Portraits olympiques : Joachim Bottieau

mardi 29 mai 2012, 10:19

Le judoka hennuyer est le fruit d'un projet familial. Du coup, il estime que sa réussite est celle d'un collectif. Qu'il ne veut pas décevoir lors de ses premiers JO. Par Philippe Vande Weyer/Photo Filip Vanzieleghem.

Portraits olympiques : Joachim Bottieau

: Filip Vanzieleghem

Combien y a-t-il ? Cinq cent mètres à tout casser ? Un bout de route, entre le domicile familial et l'école primaire locale, qu'il a dû arpenter plusieurs centaines de fois. « Sauf il y a 7 ou 8 ans, quand on a dû s'exiler pendant deux saisons à Boussu parce que les tapis avaient brûlé dans l'incendie ! »

Qui ?

Naissance de Joachim Bottieau le 20 mars 1989, à Hornu.

Taille 1,80 m.

Poids 82 kg.

Résidence Hornu.

Discipline Judo (moins de 81 kg).

Club JC Grand Hornu.

Entraîneur Yves Bottieau.

Passé olympique Néant.

C'est ici, à Hornu, dans ce périmètre millimétré, que tout s'est joué pour Joachim Bottieau. Un univers dont les frontières sont vite devenues des évidences plutôt que des contraintes. La maison d'un côté, la salle de judo de l'autre. Avec Yves, le « pater familias », pour servir de guide. Chef de clan et kiné à gauche, fondateur du club et professeur à droite. Les trois fils, Jean-Yves, Joachim et Jérémie, n'ont eu qu'à suivre. Dès leur plus jeune âge.

« J'aime bien les sports de combat, j'ai d'ailleurs fait également de la lutte, mais, à mes débuts en judo, je n'étais pas trop porté sur la compétition, avoue le deuxième de la bande. J'y ai pris goût vers 12 ans, lorsque j'ai disputé mon premier championnat de Belgique. Les ambitions ont ensuite grandi au fil de mes résultats et de ceux de mes frères. »

Les siens, pour l'instant, sont le plus haut perchés. Une simple constatation qui ne débouche sur aucune glorification. « Entre mes frères et moi, il n'y a pas de compétition. Quand l'un de nous gagne, on partage un bonheur incroyable ; quand il y en a un qui perd, on est tous affectés. Et il suffit que l'un de nous trois ait une mauvaise passe, pour qu'un autre relance la machine. C'est ça notre force. »

S'il affirme avoir « galéré » jusqu'à ses 18 ans, sur six championnats d'Europe disputés depuis 2007 – deux comme junior, deux comme espoir, deux comme senior – Joachim Bottieau, qui en a aujourd'hui 23, a grimpé à cinq reprises sur la troisième marche du podium. Dont la dernière fois, fin avril, à Chelyabinsk, en Russie, où il s'est sublimé pour aller chercher, en moins de 81 kg, la catégorie la plus dense, sa qualification pour les Jeux. Difficile d'être plus régulier. « Je devais absolument terminer dans les cinq premiers pour gagner ma place pour Londres. Dès le départ, j'étais persuadé d'y arriver parce que je restais sur quelques bons tournois. Je voulais prouver que, moi aussi, j'avais le niveau chez les seniors. » Sur son front, il porte encore les derniers stigmates du premier gros exploit de sa carrière. Quatre points de suture posés pour atténuer les conséquences d'un coup de tête volontaire de l'un de ses adversaires, le Géorgien Tsiklauri. « Il est connu sur le circuit pour être caractériel ! Pourtant, on avait sympathisé en début d'année à Tbilissi. Mais, comme moi, il jouait ses JO sur cet Euro. Quand il a vu qu'il avait perdu, il a craqué. »

Lui, comme d'habitude, a su rester très calme. Et n'a rien laisser filer. Le fruit d'une éducation stricte et rigoriste dont il dit n'avoir eu aucun mal à s'accommoder. « Mon père a toujours aimé que les choses marchent, reconnaît-il. Ce qui ne m'a pas empêché, parfois, de me rebeller comme n'importe quel ado ! » Un père, resté son entraîneur et son préparateur physique, qu'il définit par ailleurs comme « un super prof » et qui a dû se débrouiller « avec les moyens du bord » pour faire grandir son club et faire progresser ses rejetons. En y faisant notamment venir des anciens champions pour tailler le bout de judogi.

« Le déclic, chez moi, s'est produit en junior, quand j'ai commencé à travailler avec Philip Laats (NDLR : double médaillé de bronze à l'Euro et deux fois 5e aux JO), prétend Joachim. Depuis, je suis difficile à arrêter une fois que je commence à m'entraîner. J'adore la dépense physique et le bien-être qu'elle procure. Et ce qui est bien chez nous, c'est qu'on est toujours à trois pour bosser. Notre sport individuel, on en a fait un sport collectif

Le judo, affirme-t-il, a déteint sur sa vie. Lui a appris le contrôle. A développé sa confiance en lui. Et l'a donc indirectement aidé dans ses études, d'abord un régendat en sciences – « Pour la biologie ! » - suivi d'un masters en sciences de l'éducation qu'il a entamé cette année à l'Université de Mons avec un statut d'athlète-étudiant de l'Adeps. « J'aime l'échange, la transmission du savoir, tout ce qui touche à l'éducation et la pédagogie. L'accompagnement des handicapés, aussi. C'est ça que je veux faire une fois que j'aurai arrêté. »

Aux Jeux, il dit qu'il jouera sa chance « à fond », réfutant le concept d' «olympiade d'apprentissage » pour sa première expérience des cinq anneaux. Pas question de se projeter jusqu'à Rio, où il sera, selon les poncifs, « en pleine force de l'âge ». Parce que « beaucoup de choses peuvent se passer en quatre ans et parce que je ne veux rien regretter, j'irai pour un résultat. Actuellement, dans ma catégorie, à part le Coréen Kim Jae-bum, le champion du monde, pour lequel j'ai un peu d'appréhension, la hiérarchie n'est pas figée. Je ne veux pas me prendre la tête avec mon âge, mon inexpérience, le ranking ou le fait que je ne serai pas tête de série. Je me dis que si je bats d'emblée un bon, je bénéficierai de son tableau ! »