Portraits olympiques : Jonathan Dufrasne

PHILIPPE VANDE WEYER

lundi 02 avril 2012, 10:33

Etre Wallon et cycliste sur piste, c'est possible. Le coureur de Dour y est arrivé en équipe mais rêve d'une carrière sur la route. Après.

Portraits olympiques : Jonathan Dufrasne

Filip Vanzieleghem

On l'imaginait, comme tous les pistards, avec des épaules de déménageur et un tour de cuisse version blanc-bleu belge. Raté. “ En poursuite, on est plus longiligne que dans les autres épreuves “, précise-t-il, comme pour s'excuser.

QUI ?

Naissance de Jonathan Dufrasne le 2 août 1987, à Boussu.

Taille 1,79 m. Poids 70 kg.

Résidence Dour.

Discipline Cyclisme (piste – poursuite par équipes).

Equipe Wallonie-Bruxelles – Crédit Agricole.

Entraîneur Charles De Wolf.

Passé olympique Néant.

facebook.com/dufrasnejonathan

Jonathan Dufrasne s'ébroue timidement, réajuste ses lunettes dernier cri. Il y a du phénomène dans ce garçon au look d'élève modèle. Né athlète et devenu cycliste. Sur piste, qui plus est, en cette année olympique, un peu à son corps défendant. Un exploit suprême quand on est Wallon et qu'on n'a pas un seul anneau couvert à se mettre sous les boyaux, de Tournai à Liège et de Wavre à Arlon.

“ L'athlétisme, cela a commencé à 6 ans, ici à Dour, explique-t-il. J'étais plutôt cross et longues distances, déjà endurant. Le virus pour le vélo, lui, m'est tombé dessus à 13 ans, grâce à mon père qui faisait beaucoup de cyclotourisme. J'ai tout de suite aimé l'idée d'être en plein air, de voir défiler les paysages. J'avais un vrai sentiment de liberté. Un an plus tard, j'ai appris qu'un club se créait dans le coin, le VC Haut Pays. J'ai eu envie d'essayer et j'ai mordu. “

Aujourd'hui, à 24 ans, devenu pro au sein de l'équipe Wallonie-Bruxelles - Crédit Agricole, il a toujours les dents dans le guidon. Surtout quand il s'agit de s'aligner au départ d'un contre-la-montre, son péché mignon. “ Dès ma première compétition, le championnat de Hainaut pour aspirants, je m'y suis imposé, confesse-t-il. Je suis un rouleur, j'aime les efforts solitaires. “

Sur la piste, pourtant, c'est en groupe qu'il a dû apprendre à se mouvoir. Un projet, celui de la poursuite par équipes, dans lequel il est tombé par hasard au détour d'un championnat de Belgique espoir, en 2007, et avec lequel il a dû composer, un peu contre son gré. “ J'y avais surtout été pour préparer la route… “ Le temps de taper dans l'œil de Michel Vaarten, entraîneur fédéral de l'époque, de se faire embrigader pour suivre les stages, d'abord avec l'équipe nationale B, puis avec la A, et de s'offrir une médaille de bronze à l'Euro des moins de 23 ans à Cottbus. “ Au départ, j'étais un peu sceptique. Mais on a bien progressé en très peu de temps et les résultats ont suivi. Et moi, ça m'a lancé. “

S'il avoue avoir été impressionné la première fois qu'il a mis les roues sur une piste - “ Parfois je me pose trop de questions ; je devrais être plus tête brûlée ! “ -, Jonathan Dufrasne a vite assimilé le principe de son épreuve. Deux “ trains “ de quatre coureurs, placés de part et d'autre de l'anneau et un roule-après-moi-que-je-t'attrape de 4 kilomètres. Un effort violent et animal, mais doublé d'une bonne dose de technique dans le roulement des relais. Quand, à chaque tour, le premier effectue la grimpette pour laisser passer les trois autres avant de se replacer dans leur sillage. De la fine mécanique avec une précision d'horloger suisse à respecter au centimètre près pour éviter les chutes ou les largages. Tout ça à 60 km/h de moyenne.

“ Les chutes, ça fait partie du métier, reconnaît-il. J'ai eu mon année noire en 2008, sans trop de casse, heureusement, à peine quelques déboîtements d'épaule. Quand cela se produit, il faut un peu de temps pour oublier, mais je me force à me raisonner et ne pas y penser. De toute façon, une fois que la course est lancée, c'est tout juste si on regarde le décompte des tours… “

En février, en compagnie de ses équipiers Dominique Cornu, Kenny De Ketele, Gijs Van Hoecke et Ingmar De Poortere, il a surtout veillé à affoler le chrono et à gagner sa place pour les JO lors de la manche de Coupe du monde… de Londres, sur la toute nouvelle piste qui accueillera les épreuves olympiques, “ la plus rapide du monde “. Une quatrième place assurée de haute lutte avec deux records de Belgique. “ Un résultat assez exceptionnel, affirme-t-il. Qu'on a forcé en poussant un braquet plus gros que d'habitude. “

Maintenant que les Jeux sont derrière la porte, il en veut plus. “ Une place entre la 6e et la 8e, ce serait bien, histoire d'avoir le diplôme olympique. Pour moi, ce serait une belle récompense après deux années de sacrifices “. Qu'il ne compte toutefois pas prolonger au-delà de 2012 car c'est la route qui l'attire le plus. Le chrono, qui convient si bien à son esprit cartésien, lui le bachelier en chimie industrielle, spécialité environnement. Le sprint, “ mais pour y emmener un vrai spécialiste “ parce que “ j'ai les qualités pour être un très bon équipier “. Et la montagne, lui qui dit “ (se) défendre quand ça monte “, mais plutôt “ dans les petit Tours que dans les grands “.

En parallèle, il continuera de suivre les cours de préparateur physique qu'il a entamés à l'Adeps pour un recyclage futur. Et, en fan de musique électro, essayera de se pointer encore de temps à autre au festival de Dour, comme il le fait quand il est dans le coin. “ Mais sans fumer de pétard, hein ! “