Portraits olympiques : Nadine Khouzam

lundi 04 juin 2012, 10:38

En quatre ans, la gardienne d'origine égypto-libanaise du Wellington est devenue l'une des pièces maîtresses des Red Panthers. En doublant son parcours d'un impressionnant cursus. Par Philippe Vande Weyer/Photo Filip Vanzieleghem.

Portraits olympiques : Nadine Khouzam

Nadine Khouzam Photo : Filip Vanzieleghem

Même l'énorme écran d'ordinateur qui trône sur la table du salon où elle passe ses journées à étudier n'arrive pas à masquer son sourire. « C'est dingue, depuis la qualification, je ne suis plus jamais de mauvaise humeur ! »

Qui ?

Naissance de Nadine Khouzam le 21 juin 1990, à Anderlecht.

Taille 1,66 m.

Poids 62 kg.

Résidence Beersel.

Discipline Hockey sur gazon.

Club Wellington.

Sélections 85.

Passé olympique Néant.

Nadine Khouzam continue d'atterrir. Petit à petit. Des jours entiers de douce délectation, de digestion agréablement difficile. Une « banane » permanente. Une concentration perturbée. Comme si cet aller simple Kontich-Londres qu'elle et les autres membres de l'équipe nationale féminine de hockey ont réussi à forcer lors du tournoi préolympique n'était encore qu'un doux rêve enduit de savon noir. Si difficile à agripper.

D'autant que pour elle, dans sa carapace de dernier rempart – « Les autres sont en mini-jupe et moi je ne ressemble à rien ! » -, la performance s'est doublée d'un brevet de muraille en béton (presque) armé. Deux buts encaissés en six matchs, c'est un bilan qui vous pose une gardienne dans un tournoi aussi capital. « Je sens que j'ai progressé, reconnaît-elle. Avant, je faisais simplement mon boulot : je plaçais ma défense et je faisais mes arrêts. Aujourd'hui, il y a quelque chose en plus. Grâce au gros travail mental que j'ai effectué avec (le psychologue du sport) Jef Brouwers, je sens que j'ai pris de la personnalité dans le but. »

Cet espace de 3,66 m de large pour 2,14 m de haut, elle s'y est enracinée un peu par goût du sacrifice, en prenant la place de ceux et celles qui refusaient d'y prendre leur quart, comme la coutume le voulait dans les équipes de jeunes, qu'elle a traversées dès ses 8 ans. « Beaucoup avaient peur de la balle !, justifie-t-elle, en convenant que les protections dont elle s'affuble quand elle rentre dans sa cage ne suffisent pas à atténuer toutes les douleurs. C'est vrai que, malgré les guêtres et le plastron, je termine rarement un match sans être couverte de bleus… »

Mais si Nadine Khouzam a accepté cette mise en cage, c'est aussi parce qu'elle s'est découvert au fil des saisons une propension aux réflexes improbables, qu'elle travaille avec constance et minutie. « Avec mon agressivité, c'est mon point fort. » Une qualité de précision paradoxale pour celle qui, dans la vie de tous les jours, s'estime plutôt gauche. « Il m'est arrivé de m'ouvrir le pied en laissant tomber une encyclopédie et de me brûler les cheveux à une bougie en me penchant un peu trop en arrière dans un restaurant… »

A l'université, heureusement, elle est plutôt adroite. Fille d'un cardiologue d'origine égyptienne et d'une anesthésiste aux racines libanaises qui se sont rencontrés durant leurs études en Belgique – « On a encore de la famille à Beyrouth et j'y retourne tous les ans ; je suis très attachée à mes racines » -, elle a opté pour des études d'ingénieur à la faculté polytechnique de l'ULB. « J'ai hésité à faire dans le biomédical, mais j'ai préféré l'intelligence artificielle. » Du lourd que cette grosse matheuse, par ailleurs élève assistante et déléguée du magazine de son cercle, gère comme elle peut et qui va peut-être, pour la première fois de sa vie, l'obliger à se familiariser avec une deuxième session... qui, comble de malchance, commencera trois jours après la fin des Jeux. « Je suis dans une année où on doit présenter beaucoup de projets ; à cause de la préparation pour les Jeux, j'en suis toujours à réaliser ceux d'avant-Pâques… Pour l'instant, je dois avouer que je ne vois plus grand monde. A part mon ordi, bien sûr ! »

Le hockey s'est présenté à elle par hasard, par l'intermédiaire d'un ami d'enfance. Et s'est dégagé au sommet de ses priorités quand elle a fait le tri de ses autres activités de pré-ado éclectique, le tennis, le judo – « J'ai longtemps hésité » - les lutins et la guitare. Avec un camp de base à Uccle Sport, qu'elle n'a déserté que l'été dernier pour le Wellington. Une obligation plus qu'un abandon après la relégation de son club formateur. « L'année des Jeux, il aurait été difficile de rester et de jouer en D1. Heureusement, tout le monde l'a bien compris. »

En équipe nationale, où elle a toujours été en avance, elle s'est pointée chez les seniors à 16 ans, petite – déjà – et timide – encore. Juste à temps pour être incorporée, dès l'année suivante, au noyau des Red Panthers en partance pour le tournoi qualificatif des JO 2008, disputé à Kazan, où « on n'était pas favorites mais on était persuadées qu'on l'était ! » Une expérience mitigée – « On m'avait donné de faux espoirs de titularisation jusqu'à la veille du premier, puis du deuxième match ; cela aurait été plus facile pour moi si on avait été clair dès le début » - qui s'est toutefois terminée en apothéose avec une place en finale face aux Etats-Unis qui a rallumé les ambitions légitimes d'une équipe alors en devenir. On sait aujourd'hui ce qu'il en est advenu. Devenue n°1 au début de l'olympiade, Nadine Khouzam n'a plus bougé de son poste de dernière femme depuis lors. Une inamovibilité qui a fini par l'envoyer à Londres. « Il suffisait d'attendre quatre ans ! »