Portraits olympiques : Hans Van Alphen

mardi 10 avril 2012, 11:19

Qualifié au point près pour les JO, le décathlonien campinois veut profiter de Londres pour effacer quelques frustrations. Un pari taillé dans le granit.

Portraits olympiques : Hans Van Alphen

: Filip Vanzieleghem

Dix épreuves. Pendant lesquelles il faut courir, sauter et lancer, les trois fondamentaux de l'athlétisme. Et compter, aussi, un peu. En septembre dernier, à Talence, dans le sud-ouest de la France, où il était venu sauver sa saison, Hans Van Alphen a, une fois de plus, sorti la calculette avant de boucler son décathlon. « Je savais, avant le 1.500 m final, que je devais courir en 4min21, raconte-t-il. Quand j'ai passé la ligne et que j'ai vu 4min21.10 affiché sur le chrono, je me suis dit que c'était fichu. Que j'allais louper les 8.200 points, le minimum olympique, d'une unité et que tout serait à refaire. Mais, au bout du compte, on m'a dit que j'avais réussi. Pour 8 centièmes ! »

QUI ?

Naissance de Hans Van Alphen le 12 janvier 1982, à Turnhout.

Taille 1,91 m.

Poids 91 kg. Résidence Alken.

Discipline Athlétisme (décathlon).

Club Vilvorde AC

Entraîneur Wim Vandeven

Passé olympique 2008

www.hansvanalphen.be

Pour une fois, le rien n'a pas été l'ennemi du mieux. Une éclaircie dans une carrière faite, pour lui, de quelques bonheurs et de beaucoup de frustrations dans cette discipline dans laquelle il s'est immergé à partir de 15 ans sans trop savoir où elle le mènerait. L'exemple d'un glorieux ancien de son club, Serge Desmedt, lui-même ex-champion de Belgique de décathlon, qui l'a inspiré au même titre que… Carl Lewis et Mike Powell, ses deux autres modèles, aux antipodes du premier.

Car Hans Van Alphen, gueule de star et physique de videur, a dû la jouer à la patience pour arriver au sommet. Pour se construire enfin une carrière, tablette de chocolat par tablette de chocolat, avec une minutie de dentellière. La faute à des débuts trop brutaux. D'abord des études de kiné pour assurer ses arrières. Puis, une fois son diplôme en poche, un « tout à l'athlé » avec un soupçon de brusquerie pour se donner l'illusion de rattraper le temps perdu.

« J'avais gagné ma sélection pour les JO de Pékin en véritable amateur lors des Mondiaux 2007 à Osaka, rappelle-t-il avec une fierté légitime. Une fois celle-ci en poche, j'ai obtenu un contrat de la Communauté flamande. Et je me suis montré trop gourmand. J'avais l'impression que si je ne m'entraînais pas tous les jours, je ne justifierais pas les investissements placés en moi. Alors, j'ai travaillé comme une bête, sans prendre trop de repos. »

Une fougue qu'il a fini par payer en Chine, dès le 100 m, le premier de ses dix travaux, devant 80.000 personnes. Une fulgurance dans l'aine après 60 mètres de course à peine. Et un abandon forcé après la hauteur, la quatrième épreuve. La mort dans l'âme et la honte au front. « J'aurais préféré faire 7.500 points et terminer que d'arrêter », dit-il. Un aveu que le diagnostic – déchirure des adducteurs et fracture de fatigue au bassin – et la longue rééducation qu'il a dû s'infliger ne parviennent toujours pas à tempérer, plus de trois ans plus tard. Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne se plaint pas, on souffre…

S'il a retenu la leçon, s'il se dit « plus sage » depuis qu'il a confié sa destinée à Wim Vandeven, l'entraîneur/conjoint de Tia Hellebaut, qui lui a apporté une structure et un planning clair et lui a fait comprendre que c'était dans les épreuves techniques qu'il pouvait gagner des points, Hans Van Alphen rappelle que la préparation d'un décathlon est avant tout « une recherche perpétuelle ». Un savant dosage qu'il faut arriver à maîtriser pour ne pas surentraîner ses points faibles en délaissant trop ses points forts. Un travail de longue haleine pour un nombre restreint de rendez-vous par an, dans lesquels il vaut mieux ne pas se louper. Un pari réussi en 2010 avec une 5e place à l'Euro de Barcelone. Un pari loupé en 2011 avec des totaux trop justes lors de deux compétitions à Götzis, Autriche et à Kladno, République tchèque pour se mettre à l'abri de la percée de Thomas Van der Plaetsen, l'ovni jeune de la discipline, qui lui a chipé sur le fil la place pour aller aux Mondiaux de Daegu.

« J'en ai ressenti une profonde amertume pendant plusieurs jours, avoue-t-il. La Fédération internationale avait été vraiment trop exigeante sur ce coup-là. Alors, pendant les Mondiaux, je suis parti tout seul en Espagne pour m'entraîner. Dans le stade, il n'y avait que moi et un ouvrier ! Je ne voulais rien voir, rien lire. Le soir, je téléchargeais les résultats de Daegu pour les analyser… » Et fomenter sa revanche.

Aujourd'hui qu'il a son billet olympique en poche, le menhir campinois a un plan dans la tête : finir dans le top 8 à Londres. Un plan auquel il croit depuis deux ans et cette progression constante, fruit d'un travail qu'il effectue dans un périmètre qui bouge en fonction des épreuves qu'il perfectionne. « Malgré les stages que j'effectue à l'étranger, je roule 40.000 kilomètres par an à raison de 10 heures par semaine dans ma voiture, affirme-t-il. Une fameuse perte de temps dans mon planning, mais sauf à construire une piste d'athlétisme indoor en face de chez moi, il n'y pas d'autre solution... »

Les JO 2012, il le sait, devraient, à 30 ans, constituer son sommet. Il a décidé de ne pas regarder beaucoup plus loin. « J'arrêterai quand je commencerai à régresser. Je veux bien faire des sacrifices, mais il y a une limite… »

Philippe Vande Weyer