« Dans l'affaire Contador, tout le monde est perdant »

STEPHANE THIRION

mercredi 22 février 2012, 09:15

Christian Prudhomme, le patron du Tour de France regrette l'épisode Contador mais se réjouit de démarrer à Liège la prochaine édition. L'intégralité de l'interview dans Le Soir

« Dans l'affaire Contador, tout le monde est perdant »

©afp

Le patron du Tour de France, c'est un peu le patron du cyclisme puisqu'il détient l'épreuve la plus mythique du calendrier, celle qui fait référence chaque année dans l'imaginaire, dans la réalité surtout, parfois de manière opposée à ce qui avait été espéré.

Prudhomme, comme il le dit lui-même, n'est « que » le patron du Tour, un employé d'ASO. Son influence est pourtant énorme dans l'évolution du cyclisme moderne, ses aspirations, la lutte antidopage, l'évolution des droits de télévision, la mondialisation.

Le dirigeant de la plus grande épreuve du monde nous a accordé une interview sans ignorer les questions qui fâchent, celles qui exaspèrent, celles qui demeureront à jamais sans réponse. Cet entretien s'est déroulé pendant le Tour d'Oman 2012 où le Français était directeur de la course.

Quelle est votre position sur la suspension de Contador ?

« Je ne peux pas en parler davantage car il ne m'appartient pas de donner mon avis sur le bon ou le mauvais côté de ce jugement. Je constate qu'une décision de justice a été rendue mais bien trop tardivement. Il est nécessaire, dans le monde du sport, de trouver des moyens beaucoup plus rapides et efficaces pour ne pas envelopper nos épreuves d'une suspicion latente. Je ne suis pas contre le Tribunal Arbitral du Sport mais peut-être s'agirait-il de trouver un TAS de première instance, qui décide rapidement, sans pour autant négliger la sérénité qui doit être de mise dans une décision comme celle-là. »

« Tout le monde y a perdu : le Tour, Contador, ses adversaires, les gens, parce que plusieurs épreuves se sont déroulées avec Contador pendant qu'on se penchait sur son cas. Ce n'était pas sain, cela ne l'est toujours pas. »

Contador absent, Andy Schleck – vainqueur sur le tapis vert – peut-il battre Evans ?

« Vous n'imaginez pas que je vais répondre à cette question ! (rires). De toute façon, je n'en sais rien. Je suis partisan de tous les scénarios. Qui aurait pu prévoir qu'en 2011, Evans se classe derrière Gilbert dès la première étape ? Qu'il gagne à Mûr-de-Bretagne où on a écrit qu'il était trop tôt en forme ? Que Voeckler allait porter le maillot jaune plusieurs jours au point de faire trembler les favoris ? »

« Si j'aime le cyclisme, c'est précisément pour sa faculté à nous dérouter des certitudes. On dit que le nombre élevé de kilomètres face à la montre sera défavorable à Andy Schleck. Je ne suis pas d'accord. Notre devoir est de changer, d'équilibrer. Il y a longtemps que le Tour n'a plus proposé autant de kilomètres en chrono, est-ce pour autant gagné pour Evans ? Au contraire, cette situation obligera ses adversaires à anticiper, à attaquer. »

Le Tour sera un nouveau duel entre Andy Schleck et Cadel Evans ?

« Ils seront deux acteurs essentiels sur un parcours dessiné pour que la course commence tôt. Après le prologue de Liège, l'étape de Seraing va déjà mobiliser les meilleurs avant une promesse pour les sprinters à Tournai puis une finale spectaculaire à Boulogne. Tous les favoris devront être attentifs dès le départ, comme je le dis souvent, le Tour sera une classique tous les jours. »

Le Tour partira de Liège, une fois de plus mais les Belges ne s'en lassent pas !

« Liège, c'est un passage obligé pour le Tour, pour le cyclisme en général. Il est évident que les relations que nous entretenons depuis plus de vingt ans avec les classiques ardennaises ont rapproché nos points de vue, nos enthousiasmes, nos cultures. Quand je discute de vélo avec les responsables de la Province de Liège, je gagne du temps, je ne dois pas les convaincre, ils connaissent aussi bien que moi les données du sujet. C'est un plaisir permanent. »

« Jean-Marie Leblanc a été marqué par la réussite du départ à Liège en 2004 quand un spectateur lui avait dit : “ Merci monsieur pour ce que vous faites pour les petites gens.“» J'ai retenu cette phrase, elle prend tout son sens dans la société d'aujourd'hui, en proie à des difficultés économiques et donc en demande d'émotions. »

« Le Tour, son devoir, c'est d'apporter de l'émotion, du sport, des images. Cela tombe bien, nous partons depuis la ville la plus conviviale que je connaisse, où la ferveur, la franchise des relations, l'amour des autres sont des principes fondamentaux. Nous n'oublierons pas non plus que la Place Saint-Lambert a été frappée par un drame épouvantable qui a touché tout le monde, en France y compris. Cette place sera le lieu de départ du Tour, nous ferons en sorte de nous souvenir de tous ceux et celles qui ont souffert dans ce drame. »