Portraits olympiques : Maxime Richard

mardi 19 juin 2012, 10:41

On le pensait barré par son passé de spécialiste de rivière. Le kayakiste dinantais a fait taire les sceptiques en allant chercher son billet olympique d'une manière incroyable. Par Philippe Vande Weyer/Photo Filip Vanzieleghem.

Portraits olympiques : Maxime Richard

Maxime Richard Photo Filip Vanzieleghem

Paru Dans Victoire le 19/06/2012

QUI ?

Naissance de Maxime Richard le 14 avril 1988, à Dinant.

Taille 1,77 m.

Poids 74 kg.

Résidence Dréhance.

Discipline Kayak (K1 200 m).

Club Royal Cercle Nautique Meuse-et-Lesse.

Entraîneur Marc Richard.

Passé olympique Néant.

www.maxime-richard.be

Sur les hauteurs de Dinant, la vie semble sommeiller dans la rue principale de Dréhance. « C'était plus agité il y a quelques jours, quand on est revenu de Pologne. Tout le village attendait Maxime ! », s'exclame Marc Richard, le père du héros du coin.

Celui-ci a toujours du mal à réaliser. Attablé dans le salon, il paraît encore ailleurs. Dans un brouillard de félicité. Rescapé d'un miracle improbable. La logique aurait voulu que tout s'effondre, comme son kayak, sur la route entre ici et là-bas, brisé en deux à quelques jours de l'épreuve de sélection définitive pour les JO de Londres, le genre d'accident qui normalement n'arrive jamais. Mais il l'a surmonté. A la force de ses bras brut de brut. Et de sa tête en béton armé.

« J'étais encore ici quand on m'a prévenu que les sangles s'étaient détachées et qu'il était tombé et j'ai forcément accusé le coup, admet Maxime Richard. J'avais fait des milliers de kilomètres avec ce kayak, il était adapté à ma morphologie, je l'avais réglé comme une horloge suisse pour cette course décisive… Quand je suis arrivé à Poznan, je suis allé voir les représentants de la marque qui m'équipe pour voir s'ils pouvaient m'en prêter un autre. Comme je n'avais aucune sensation dans le premier que j'ai reçu, pourtant identique au mien, pour briser la spirale négative dans laquelle je m'enfonçais, j'ai demandé de changer, trois heures avant ma course. Un modèle que je n'avais jamais utilisé, plus grand que le mien, que j'ai pu tester un quart d'heure. Le temps pressait, ma motivation était au plus bas. Je me suis dit : « Mets ton c… dans le bateau et pagaye ».

Maxime Richard a pagayé. Dans sa bulle, parce que « sur 200 m, il ne faut pas se laisser déconcentrer » dans cette course où tout se joue en une trentaine de secondes et où chaque erreur peut se payer cash. Après avoir réussi le meilleur temps des séries, il a pourtant failli tout perdre en finale, lorsqu'il a pris le dessus d'une vague et que sa main a glissé de 10 centimètres. « Si je n'avais pas eu une belle avance, j'aurais sans doute loupé le top 2 exigé. Pour un dixième. » Mais celui qui, de son propre aveu, était « l'un des moins attendus », qui n'avait que « 20% » de chances de passer face à des costauds auxquels il rendait entre 10 et 20 kilos, a fini par émerger.

Cette place conquise à l'arraché, c'est un peu l'histoire de sa carrière. Qu'il a fait défiler en accéléré pour toucher au rêve olympique. Spécialisé dans la descente de rivière, épreuve qui lui a valu un titre mondial en 2010 mais qui « par malchance » n'est pas présente aux Jeux, il a dû se résoudre à partir de là, à museler son esprit aventurier pour se concentrer sur la course en ligne. Une différence fondamentale, même si, de tout temps, il avait pratiqué les deux disciplines. « C'est aussi dissemblable que le cyclo-cross et le cyclisme sur piste. En rivière, chaque voyage est différent ; en ligne, un plan d'eau fermé, c'est toujours le même plan d'eau fermé. »

Parti pour être compétitif à Rio, en 2016, Maxime Richard a brûlé les étapes parce qu'il en espérait une à Londres pour apprendre. « Comme je ne voulais rien avoir à me reprocher, on a progressé de 4 ans en 2, mais sans s'emballer. » Dans ce « on » qui n'a rien de majestatif, il inclut son père, kayakiste lui-même et ami « perso » de Jean-Pierre Burny, référence suprême de la discipline au carrefour des années 70. « Il a toujours été là », insiste-t-il. C'est lui qui l'a incité sans le pousser dès ses 8 ans parce que, « quand on partait en vacances avec mes parents, mon frère et ma soeur, il y avait toujours un kayak sur le toit de la voiture. A partir de là, tout s'est enchaîné naturellement. »

Un père, prof de gym à la base comme sa mère, qui s'est logiquement érigé en entraîneur et qu'il n'a pas voulu abandonner quand, il y a deux ans, après avoir conquis un titre européen espoir sur 1.000 m en K2 en compagnie d'Olivier Cauwenbergh, autre sélectionné olympique, il s'est vu imposer un ultimatum. « Pour pouvoir continuer à passer les tests indispensables pour avoir accès aux meilleurs équipages, on m'obligeait à changer d'encadrement, à passer du côté flamand, à aller vivre à Hazewinkel. Contractuellement, c'était impossible, et sportivement, c'était impensable. J'ai refusé et, à partir de là, je suis devenu le gars à éviter. Je n'ai plus pu prendre part à un seul stage national. L'année 2011 a été très dure... »

Seul dans son coin, sur la Meuse, l'Eau d'Heure ou à Toulouse, avec une structure « qui (lui) convient », - « Mon père établit mes plans d'entraînement avec le soutien de la cellule de haut niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles et j'ai toutes les cartes en main pour être performant » - Maxime a continué à travailler « à la Richard », avec la passion et le plaisir comme moteurs. Avec rigueur, aussi, lui qui se définit comme « ultra pointilleux ». Et, malgré les bâtons qu'on lui a mis dans les roues, a fini par abattre le mur le plus résistant qui se présentait à lui.

Pour un futur maçon – « J'ai décroché mon patronat en 3 ans en cours du soir » - ce n'est pas le moindre des paradoxes...