Portraits olympiques : Olivier Cauwenbergh

Philippe Vande Weyer

lundi 14 mai 2012, 10:44

Le kayakiste malinois a eu du mal à se défaire d'une image d'éternel second. Désormais, avec son équipier Laurens Pannecoucke, il peut rêver tout haut d'une médaille aux Jeux.

Portraits olympiques : Olivier Cauwenbergh

Filip Vanzieleghem

Il a le regard apaisé. Comme si tout ce qu'il avait connu jusqu'à présent avait forcément servi son dessein. Les coups bas, les coups vaches, parfois encaissés, souvent subis, Olivier Cauwenbergh, 25 ans, yeux bleus et torse large, les a oubliés pour se focaliser sur le seul objectif qui vaille la peine, ces Jeux de Londres qu'il traversera à la pagaie en compagnie de son équipier Laurens Pannecoucke dans leur kayak à deux places. Un K2 avec lequel ils se battront pendant 1.000 mètres. Le plus souvent possible, c'est-à-dire jusqu'à la finale tant espérée. « Pour être performant, il faut forcément s'entendre avec son équipier, dit-il. Avec Laurens, tout se passe bien. Et, surtout, on a envie de la même chose. »

QUI ?

Naissance d'Olivier Cauwenbergh le 15 mars 1987, à Malines.

Taille 1,71 m. Poids 70 kg.

Résidence Malines.

Discipline Kayak (K2 1.000 m)

Club Canoclub Malines.

Entraîneur Carlos Prendes.

Passé olympique Néant

www.oliviercauwenbergh.be

Pour lui, cette traversée du plan d'eau d'Eton sera un premier aboutissement. Celui d'une carrière qui a mis du temps à se dessiner après des débuts timides. Parce qu'il y avait le soleil - l'autre. Et l'ombre - lui. Longtemps, Olivier Cauwenbergh a joué à se camoufler dans son kayak et à volontairement seriner une complainte d'éternel second quand il montait dans son biplace, forcément à l'arrière. « J'avais un statut de dominé. Et le pire, c'est que ça ne me gênait pas. Je me laissais faire… »

Le dominant, c'était son partenaire de l'époque, Kevin De Bont. Toujours devant, depuis les catégories d'âge qu'ils avaient invariablement arpentées ensemble. Et desquelles, malgré tout, ils étaient sortis avec un projet en commun dès 2006. Aller ensemble jusqu'aux JO de Londres après des débuts en fanfare en juniors, une troisième place dès leur première compétition en ligne.

« Jusque-là, j'avais surtout fait de la descente de rivière, explique-t-il. Après avoir tâté du foot, sans convaincre, j'avais découvert cette discipline à 8 ans, lors d'une initiation, près de chez moi, avec mon grand frère à Malines, et je m'y étais tout de suite senti bien. Une question de sensation, sans doute. Lors des compétitions, le plus souvent dans les Ardennes, je jouais avec le courant, j'évitais bien les obstacles. Jusqu'à ce que la Communauté flamande nous propose, à Kevin et à moi, un contrat en nous obligeant à choisir la course en ligne parce que la descente n'était pas une discipline olympique. Dommage et logique à la fois. »

Puis, à l'approche des JO de Pékin, les beaux plans se sont détricotés. Un nouveau tandem s'est constitué dans son dos quand, après un test, De Bont s'est associé à Bob Maesen, « cadre » de la discipline alors en panne d'équipier. « A l'époque, j'étais encore étudiant en éducation physique à Louvain. Tout ça s'est passé pendant que j'étais au cours… » Il aurait pu râler. Crier à l'injustice. Hurler au lâchage. Mais, resté à quai, il a encaissé sans rien dire. En se contentant, quelques mois plus tard, de constater l'échec de nouveau duo, éliminé en demi-finale aux Jeux. Une catastrophe industrielle qui allait déboucher sur la fin de carrière de son collègue de promotion.

« Quand je vois ce qui est arrivé à Kevin, je n'ai pas de regrets. Pékin, c'était trop tôt pour moi. Toute cette affaire a, au contraire, été une sorte de libération. Enfin débarrassé de cette domination qui me freinait, je me suis affranchi et j'ai progressé. Et mes points forts sont ressortis. »

Aujourd'hui, beaucoup d'eau a coulé sous son embarcation. Après s'être testé en K1 – le kayak monoplace - il est revenu au K2. Est devenu champion d'Europe des moins de 23 ans en 2009 avec Maxime Richard. A conduit son embarcation avec Bob Maesen vers la première victoire belge en Coupe du monde. Et au terme de plusieurs tests imposés par son coach fédéral, Carlos Prendes, qui cherchait la meilleure combinaison possible et voulait aiguiser la concurrence entre les différents kayakistes qu'il avait sous la main, a fini par se poser avec Laurens Pannecoucke, d'un an son cadet. Une association devenue une évidence au fil des résultats. « Lors de chaque épreuve, on allait 4 secondes plus rapidement que les autres. »

Avec, au bout du bassin, l'apothéose des Mondiaux 2011, à Szeged, en Hongrie. Arrivés avec l'ambition de finir dans le top 6 pour assurer définitivement leur place aux Jeux, les deux compères ont réussi à se hisser à la 4e place au terme de « la course parfaite, où on était dans le bon à mi-parcours en finale et on n'a pas poussé plus que nécessaire. »

Un résultat qui a forcément aiguisé l'appétit de celui qui, une fois sa carrière terminée, veut se lancer dans la création de sites internet – « C'est moi qui ai fait le mien et celui de Laurens… ». Car à Londres, il sait qu'il aura une belle carte à jouer. Et, qu'en cas de réussite, il pourra placer sa discipline sur la carte du sport belge.

« Je n'ai jamais fait du kayak pour être reconnu, avoue-t-il avec réalisme. Même si personne ne venait me voir, mon plaisir serait le même. C'est un sport complet, où on apprend à souffrir, qui m'a appris beaucoup de choses, sur les autres et sur moi-même. Si avec un bon résultat à Londres, je pouvais un peu le promouvoir, je serais le plus heureux des hommes. »