Portraits olympiques : Yuhan Tan

lundi 30 avril 2012, 12:34

Avec un père indonésien, le Limbourgeois pouvait difficilement échapper à son destin de joueur de badminton. Cet été, il le prolongera pour la première fois jusqu'aux Jeux.

Portraits olympiques : Yuhan Tan

Filip Vanzieleghem

Quand il jette un regard par la fenêtre, il se revoit, gamin, entrer en religion. « C'est ici, dans le jardin, que j'ai joué la première fois. C'était avec mon père. Je devais avoir 7 ans. Je manquais un peu de coordination mais ça m'a tout de suite amusé. »

QUI ?

Naissance de Yuhan Tan le 21 avril 1987, à Bilzen.

Taille 1,82 m. Poids 75 kg.

Résidence Bilzen.

Discipline Badminton.

Club Drive 83 Lanaken.

Entraîneur Alan McIlvain.

Passé olympique Néant.

Dix-huit printemps plus tard, Yuhan Tan a le badminton mois bucolique et plus précis. La partie de pousse-volant de l'époque s'est muée en art contrôlé. Loin des clichés qui le lassent – « Ce n'est pas un sport de plage, c'est même le sport de raquette le plus rapide puisque le volant voyage à plus de 300 km/h… » -, il a fini par en faire temporairement son métier et à entrouvrir la porte de la compétition suprême, les JO, où il se rendra, cet été, pour la première fois.

« Je ne m'étais pas attendu à tant progresser sur les listes mondiales en un an !, avoue-t-il en expliquant que son passage, en douze mois, de la 79e à la 46e place au ranking (la 27e si l'on ne tient compte que d'un maximum de trois joueurs par pays) a été le vrai déclencheur de sa sélection au même titre que son huitième de finale à l'Open d'Inde, en avril 2011, ou sa deuxième place au Brasil International, en septembre 2011, et à l'Austrian Challenge, en février 2012. Même si cela a été une décision difficile à prendre, interrompre temporairement mes études de médecine à Maastricht après deux ans jusqu'en septembre prochain pour augmenter mon volume d'entraînement n'aura pas servi à rien ! Je suis devenu un autre athlète. »

Né de mère belge et de père indonésien, Yuhan n'aurait pas pu échapper à son destin. Car au pays de son géniteur, le badminton est aussi populaire que le riz sauté. Une exception culturelle. Un sport incontournable. Qui, depuis son admission au programme olympique, en 1992, a rapporté pas moins de 18 médailles, 6 de chaque métal. « J'y suis encore allé en stage en janvier, dit-il. Pour trouver de bons sparring-partners, il n'y a pas de meilleur endroit ! »

Quand on lui demande ce qu'il a d'indonésien en lui, il a pourtant du mal à répondre. « Ma décontraction ? Mon amour de la nourriture locale ? Ma préférence pour le climat qui règne là-bas ? Le fait que je parle la langue ? Je ne sais pas… Chaque fois que je m'y rends, j'ai toujours un choc en voyant l'extrêmement riche côtoyer l'extrêmement pauvre. En fait, ma vraie culture, elle est ici. »

« Ici », c'est Bilzen, Limbourg. Où ses parents ont établi pour l'un, son cabinet dentaire, et pour l'autre, son cabinet de pédiatre après s'être rencontrés pendant leurs études à Louvain. Une union qui n'aurait jamais pu se faire si, comme prévu, son père avait pris la direction des Pays-Bas, où l'avaient envoyé ses parents pour entamer son cursus universitaire. « Il y a eu un problème administratif et c'est comme ça qu'il a fini par échouer en Belgique ! »

Le badminton, c'était forcé, est vite devenu une affaire de famille chez les Tan. Avant Yuhan, il y a eu Annelie, la grande sœur, qui a remisé sa raquette depuis qu'elle est ophtalmologue. Et après lui, il y a eu Lianne, la petite dernière, elle aussi en piste pour une qualification olympique du haut de sa 54e place mondiale. « Quand je suis en Belgique, on s'entraîne souvent ensemble. Elle est plus talentueuse que moi ! », jure-t-il en croisant les doigts pour qu'elle l'accompagne à Londres.

« Je me suis affilié à Lanaken à 10 ans, raconte-t-il. Pendant quelque temps, j'ai alterné les week-ends de compétition avec le football. Mais c'est vite devenu intenable. En plus, je n'aimais pas trop les contacts… »

Raquette à la main, il avoue prendre beaucoup de risques – « parfois trop » - ce qui provoque souvent chez lui un gros pourcentage d'erreurs… « même si celui-ci a baissé depuis que je travaille intensivement ma condition physique ». Mais son instinct d'attaquant et son statut de gaucher constituent par ailleurs sa marque de fabrique, qu'il briserait s'il tentait de les contenir. « Avec mon entraîneur, Alan McIlvain, on bosse beaucoup pour qu'il y ait le moins de déchet possible dans mon jeu. »

Un travail qui, après des débuts difficiles – « J'ai eu du mal pendant l'année 2009, j'avais invariablement des tableaux compliqués lors de chaque tournoi » -, a visiblement payé. Londres dans le viseur, c'est aussi pour le quintuple champion national une revanche sur une première olympiade qui s'était mal terminée. « J'avais les minimums internationaux mais pas les belges pour aller à Pékin. On ne m'a pas envoyé. Je ne voulais pas revivre ça. »

Même s'il a l'habitude de fréquenter quelques-unes des meilleures raquettes depuis qu'il joue à Ludinghausen, près de Düsseldorf, dans le championnat allemand, il préfère contenir ses ambitions à quelques mois de se premiers JO. « Beaucoup se jouera au tirage. Cela dépendra de la tête de série dont j'hériterai. Si je pouvais sortir de ma poule, ce serait déjà une belle victoire. »