Portraits olympiques : Lionel Cox

lundi 11 juin 2012, 11:29

Repêché pour Londres grâce à sa récente régularité, le tireur liégeois est à la recherche constante de la perfection. En véritable amateur. Par Philippe Vande Weyer/Photo Filip Vanzieleghem

Portraits olympiques : Lionel Cox

Lionel Cox Photo : Filip Vanzieleghem

J'ai plaidé la constance de mes résultats lors de ces deux dernières saisons. Et mon âge. A bientôt 30 ans, je figure parmi les plus jeunes dans ma discipline, où il n'est pas rare de durer jusqu'à 45-50 ans. »

Qui

Naissance de Lionel Cox le 11 juillet 1981, à Ougrée.

Taille 1,85 m.

Poids 75 kg.

Résidence Ougrée.

Discipline Tir (carabine 50 m – 60 balles couché)

Club Carabine Club Amay Thiers.

Entraîneur Constant Tzoumakas.

Passé olympique Néant.

Visage pâle et œil de lynx, plus cow-boy qu'Indien, Lionel Cox a le bonheur contrôlé. Il sait que sa sélection pour les Jeux olympiques, une première depuis 1984 pour un tireur belge dans sa spécialité, n'a tenu qu'à l'attribution d'une wild card et au fil ténu d'une délibération. Mais celles-ci n'ont été que les conséquences logiques d'une progression sans vrai raté depuis 2011. Une évidence pour celui qui, allongé avec sa carabine, aime « la recherche de la perfection » et « aller au bout des choses ».

Le tir, ce Liégeois l'a découvert à 15 ans en compagnie de son père, qui lui a transmis sa passion pour les armes de précision. Avec, au départ, une spécialisation pour les cibles à 300 m – trois terrains de football ! – sur lesquelles il s'entraînait au camp militaire de Marche-en-Famenne, le seul stand adapté à cette épreuve en Wallonie. « Sur cette distance, j'ai décroché mon premier titre de champion de Belgique en 2006 et je les ai tous gagnés depuis ». Puis, en 2008, sur les conseils de sa fédération et de l'Adeps, il est passé au 50 m couché, épreuve qui, au contraire de l'autre, figurait au programme olympique. « C'était similaire, juste un peu plus difficile et plus fin. Je me suis dit « Pourquoi pas ? » Le but initial, c'était de viser Rio 2016. Je pensais que pour Londres 2012, je serais un peu juste… »

Aujourd'hui, pourtant, il est en avance sur le temps. Un exploit pour cet amateur pur et dur qui, quand il n'est pas au stand de son club, à Amay, exerce à temps plein sa fonction d'inspecteur du travail à la Région bruxelloise, avec des expériences contrastées. « J'y suis venu par hasard. J'étais gradué en droit et j'ai passé l'examen du Selor. C'est un job qui me plaît par sa variété. » Dix-septième mondial au classement de spécialité, il affirme être l'un des rares tireurs de son niveau à avoir un métier qui n'a aucun lien avec son sport. « La plupart de mes adversaires sont professionnels du tir, vivent dans des centres fédéraux ou sont militaires. Mais, franchement, je me ne vois pas quitter mon boulot pour ne faire que ça. De toute façon, les quelques primes que l'on gagne en compétition sont dérisoires. »

De l'aide, Lionel Cox en reçoit par un autre canal. La Communauté française intervient dans l'achat de son matériel – à 5.000 euros la 22 long et 30 cents la munition, ça compte… - et dans sa préparation physique et mentale avec le soutien appuyé de spécialistes en la matière. Le premier, Cédric Lehance, lui concocte des programmes d'endurance et de renforcement musculaire – « Mais pas de musculation, cela pourrait me faire perdre mes repères ! » ; le second, Fabrice De Zanet, travaille avec lui l'imagerie mentale.

« Dans une compétition de tir, qui dure une heure et demie, on a le temps de penser à beaucoup de choses, dit-il. Alors, on essaye de développer des stratégies qui permettent de m'aider à aborder toutes les questions pendant celle-ci. L'objectif, c'est de rentrer dans une bulle, dans le « flow » et de ne plus entendre ou voir ce qui se passe autour de moi. La concentration est un facteur clé. J'essaie d'y arriver notamment par autohypnose. Mais je préfère ne pas trop en parler, c'est un peu personnel… »

Quand il arrive sur son pas de tir, Lionel Cox doit s'isoler dans son monde. Après dix minutes de mise en place et de réglages de ses viseurs, après les balles d'essai auxquelles il a droit, il détermine lui-même quand il entame son concours. A partir du moment où il a poussé sur le bouton de départ, il ne peut plus reculer. Il a 90 minutes, pas une de plus, pour tirer 60 balles sur une cible distante de 50 mètres où le cœur, celui qui rapporte 10 points, fait 10 millimètres de diamètre. « Mon record est de 595 sur 600. » Précis.

A Londres, il ne va rien découvrir, juste chercher une confirmation dans ce stand qu'il a fréquenté en avril, lors des épreuves tests, sans se pâmer. Il croyait trouver du beau, de l'olympique, il n'a vu que du provisoire, du sans charme. Que l'on démolira une fois que la caravane des Jeux aura repris son envol. Un abandon d'héritage conforme aux us et coutumes qui règnent dans les îles où, affirme-t-il « les armes de poing sont interdites » et où « les lois en la matière sont très « méchantes » ».

Sans s'attarder sur le paysage, il a, ce jour-là, réussi l'un de ses plus beaux résultats. Une 9e place mais à l'issue d'un « shoot off », sorte de tirs au but de sa discipline, destiné à départager les ex aequo. « On était à trois à avoir fini 7e. Après les dix balles supplémentaires, j'ai échoué à la 9e place. Pour deux dixièmes. »

Un écart minime porteur de beaucoup d'espoirs à court terme.