger, raconte-t-elle. C'est sûr que ça pèse sur la vie privée mais avec mon copain, Tobias, on s'adapte. Et puis, si je ne mène pas ce type de vie à mon âge, quand pourrai-je le faire ?

Dans ces autres mondes qu'elle doit dompter, il y a Weymouth. Le site des JO 2012, à un peu plus de 200 km au sud-ouest de Londres, sur cette mer du Nord qu'elle connaît si bien. Depuis trois ans, maintenant, Evi Van Acker y a établi son camp de base dans la maison de l'une de ses meilleures amies. Elle y a sa chambre – tout comme son coach et sa kiné –, y vit comme chez elle quand elle s'y rend, et l'occupera pendant les Jeux pour ne pas devoir loger au village olympique. Il est trop petit, il y aura trop de monde, je sais que ça m'irritera. Moi, j'aime fonctionner selon une certaine routine.

À deux reprises, en 2011, elle a terminé à la 2e place lors d'une compétition disputée dans les eaux olympiques. Un signe avant-coureur plutôt encourageant même si elle annonce d'ores et déjà une compétition chaotique. Plusieurs parcours peuvent être dessinés sur le site, explique-t-elle. Et, contrairement à d'autres sports, où tout est extrêmement balisé des mois à l'avance, on ne connaîtra le nôtre qu'en dernière minute…

Les Jeux, elle en attend forcément beaucoup. Et elle compte bien en profiter d'un bout à l'autre. Contrairement à il y a quatre ans, je prendrai part à la cérémonie d'ouverture. Et je rejoindrai le village olympique, à Londres, une fois ma compétition terminée pour aller encourager les autres athlètes !