Portraits olympiques : Dirk Van Tichelt

Philippe Vande Weyer

lundi 23 avril 2012, 10:18

Depuis quatre ans et son injuste 5e place à Pékin, le judoka campinois rumine sa revanche. A 27 ans, ce discret stakhanoviste des tatamis arrive à maturité.

Portraits olympiques : Dirk Van Tichelt

Filip Vanzieleghem

Dans son allée de garage, le monovolume siglé de son nom est prêt à prendre la route. « Quand je suis en Europe, je préfère toujours me rendre partout en voiture, dit-il. Comme dans deux jours, en Tchéquie, puis en Hongrie, pour deux semaines de stage. Ca me prend à peine plus de temps que l'avion et, au moins, je ne suis lié à aucun horaire. Plus fatigant ? Non. Quand j'ai un coup de mou, je m'arrête ! »

QUI ?

Naissance de Dirk Van Tichelt10 juin 1984, à Turnhout.

Taille 1,74 m.

Poids 76 kg.

Résidence Tessenderlo.

Discipline Judo (moins de 73 kg).

Club JC Coxyde

Entraîneur Danny Belmans.

Passé olympique 2008

www.dirkvantichelt.be

Dirk Van Tichelt a la complainte rare. Son statut de judoka lui a appris, au fil des ans, à appréhender la vraie souffrance et ce ne sont pas les petits désagréments de la vie qui, à 27 ans, vont lui arracher ne fût-ce qu'une grimace. Quatre ans après sa première expérience olympique, il sait où mettre ses vraies priorités. De toute façon, il n'a pas le choix.

« Le judo, c'est du travail et encore du travail. On pousse son corps très loin. On morfle. Depuis 2010, par exemple, c'est mon dos que je dois protéger en permanence à l'aide d'exercices de renforcement. Heureusement, je suis bien entouré d'une équipe de spécialistes de premier plan. Désormais, je combats plus droit. »

Du coup, ses adversaires distinguent mieux son regard volontaire et cette rage qui l'a rarement quittée depuis 2008 et cette défaite au premier tour de la catégorie des moins de 73 kg aux JO face à l'Azeri Elnur Mammadli, le n° 1 mondial de l'époque, qu'il a assimilée à un vol organisé. Il n'a pas oublié cette action entamée clairement en dehors des limites par son adversaire mais malgré tout comptée gagnante par les arbitres après quelques minutes d'hésitations et de palabres. Une décision qui a peut-être changé le cours de sa carrière.

« L'ironie a voulu que Mammadli aille jusqu'au bout et qu'il devienne champion olympique, rappelle-t-il. Moi, j'ai dû entamer la longue route des repêchages. Quand je suis arrivé à mon dernier combat, celui pour la médaille de bronze, je n'en pouvais plus. Mon réservoir était vide. Et j'ai fini 5e. »

S'il refuse logiquement de considérer ce résultat comme une contre-performance, s'il rappelle que cette année lui avait également valu un titre européen et qu'il a encore réussi à monter sur la 3e place du podium dès la saison suivante, lors des Mondiaux de Rotterdam, Dirk Van Tichelt, malgré son imperturbable régularité, sait aussi que, plus les années passent, plus le succès est compliqué à conquérir. Surtout dans un sport en perpétuelle évolution, avec des règles qui changent constamment pour le rendre plus spectaculaire, et une armée de nouveaux pays qui inondent toujours plus les différentes catégories de poids. Dont la sienne, sans doute l'une des plus fournies de toutes. Avec quelques sacrés « clients » à écarter.

« En janvier dernier, lors du Masters, à Almaty, j'ai rentré une clé de bras au Japonais Hiroyuki Akimoto, raconte-t-il. J'y suis allé à fond, je suis sûr de lui avoir cassé quelque chose car j'ai entendu un craquement, mais il a refusé d'abandonner. Un vrai samouraï. Sur le moment, cela m'a un peu perturbé. Et c'est moi qui ai fini par perdre ce combat… »

Fils de fermier, Van Tichelt connaît mieux que quiconque le prix de l'effort. Chez lui, à Brecht, dans cette Campine anversoise qu'il a désormais quittée pour vivre avec sa copine à Tessenderlo, il y avait des priorités. Les coups de main réguliers pour soigner les bêtes. Les études, qui lui ont permis de décrocher sa licence en éducation physique à la VUB. Et le sport organisé.

Le judo, il y est venu par mimétisme, en suivant son frère et ses deux sœurs. Une voie toute tracée qu'il a d'autant plus volontiers empruntée que, dès ses débuts, il a toujours été « parmi les plus forts » avant d'être pris en main par sa fédération et de parfaire son éducation en judogi sous la houlette de son mentor, Danny Belmans, qui lui a appris la polyvalence.

« Je sais que je suis parfois trop attentiste, mais quand j'attaque, je le fais aussi facilement à droite qu'à gauche, souligne-t-il. C'est l'un de mes points forts. Dans les situations compliquées, j'ai toujours une solution. »

Un avantage qu'il compte bien exploiter pendant quatre ans encore, jusqu'aux Jeux de Rio, pour autant que son organisme le lui permette. D'autant qu'il affirme avoir désormais son poids « sous contrôle », une donnée qu'il a appris à gérer après s'être parfois laissé aller. Comme en 2008, après les Jeux, où, en revenant de vacances, il a vu avec effroi sa balance dépasser largement les 80 kg.

« Cette fois-là, la reprise a été vraiment très difficile, reconnaît-il. J'étais régulièrement hors d'haleine après chaque exercice. Aujourd'hui, j'essaie de faire attention. Je mange moins mais mieux. Je dis toujours que si les catégories de poids n'existaient pas, le judo serait vraiment le plus merveilleux de tous les sports ! »